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La ville contemplée 2

HEUZÉ (Edmond)

Cloître des Billettes

La quiétude du cloître m’enroule
et m’allèche avec ses doux appâts
avec la mélancolie du clair-obscur
De pareils arcs la flèche est partie
qui tourmentait Abélard et Héloïse

Entourée par la foule des colonnes
je marche à rebours vers la classe
Vêtue de la bure blanche de l’élève
j’apprenais les charmes du maître

Le bonheur d’inventer l’inaccompli
J’ai encore les fleurs de l’an dernier
une odeur ténue s’exhale des épines

Carla Gavioli, La ville contemplée

*choix de la lectrice d’Edmond Heuzé

La ville contemplée 1

NAHIR-YANAI (Tamar)

Place Fürstenberg

La réconciliation était sans issue
Noyée dans le silence des images
se laissera mourir avec l’air étale

Vague translucide sortie du rêve
L’océan sublime de l’enlacement
amoureux entraîne vers le large
Et la pourpre du soleil bas teintait
l’assentiment du corps à la marée

Se retrouver égaux agiles éveillés
dans un flux électrisant les veines
Un dessin d’harmonie trop exact
que la réalité dissymétrique exclut

Carla Gavioli, La ville contemplée

*choix de la lectrice de Tamar Nahir-Yanai

Les poésies de Georges 3

ROUSSET (Gilles) - 3

J’aimais bien ces dimanches
silencieux pudiques
où toi tu travaillais
Et moi dans l’autre chambre
lentement j’écrivais.

J’aimais bien ces silences
J’aimais bien ne rien dire
Être là simplement
Laisser le temps mûrir
Et l’esprit nous unir

Georges Haldas, Poésies complètes

*choix de la lectrice de Gilles Rousset

Les poésies de Georges 2

KROTOV (Yuri) - 6

Sans feu ni lieu j’arrive
au bout de ce voyage
Ne me demandez rien
Je n’ai pas de bagages…

Georges Haldas, Poésies complètes

*choix de la lectrice de Yuri Krotov

Les poésies de Georges 1

UESUGI (Tadahiro) - 7

Il pleut, quand tu es là,
de la plus douce pluie
Sur l’arbre sur la fleur
Il pleut sur ce qui meurt et ne meurt pas II pleut
sur toute absence et même
sur cette plaie légère
qu’on appelle présence
Il pleut sur nos dimanches
Sur les feuillages nus
Il pleut sur ce qui fut
la cendre et le courage
Sur le vin sur l’aurore
sur tout ce qu’on partage
Tu es la douce pluie
Et je suis le rivage

Georges Haldas, Poésies complètes

*choix de la lectrice de Tadahiro Uesugi

Les vers d’Ilia 2

HILL (Janet) - 27

Directions

Je marchais ou je me traînais
par les vertes vallées, par les ciels de plomb,
ou mon cap s’enlisait
par la route, avec des musiques celtes
tandis que les automobiles passaient
écrasant tant et plus
mes jambes fatiguées.
Je me colletais, gris, avec les brumes
quand soudain je trouvai la statue de pierre,
sorcière ou fée gaélique,
et je pensai, regard ami,
répond sphinx gelé; je m’appelle question.
Je regardais seulement, et mes yeux trouvèrent
en nageant son baiser sincère et pétrifié,
mais là gisait son visage tranquille;
j’imaginai le soleil une fois encore,
je me levai et courus plus fort
les chemins infinis
– il pleuvait –,
J’emportai le baiser cousu dans la jointure de mes doigts
et une épée brisée me suivait.

Ilia Galan, Un autre jour se lève

*toile de Janet Hill

Les vers d’Ilia 1

GRABER (Carrie) - 13

Sombres yeux qui brillent
dans l’aube
occultes.
Grottes de mon âme.

Oiseaux rêvés
qui ne volent pas les nuits
par-dessus les jours
pour se poser sur le soleil.
Plus jamais.

Jours sans lumière,
nuages sans eau
gris
sans le noir de la nuit
sans le blanc de l’éclair.

Et la marche d’une journée
qui s’allonge
sans autre raison que la violence
de chaque existence,
luttant pour lutter,
affirmant sans raison
le pourquoi éternel qui dépasse tous les buts :
Vivre.

Ilia Galan, Un autre jour se lève

*toile de Carrie Graber

Seule enfance 4

PHAN (Jeannie) - 1

Par-dessus les murs, le ciel
et le jardin tant de fois revu en rêve,
le poirier n’abrite plus personne
et l’échelle a été enlevée il y a longtemps.
Comme un mandala vide, la pelouse,
s’y tenir au centre c’est tomber dans un puits
qui traverse le temps.
Transposer cette chute en distance franchissable,
c’est restituer la présence absente,
renaître au sourire mortel de l’amour,
d’en bas je vois le cercle pâle du jour.

Heather Dohollau, Seule enfance

*choix de la lectrice de Jeannie Phan

Seule enfance 3

AZABAL (Mar)

Il y a un monde créé par le souffle des sensations,
de parfums et de lueurs trouvés au bout de longs
couloirs raccourcis dans l’instant.

Un monde où nous nous éveillons autres en nous –
mêmes, la certitude d’un rêve arraché colorant encore
nos yeux de jour.

Un pays sans profondeur où les choses déversent
sur nous comme des vagues, nous laissant un corps
d’écume.

Ce sont les oiseaux qui gardent l’accès, le ciel est
un bruit d’ailes, la terre, un pied nu dans l’herbe.
Nous connaissons le proche d’un lointain infini.

Heather Dohollau, Seule enfance

*choix de la lectrice de Mar Azabal

Seule enfance 2

CANTABRANA (Juan) - 2

Des choses si simples
Une chambre, un lit
quelqu’un qui dort
ou qui ne dort pas
une respiration de mots
jamais dits
entre les murs
qui abritent ailleurs
maintenant

Heather Dohollau, Seule enfance

*choix de la lectrice de Juan Cantabrana