Déjà un an et demi… Un an et demi que chaque dimanche je dépose à 8 heures, heure de Montréal, une toile que je laisse à vos bons soins pendant une semaine. Le temps que vous puissiez l’examiner à loisir, le temps qu’elle vous livre ses secrets, le temps que vous puissiez écrire en vos mots les émotions et les images qui auront surgi au fil des jours ou dans la seconde.
Un an et demi… C’est très long, dans cette blogosphère où blogues meurent souvent aussi vite qu’ils naissent. Un an et demi… C’est très court dans l’espace d’une vie.
Et tant que vous serez là, tant que vous voudrez bien vous laisser séduire par une toile, je serai là, dimanche après dimanche. Et tant que vous serez là pour me raconter les lecteurs de passage, les lectrices du jour, celle de Ted Seth Jacobs en particulier, qui a choisi ce dimanche pour venir s’asseoir avec nous, je serai là.
Pour vous. Pour cette aventure qui est la nôtre et dont vous êtes les artisans. Cette aventure qui s’appelle En vos mots.
Suite dimanche prochain, comme d’habitude.

4 réponses
La lectrice a senti le besoin instinctif, de se rapprocher de son globe terrestre en lisant ces mots…
…..la misère du plus grand nombre à côté de l’abondance dont jouit une minorité d’habitants de la Terre, la pollution de l’atmosphère, celle de l’eau, l’accaparement et le gaspillage des ressources énergétiques fossiles et des matières premières rares, l’explosion démographique, le désordre monétaire, sont autant de problèmes qui se posent à l’échelle planétaire et qui dépassent la compétence des Etats.
Le temps est venu pour chaque homme de se sentir solidaire de l’humanité.
« Un honnête homme n’est ni français, ni allemand, ni espagnol,
il est citoyen du monde
et sa patrie est partout. »
Cyrano de Bergerac
« Lettre contre les frondeurs » (1651)
Michelle avait du mal à trouver le sommeil depuis quelques jours. Depuis qu’elle était allée à la brocante voilà déjà treize jours.
Passionnée par les livres anciens, elle y avait trouvé un livre étrange. Aucun titre ni auteur indiqués sur la reliure; l’intérieur entièrement écrit à la main. Une écriture difficile, de celles qu’on dit illisibles, mais que Michelle, pharmacienne, arrive à lire sans difficulté. D’ailleurs, c’est sûrement à cause de son écriture ‘brouillonneuse’ que le livre était encore à vendre. Et qu’elle n’avait pas eu de difficulté à l’acquérir pour dix dollars.
Michelle, en arrivant à la maison, avait dépoussiéré le livre, et puis avait pris le soin de nettoyer toutes les pages délicatement, avant d’entreprendre sa lecture. Elle avait eu comme une impression qu’à un certain moment, le livre avait frissonné de gratitude. Depuis le temps que personne ne l’avait traité avec tant de soin… Elle avait souri. Il lui passait vraiment de drôles des choses par la tête parfois.
Au milieu de la nuit, elle s’est réveillée avec l’impression qu’un bruit venait de la cuisine. Aurait-elle oublié de bien fermer la fenêtre et Papou, le siamois d’à côté serait venu voir s’il y aurait quelque chose à manger, comme il le fait certaines chaudes nuits d’été, quand la fenêtre reste ouverte?
La cuisine était vide et la fenêtre bien fermée. Par contre, elle était interloquée puisqu’elle ne voyait pas du tout comment le livre avait pu se retrouver aux pieds de l’hémisphère en fer qu’elle avait trouvé dans la brocante de la place Saint-Lambert. Surtout qu’elle était sûre de l’avoir laissé sur la table avec l’intention de le feuilleter tranquillement au petit déjeuner.
« Ce livre a été écrit avait tout ce qu’il me restait. Mes larmes… », voilà les premiers mots d’une histoire qui a retenu Michelle éveillée. Le livre racontait que dans un ancien royaume lointain, une femme aux cheveux d’argent recueillait des millions d’enfants délaissés, battus, rejetés, abandonnée, violés, sans famille, enlevés à leur royaume d’insouciance. L’Homme était au bout de lui-même puisqu’il n’était même plus capable de respecter la vie qu’il était le seul à pouvoir donner. Ne pas aimer ses propres enfants. L’Homme avait perdu sa seule noblesse : aimer.
Alors, un Dieu venant du fond des âges pour protéger tous ces millions d’enfants a créé le firmament. Là ou les hommes ne peuvent plus leur faire aucun mal. Juste les regarder.
Pour que les hommes puissent se souvenir que chaque enfant est comme une étoile qui brille dans le firmament de l’humanité. Et qu’il faut les aimer. Tous les enfants. Pour que l’humanité rayonne. Pour que les hommes apprennent enfin à être heureux.
Michelle est allée à la fenêtre et a regardé le ciel. Elle a su que tout cela était vrai. La lune était là, discrète comme une mère veillant paisiblement sur des milliers d’enfants heureux. Le sourire lumineux.
LA LECTURE DU MONDE
C’est du temps où la terre est le centre du monde:
Dans la sphère armillaire se déploient les grands astres,
L’horizon et les deux équateurs se confondent,
Du Zénith au Nadir s’annoncent les désastres.
Penchée sur la maquette l’astrologue recherche
Comment Mars et Vénus influencent l’humeur.
Un livre astronomique lui procure une perche,
Ptolémée la fascine lui qui en est le coeur.
Flairjoy
Assise sur la malle de son père recouverte par un beau tissu ramené d’un voyage, Jasmine lit sans vraiment lire. Son esprit est ailleurs. Son livre est bien ouvert devant elle mais ses pensées sont en Chine.
Combien de fois, n’a-t-elle pas rêvé d’aller habiter dans ce pays ou tout au moins essayer d’y vivre et d’y travailler pendant deux ans.
Son père, malheureusement décédé depuis deux mois, lui disait souvent que les voyages forment la jeunesse. Lui-même avait été un grand voyageur dans sa jeunesse. Tous les deux s’entendaient à merveille.
Jasmine se souvient quand le soir elle attendait son père avec impatience car elle savait qu’il lui raconterait sa journée comme elle la sienne. Elle se rappelle aussi leurs éclats de rire suite à des anecdotes. Il y avait beaucoup de complicité entre eux.
En pensant à tous ces merveilleux moments empreints de tendresse, un voile de tristesse enveloppa Jasmine. Ce père qu’elle chérissait très fort lui a beaucoup appris. Il était bon, compréhensif et toujours à l’écoute de sa fille.
Depuis le décès de la maman de Jasmine, il n’a jamais manqué à son devoir de père. Professeur en médecine générale, il a beaucoup travaillé pour payer les études de sa fille qui est devenue médecin pour enfants.
Ce soir là, Jasmine prend une grande décision. Elle ira en Chine. Elle déposera sa demande de mutation à la Direction de l’hôpital de Florence où elle travaille et peu importe la ville en Chine où elle pratiquera. Bien sûr se dit-elle ! La misère, la maladie existent aussi dans mon pays mais je reviendrais en ayant acquis d’autres connaissances médicales et enrichie d’expériences. De plus, je viens de terminer mes examens de langues avec succès, donc plus rien ne me retient en Italie.
Très souvent, elle entendait son père lui dire cette citation d’Albert Schweitzer :
« Celui à qui la souffrance est épargnée doit se sentir appelé à soulager celle des autres ».