Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. [Isaac Newton]
La lectrice d’Anatoly Golovastov a lu plus d’une fois la citation de Newton. Et elle a pensé que ce serait une bonne chose de vous la confier. De savoir ce que mots vous inspirent.
Elle a donc déposé la citation ici pour que vous puissiez réfléchir, écrire, divaguer. La phrase est désormais à vous. Pour une semaine, puisque ce n’est que mercredi prochain que vos commentaires de toutes sortes seront validés et pas avant!
D’ici là, bonne semaine à tous!

Une réponse
Quelque soit le jour de la semaine, Henriette était toujours pimpante dans sa modeste demeure de Picardie. Malgré son veuvage, elle attachait une grande importance à sa tenue au cas où quelqu’un viendrait frapper à sa porte.
Aujourd’hui, elle a revêtu une robe au joli col de dentelle et s’était fait un joli chignon.
Elle aimait préparer son petit-déjeuner et déguster son café très chaud en lisant son quotidien mais aujourd’hui, elle a décidé de sortir une lettre de son tiroir et la relire. Cette lettre était toujours placée au même endroit, dans le même tiroir depuis des années. Elle en prenait soin comme la prunelle de ses yeux. C’était UNE DES lettres de son petit-fils Arnaud. Maintenant, il est marié, il a deux enfants et vit en Californie.
Henriette se souvient encore lorsqu’elle berçait Arnaud, plus tard, elle le prenait par la main pour l’emmener à la campagne et lui raconta des histoires, plein d’histoires.
Arnaud adorait sa grand-mère et n’oublia jamais son anniversaire et Noël. Elle lui a tant apporté ! La douceur et la patience d’une grand-mère et aussi sa vivacité d’esprit. Tout cela continu mais par lettre maintenant.
Depuis toute jeune, Henriette avait la passion de la lecture et en fit profiter Arnaud. Lui, s’en souvient très bien. Elle savait si bien raconter les histoires. Lorsqu’il devient adolescent, c’est à sa grand-mère qu’il posait des questions sur la vie. Elle lui a toujours dit la vérité et Arnaud ne la remerciera jamais assez de lui avoir fait connaître les valeurs de la vie. Que tout ne tombait pas du ciel. Qu’il fallait parfois rester humble, tolérant et avoir l’amour pour son prochain.
Elle lui lisait des citations, des poèmes, des livres entiers. Arnaud adorait écouter sa grand-mère. Ce fut de beaux et grands moments. Maintenant, Arnaud, lit chaque soir une histoire à ses enfants et lorsqu’ils seront plus grands, il leur fera connaître les poésies des grands auteurs. C’est son vœu le plus cher.
Henriette lut cette lettre avec tout l’amour d’une grand-mère !
Grand-mère, te rappelles-tu cette citation :
« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts » d’Isaac Newton ?
Lorsque j’avais dix ans, tu m’as lu cette citation et à l’époque je regardais les feuilletons de « Thierry la Fronde » et je te disais : Mais grand-mère, tant mieux s’il n’y a pas assez de ponts. L’ennemi ne pourra pas arriver jusqu’à nous et les murs nous protègent !
C’est des années plus tard que j’ai compris le sens de cette belle citation. Pour te faire plaisir, je t’écris un extrait de texte d’une chanson d’un chanteur que tu connais aussi, grand-mère. Il s’agit de Patrick Bruel…
Des larmes peuvent couler, personne se retourne.
L’histoire abandonne les pages qu’on détourne.
De quelle liberté pourra-t-on bien parler
Lorsque les enfants viendront demander…
« Les murs qu’on a dans la tête
Sont plus hauts que vous peut-être.
Pourquoi personne les arrête… jamais !
Bien sûr qu’on va les casser,
Mais on n’effacera jamais
Les maux qu’ils auront laissés… gravés ! » ?
J’avais oublié l’ironie de notre histoire.
J’avais oublié qu’on a si peu de mémoire.
Combien de larmes, combien de haines, combien de hontes,
Combien de murs se cachent derrière un mur qui tombe ?
Est-ce que c’est moi qui deviens fou ?
Répondez-moi, mes yeux sont flous.
Au nom de qui fait-on le choix de l’innocence ?
Au nom d’ quelle liberté, de quelle transparence ?
Bien sûr qu’il faut « des ponts », ne serait-ce que pour créer des liens, serrer la main de son voisin ou faire un sourire à un enfant, sinon la vie devient impossible et chacun vit dans sa bulle.
Grand-mère, je t’aime très fort et merci, merci pour tout ce que tu m’as appris. Je t’écrirais encore très prochainement.
Je t’embrasse,
Arnaud
Lorsqu’Arnaud écrivit cette lettre, il n’était pas encore marié.
C’est le cœur plein de bonheur qu’Henriette plia la lettre et la remis dans le tiroir. Sa journée fut belle.