Alors que je validais les commentaires déposés sur la toile de dimanche dernier, la lectrice peinte par Balthus prenait ses aises. Aussi bien, puisqu’elle va passer la semaine ici à attendre vos vers et vos histoires.
C’est en effet dans sept jours seulement que je validerai vos mots.
D’ici là, bonne semaine et bon dimanche à tous!

2 réponses
ABOULE-TOI !
En boule, il faut que j’ose…
Trop de pensées obscures, inconnues, me tétanisent au pied de ce monde épouvantable rempli de tombes pétrifiées emmurant mes frissons et mes angoisses nocturnes. Ma raison agonisante faiblit alors sans fin dans des successions d’allers-retours paralysantes. Une peur noire auréolée de croix de pierre glace mon sang dans ce caveau sombre sans issues. Des craquements furtifs de démons méphitiques malfaisants me traversent et me clouent sous mes draps. Alors, immobile, j’attends qu’ils partent, et c’est long.
Le jour, de l’extérieur de mon monde clos, des voix vomissent de la radio les noms d’étranges personnages… Bourguiba, Guy Mollet… Un soir, comme le manque d’explications rationnelles se fait encore mortel et décime une fois de trop l’horizon de ma raison, l’occasion contingente se métamorphose en livre solitaire, oublié, perdu au chevet de mes parents, et en courage décuplé de celle qui sait tout juste lire et qui décide d’apprendre seule… enfin.
Dessin d’un grand serpent fouinant dans les draps, mordillant sans vergogne les pieds d’une femme hilare qui gronde son mari. Description monstrueuse d’hommes en noir se rassasiant de sang humain. Et la nuit, quelle horreur, appelle tous ces vampires…
Je tremble et je pleure. Ma mère accourt. Mais non, ce n’est qu’une histoire, un roman expliqué dans le Reader’s Digest. Elle tend la main, allume la lune… En rêves réverbères…
Rassurée, je m’endormirai facilement pendant plusieurs années… en boule, les jambes bien remontées.
Sa chaise est désormais vide.
Eh oui. Il fallait s’y attendre. Un jour ou l’autre. Au bout de plus de trente ans de service. L’heure de la pension guette. Puis elle arrive, comme un couperet, qui tranche la folle et inexorable course du temps de nos existences.
Celles qui nous avons vécues. Et desquelles il ne nous restera que le sépia des souvenirs égarés dans quelques photos de sourires figés pour toujours.
Et puis, de l’autre côté l’inconnu. Toutes ces vies qu’il nous restera encore à vivre. Esquisses dans nos rêves.
Nous restera-t-il des regrets?… Des blessures. Un goût amer de toutes ces choses que nous aurions voulu faire autrement. Sans doute. Même sans l’avouer. Par pudeur. Ou rien de tout cela?
Quelle importance?… Puisque rien de ce qui a été ne peut plus être.
Désormais il n’y aura plus que demain. Des nouvelles vies qui s’éveillent à l’aube de chaque jour. Des pages blanches et vierges à écrire en prenant le temps d’exister. Pour ceux qui comptent. Qui nous illuminent le cœur de leur sourire. Pour le bonheur de voir naitre le printemps et s’éveiller un nouvel automne. Savourer Bach. Lire un livre, en écoutant l’incessant déferlement des vagues.
Apprendre à savourer, avec parcimonie, la nonchalance de nos silences rêveurs, cachés dans les rayons de lumière qui transpercent les vitres sales de nos fenêtres qu’il faudra se décider à laver un jour ou l’autre.
Quand le temps nous laissera un peu de temps…