Qui n’a pas grandi ou vécu assez longtemps à Montréal ne sera peut-être pas en mesure d’apprécier la « célébration de véritables trésors à préserver à tout prix » que propose le journaliste Sébastien Diaz avec Montréal kitsch, véritable tournée de ces lieux qui n’ont subi aucune transformation depuis les années 1950, 1960 et 1970. Du très inscrit dans le temps jusqu’au mauvais goût initial devenu aujourd’hui « vintage », il y a dans l’inventaire proposé par Diaz quelque chose d’attendrissant et de surréaliste à la fois qui rappellera à ceux qui avaient vingt ans il y a vingt ans et plus des souvenirs si nombreux qu’ils en auraient pour des soirées à les raconter.
Pensons à la Binerie Mont-Royal, immuable depuis des décennies, mentionnée dans tous les guides sur Montréal, laquelle a servi de décor au Matou d’Yves Beauchemin. Au Blanche-Neige, ouvert 24 heures, où on trouvait autrefois attablés à n’importe quelle heure du jour et de la nuit des étudiants de l’Université de Montréal, particulièrement en fin de session ou quand le Clan Destin était fermé. À Ameublement Elvis où nombre d’amis ont acheté des cuisinières et réfrigérateurs au propriétaire de la boutique qui s’habillait comme son idole, lequel ornait sa devanture, son camion et ses cartes de visite. Au Jardin Tiki de la rue Sherbrooke Est où vous pourrez même vous asseoir dans la chaise d’Emmanuelle. À l’Orange Juliep de la rue Décarie, qu’on aperçoit de loin et qui n’a plus besoin de présentation. Au Chinatown. Au restaurant Schwartz’s. À la brasserie Magnan, dont le décor n’a pas changé d’un poil depuis des décennies, sauf pour les télévisions au mur qui sont passées à la haute définition. Aux différentes succursales des Dairy Queen aux enseignes inchangées, mais auxquelles on retourne avec joie dès la saison de la crème glacée enfin revenue.
Pensons à ces lieux. À nombre d’autres. Revisitons-les en vrai ou le temps de quelques pages de ce Montréal kitsch très bien fait en ce qui concerne le contenu, mais un peu moins en ce qui concerne le contenant, les photos étant peu réussies et surtout banales, alors que le texte est vivant et truffé d’anecdotes.
À offrir à ceux qui disent « Dans mon temps… » et aux Montréalais nostalgiques ou curieux.

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