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En vos mots 952

Qui dit dimanche au pays de Lali dit un nouvel En vos mots à vous mettre sous la dent. Après un bon moment à parcourir ma galerie, m’arrêtant sur une scène livresque, passant à une autre, indécise, c’est ce tableau de l’artiste Mary Sauer que j’ai choisi pour vous en espérant qu’il vous inspirera.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc amplement le temps de lire les textes déposés sur la toile de dimanche dernier et d’écrire quelques lignes. C’est avec un immense plaisir que nous vous lirons.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.

3 réponses

  1. En attendant que D. revienne, je trompais l’usure du temps en feuilletant quelques pages, au hasard, de la revue XYZ, que j’avais trouvée sur la petite table parmi d’autres. Le numéro 50, vieux de presque 30 ans.
    Par une étrange habitude venue de l’époque où j’étais étudiant, je me suis mis à parcourir la liste des auteurs, dans le sommaire. Des noms qui me sont aussi inconnus que ceux que je trouvais affichés sur le tableau de l’école avec les résultats de fin d’année. Une trace suspendue de ce que nous avons été. Un nuage qui s’évapore dans l’infini du temps.

    Que sont-ils devenus?… Je me suis posé la question. Eux, à jamais unis par la même couleur d’encre. Par les mots d’une revue qui sans un seul d’entre eux n’aurait plus la même teinte.
    Une page déchirée et il y aurait comme une absence. Une presque blessure à la mémoire d’un ensemble.

    Sont-ils toujours là?… Est-ce que la vie les a bien traités?… Leur a-t-elle épargné ces petits et grands chagrins qui font de nous rien de plus que des êtres fragiles, même si on prétend souvent le contraire?

    Je ne le saurai sans doute jamais, mais cela ne m’empêche de le penser. Et dire qu’au-delà de leurs noms je ne sais rien. S’ils sont blonds ou roux avec de belles taches de rousseur. S’ils ont les yeux vert olive ou bruns. Si leur regard est nostalgique ou triste ou joyeux. Encore moins le son de leurs voix. Ou leurs éclats de rire. J’adore entendre les rires. C’est comme un feu d’artifice de nos âmes. Et pourtant, nous oublions nos rires. Ces petits instants éphémères de bonheur.

    On ne retient que ce qui nous blesse.

    À l’autre bout du magasin, une fille asisse, tout en blanc, semble, elle aussi, attendre quelqu’un. Pieds nus. Une pile de livres à ses pieds. Je la regarde attentivement. Elle me fait penser à un de ces personnages d’un film romantique d’il y a trente ans. Pleine de mystère et de beauté. Je me dis qu’elle ne les as sûrement pas encore.

    Quel importance?…

  2. Elle vient de voir la pièce Toc Toc. Et soudain cela a fait Tilt. Car Paf, comme dans le film La Crise, tout est parti. Pour se révéler. Comme un électrochoc.
    Cette femme habillée de blanc sur la scène, qui va se laver les mains toutes les cinq minutes et essuie le siège avant de s’asseoir, c’est elle! La mysophobie, cela s’appelle. La peur de la saleté, de la souillure, des microbes. C’est une anomalie. Et pour s’en guérir, on va voir un psy!
    Dans sa tenue immaculée sur son siège de théâtre soigneusement nettoyé, elle a cru que tous les regards se tournaient vers elle. Et chaque fois que la jeune femme dans le spectacle filait vers les toilettes ou désinfectait un objet, le public riait à gorge déployée. Pourtant, ce sont les gestes qu’elle-même exécute tous les jours. Et elle doit admettre que cela lui complique vachement l’existence.
    Le blanc la rassure tellement! On peut y détecter immédiatement la moindre salissure. Ce que d’autres tiennent évidemment pour un inconvénient. Il est vrai que le blanc est terriblement salissant. Et qu’elle est occupée en permanence à maintenir propres son canapé, ses meubles, ses vêtements, enfin tout ce qui constitue son environnement. Si elle veut être honnête, cette obsession l’empêche de se consacrer à d’autres tâches. Et la contraint à ne pas trouver aisément le repos. Socialement aussi, cela constitue un problème. Elle est toujours épouvantée de constater le peu de cas que font de l’hygiène ses semblables. Et cela n’est pas sans la stresser. Elle voit bien les sourires en coin quand elle époussette la moindre chose ou sort sans cesse de son sac ses huiles essentielles ou son gel. Cela éloigne les autres d’elle, et derrière son dos ils doivent se moquer, c’est certain.
    Ce divan précisément, où elle est assise dans sa bibliothèque, elle l’imagine à présent être celui du psy. Et elle a l’impression d’être actuellement sa propre thérapeute. Car déjà quelque chose bouge en elle qui a envie de mettre un peu de couleur dans sa vie.
    Picasso a eu sa période rose, sa période bleue, avant de se déchaîner dans un torrent coloré. Elle aura connu sa période blanche pendant quelques décennies. Mais la voilà de façon inattendue attirée par diverses nuances de l’arc-en-ciel. Sans doute par des tons pastels d’abord, car le changement est encore timide.
    Il serait peut-être utile de voir quand et comment elles avaient commencé, cette inquiétude perpétuelle face aux germes impurs, et cette passion pour la blancheur généralisée. Etait-elle ainsi depuis toute petite? Quel événement avait cristallisé en elle cette obsession de la pureté, cette phobie de se sentir sale? Mais qu’importe. Quelque chose en elle s’est mis en mouvement, vers plus de liberté. Afin qu’elle puisse faire autre chose de son temps que toujours surveiller, désinfecter, être dans le contrôle, et qu’elle puisse enfin jouir d’une vie plus intéressante, qui la rendrait probablement aussi plus attractive pour les autres. Une nouvelle vie. Comme une page blanche. Elle sourit, quoiqu’un peu amèrement à cette référence. Non! La nouvelle page de sa vie sera plus animée et vivante. Vierge, mais de toute entrave.
    Que va-t-elle faire cependant de tous les objets blancs qui emplissent sa maison? Elle se souvient alors avec à-propos d’un mosaïste qui avait attiré son attention. Elle avait admiré de lui des réalisations très originales en trois dimensions. Certaines de toutes les couleurs, mais aussi d’autres toutes blanches. Peut-être sera-t-il intéressé par sa collection, afin de la transformer en oeuvres d’art?
    Elle est contente de son idée, et va le contacter. Et elle prendra aussi tout de même un rendez-vous chez un psy. Se sentir épaulée afin que sa transformation se poursuive dans la durée serait plus sûr. Car elle se sent encore un peu fragile dans cette aventure.

    https://www.afraniofonseca.com/albums/

  3. A noter que le mosaïste Afranio Fonseca, lui, a commencé par la couleur puis s’est tourné vers le blanc!

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