Ne vous semble-t-il pas paisible cet étang que Denise a trouvé? N’auriez-vous pas, comme moi, envie de vous installer à proximité pour y lire tranquillement?
Ne vous semble-t-il pas paisible cet étang que Denise a trouvé? N’auriez-vous pas, comme moi, envie de vous installer à proximité pour y lire tranquillement?
C’est à la lectrice peinte par l’artiste Abel Bertram que je laisserai le recueil de Francis Dannemark intitulé Un fragment d’éternité. Parce que d’autres attendent d’être feuilletés à leur tour. Et parce que, surtout, elle s’est attardée ici :
Puzzle
Combien de vies dans une vie?
C’est comme demander combien de pièces
dans un puzzle, dit-il. L’un en compte douze,
l’autre douze fois plus, il en faudra mille ici,
là quarante. Et chemin faisant,
on comprend que chacun aura
très exactement le temps
de compléter le sien, et que le nombre
de pièces n’aura rien signifié,
et que le temps lui-même,
cent ans, dix secondes, n’aura jamais été
qu’un instant,
une fabuleuse fraction
d’éternité.
-Tu sais qu’un homme qui a plusieurs femmes, on dit qu’il possède un harem, tandis qu’une femme qui a plusieurs hommes, on dit qu’elle a une cour à scrap*?
(*une cour à scrap, anglicisme en usage au Québec est l’équivalent d’une décharge de voitures où on peut acheter des pièces)
Cette phrase est tirée d’un recueil de Suzanne Myre, mais elle a tout des conversations entre filles. En tout cas, celles que j’ai entendues. Et plus d’une fois, d’ailleurs. Ne serait-ce que quand une chanteuse d’origine italienne a épousé un président et qu’on a cru bon d’étaler la liste de ses conquêtes pour faire d’elle une trainée.
Bien sûr, celles qui font craquer les hommes ne sont jamais bien vues. Elles ont tous les défauts du monde. Ce sont des arrivistes, des briseuses de ménages, des sans scrupule et sans morale, des trainées, quoi. La plupart des femmes vous le diront.
Bien sûr, les hommes qui font craquer les femmes sont des séducteurs. Ils sont beaux, ils ont du charme, du charisme et tout un tas de qualités qu’il serait trop long de lister ici. D’ailleurs, la plupart des femmes vous le diront.
Et ça me dérange qu’il en soit ainsi. La femme qui a connu plusieurs hommes, y a-t-on jamais songé, en a peut-être connu autant parce qu’elle a été souvent rejetée et non pas pour faire collection. Qui, en effet, veut toute sa vie aller de l’un à l’autre sans qu’aucun ne veuille la garder? Et pourtant, celle qui n’a pas eu de chance doit en plus être lapidée par ses sœurs.
Il y a décidément quelque chose qui ne tourne pas rond. Et qui risque de ne pas tourner rond encore longtemps. Juger est si facile. Rejeter aussi. Tout comme dire du mal.
Pourtant, celle aux conquêtes nombreuses ne dira jamais du mal des malheureuses qui ont épousé le premier venu et qui toute leur vie se plaindront de s’être mariées trop tôt, tout en maintenant le carcan dans lequel elles sont enfermées de peur de se retrouver seules ou de devenir des trainées. Elle se tait. Elle sait qu’on ne veut pas entendre sa note discordante dans le magma des idées toutes faites.
Secrètement, elle espère qu’un jour un homme sera fier d’avoir à son bras celle qui ne va plus de bras en bras parce qu’elle a trouvé ceux qu’elle attendait, et que ces bras ce sont les siens et ceux d’aucun de ceux dont elle a gommé les prénoms et les visages et qui sont retournés d’où ils venaient : d’une cour à scrap.
*toile de John Yardley
Je ne suis pas du tout certaine que la lectrice peinte par Henry Robert Morland pourra ranger beaucoup de livres dans cette bibliothèque, mais ce que je peux affirmer c’est qu’elle est tout à fait originale!
Prendre le temps de s’asseoir. De lire quelques minutes ou plus longtemps. Et s’oublier le temps… et même qu’on nous regarde. Ou plutôt, que l’objectif d’Armando nous observe.
Trop absorbés, ils n’ont pas vu que je les observais. C’est tout juste s’ils ont remarqué que l’autobus arrivait!
La lectrice d’Addison Thomas Millar a souri. Je crois que ces quelques vers de Francis Dannemark tirés d’Un fragment d’éternité ont eu l’heur de lui plaire.
Here & Everywhere
Dans l’air. Dans l’air et dans l’eau
des fontaines publiques,
entre les pages des livres à lire et déjà lus.
Dans un jardin. Dans la forme floue
d’un nuage.
C’était là, tout ce temps.
C’était parfois dans la voix.
Dans une manière légère
de pencher la tête.
C’était encore dans un rire,
dans l’ébauche gauche d’un geste.
C’était là, tout ce temps. Tout ce temps.
Dans l’œil où vit un animal qui voit tout.
Dans l’œil brillant. Au bord des lèvres.
C’était dans l’escalier tournant du cœur.
C’était là. Dans un arbre dressé
pour traverser les saisons tristes,
les saisons gaies.
C’était là.
C’était là. Tout ce temps.
Tout ce temps.
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
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