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En vos mots 349

AIRY (Anna)

Pour la lectrice de l’artiste britannique Anna Airy, c’est bientôt l’heure du départ.

Pour les lecteurs du pays de Lali, c’est l’heure de l’accrochage d’une nouvelle toile, comme c’est le cas dimanche après dimanche depuis avril 2006. Une façon pour chacun de ceux qui ont envie de se prêter au jeu et de laisser parler son inspiration en déposant ses mots afin que la toile ne soit plus figée mais porteuse de toutes les histoires qu’elle aura inspirées.

Puisse cette petite scène livresque inspirer envosmotistes aguerris ou de passage. Tous sont les bienvenus!

5 réponses

  1. Il y a toujours un moment où l’on part pour rejoindre quelqu’un qu’on aime. Je veux dire, celui qu’on aime. Le tout est de peser le pour et le contre.

    Vais-je tout laisser, c’est-à-dire la sécurité de ma vie quotidienne, pour partir à l’aventure, dans sa vie itinérante, dans tout l’inconnu qu’il représente, alors que je le connais à peine, qu’il y a tant d’aspects de son existence que j’ignore? Oui, vais-je tout laisser alors qu’il y a cet immense inconnu à la clé?

    Et si mon voyage restait immobile et vain -une fois de plus?

    Ou, au contraire, vais-je tabler sur ce que j’ai ressenti en sa compagnie et qui tient, oui, qui tient dans ce livre, objet matériel et immatériel que nous chérissons entre tous?
    Vais-je obéir à mes sentiments?

    Non, cela ne tient pas dans ce livre, je me suis mal exprimée. Mais ce livre peut symboliser LE livre qu’il lit à longueur de temps. Car il a toujours un livre en mains. Et j’ai dans les yeux son image un peu penchée, vers la profondeur de son armoire, pour en extraire un volume.

    Un Livre de poche, par exemple, qui tombe en morceaux tellement il l’a lu et relu. Mais qu’importe? Il sait exactement où est le texte qu’il veut partager avec moi. Qu’il s’agisse d’un morceau des Fables de la Fontaine (entendez morceau au sens propre du terme…) parce qu’on a décidé d’écouter et de lire (et je ne sais déjà plus pourquoi), « L’homme et la couleuvre » ou « La mort et le mourant ».

    Il peut s’agir aussi d’une « Lettre volée », (La lettre volée deux fois).

    Mais où m’emmène ma rêverie? Si je continue à penser à cela, je vais rater le tramway, « feu vert sur l’échine »… Rater l’autobus… Le métropolitain et rester là, sous la pluie, peut-être seule, peut-être abandonnée (après tout, qu’est-ce qui me dit qu’il m’attend, quelque part dans le monde ?) avec juste mes pages détrempées par la pluie et le vent froid.

    Et mes mots ! Mes mots à moi, à moi toute seule… Mes mots revenus? Seront-ils orphelins si vite, à peine modulés?

    Pourtant, le voyage immobile ne l’est pas vraiment, et certainement pas solitaire, le tout est de savoir où me tenir – l’équilibre exact à garder, entre les mots qui vivent et vibrent, les pages qui se feuillettent, les sentiments qui frémissent et l’attente qui ne peut pas, ne doit pas, ne sera pas. Ne pourrait pas.

    Devenir crucifiante…

  2. Gare à l’aventure!

    Chère demoiselle inconnue,

    Je vous vois seule à attendre depuis des heures…
    Il me vient la tendre pensée suivante..
    Puis-je vous la tendre, ma main secourable..
    D’ailleurs,il me semble vous attendre depuis toujours…
    Ce contretemps dresse peut-être la tendresse entre nous?
    Rejoignez-moi au café d’en face.
    Je vous offre un bon thé…en toute bonté!
    La vie peut changer sans crier gare…

    Signé: loup gare-où

  3. Comme d’habitude, je me suis assis face à la fenêtre et j’ai noyé mon regard dans l’inépuisable lourdeur du gris du ciel.

    À la radio, Winter Wonderland dans la voix de Dean Martin berçait mes pensés. Une voix de femme mûre est venue annoncer l’arrivée prochaine de la neige. Pour la nuit de noël. Probablement.

    Ce serait bien un Noël blanc. Moi qui ai tant vanté la quiétude blanche de mon existence solitaire à Sarah. C’est elle qui a décidé de quitter la grande ville pour venir passer quelques jours avec moi, dans ce coin du monde où seules les âmes perdues et sans histoire viennent se réfugier.

    J’avais quatre ans. Elle avait presque deux ans de moins. À la mort de nos parents, c’était à moi de la protéger. Et je n’ai pas su veiller sur elle. J’étais si petit. Et puis nous avons été séparés dans des familles qui n’ont pas voulu de l’autre, jusqu’à perdre la trace de nos vies.

    Cela peut paraître étrange, mais nous nous sommes retrouvés sur Internet. Au bout de nos recherches, acharnées et persistantes. Quelquefois obsédantes. Jusqu’à l’aube. Comme si au fond de nous il y avait cette inébranlable conviction qu’un jour nous allions nous retrouver et renouer à jamais le fil coupé de nos enfances.

    Et je sais que ce sera un merveilleux Noël.

  4. La valise est lourde, le bagage encombrant. Elle s’assied dessus, déboutonne son manteau. Malgré le froid de l’hiver, elle a chaud. C’est qu’elle est venue à pied. Elle a ouvert son livre pour reprendre sa lecture, mais est constamment distraite par le va-et-vient sur le quai. Elle a tellement peur de le rater, ce bateau ! Il y a si longtemps qu’elle n’a pas revu les siens.

    Elle a mis ses plus jolies chaussures, pour leur faire honneur par son élégance toute nouvelle. Maintenant elle craint de les abîmer, avec cette neige.

    Peter-Hans sera-t-il à Esbjerg ?

    Non, il vaudrait mieux que non. Qu’il ne la voie pas avec des vêtements froissés par vingt heures de trajet inconfortable et les cheveux mal coiffés. Mais après-demain, peut-être ? A la fête chez les Soderqvist ?

  5. Merci à tous ceux qui viennent partager leurs « En vos mots ». Joyeux et chaleureux Noël à tous.

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