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Pour Jeanne

geoghegan

C’est fou comme cette aquarelle de Diane Geoghegan me fait penser à Jeanne, une amie de maman décédée il y a deux ans. Blonde comme la lectrice, elle n’en avait que pour le bleu et poussait l’originalité jusqu’à s’habiller en bleu de la tête aux pieds pour se mêler à son décor. C’était son souci du détail à elle. Et surtout pas pour passer inaperçue, car Jeanne était sûrement une des plus femmes extraverties et alertes de 80 ans qu’il m’ait été donné de rencontrer dans ma vie. Secrétaire de juge, elle avait fait le tour du monde et avait des anecdotes sur tout, les gens, les lieux. Tous, nous pouvions l’écouter pendant des heures, tant elle savait raconter avec humour et tendresse sa vie et ceux et celles qui l’avaient accompagnée.

C’est à elle que je dédie cette toile qui lui ressemble. Je suis certaine qu’elle aurait aimé cette lectrice fondue au décor, prête à s’animer.

La lectrice de Robert Delaunay

delaunay 1

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Est-ce le peintre ou la modèle/lectrice qui a décrété que le tableau n’atteignait pas le résultat escompté et qu’il demandait d’être refait ? Qui des deux, Robert Delaunay ou elle, a décidé qu’une deuxième interprétation de la pose était nécessaire ?

J’imagine mal une lectrice se permettre d’affirmer qu’elle n’aime pas telle couleur. Elle critiquera bien davantage la perception qu’a eue l’artiste de ses formes, ne s’imaginant pas ainsi, puisqu’on se voit rarement de dos. C’est donc probablement Robert Delaunay lui-même qui a eu l’idée de refaire le tableau. Aucune femme qu’on a peinte, peu importe le résultat, ne se plaindra d’avoir inspiré un artiste.

Changement d’heure

wouter verrips

Est-ce l’heure qu’on avance cette nuit dans la majorité des provinces canadiennes pour nous coller à celle états-unienne qui me pousse ainsi vers l’été et vers cette toile de l’artiste néerlandais Wouter Verrips ?

Si j’ai bien compris la raison du changement d’heure, une bourse va ouvrir plus tôt ainsi et ce sera économiquement rentable pour tout le monde. Je vais aller au plus simple en ce qui me concerne. Une heure de plus dans le noir le matin pour écrire et une heure de plus le soir en pleine clarté. Tout ça avant que l’été n’arrive enfin et que je puisse, telle cette lectrice, aller m’asseoir dehors et profiter de la lumière. Car autant j’aime lire au petit matin alors que le jour entre tout doucement, autant j’aime lire le soir dans un fauteuil, à la bougie dans ma baignoire et en plein jour, dehors.

Et comme j’ai hâte de me retrouver épaules nues ainsi. De sentir le vent chaud les caresser tandis que je serai absorbée par un livre. Affaire à suivre.

L’album de photos

alain lacaze

Est-ce pour feuilleter un album de photos que la lectrice d’Alain Lacaze s’est réveillée en pleine nuit ? Et avec cette nécessité de voir une photo plus qu’une autre ?

J’aurais bien du mal si pareille urgence s’imposait à moi, sauf s’il s’agit de photos numériques prises depuis un an, car toutes les autres sont dans une énorme boîte et non pas dans des albums. Je n’ai jamais pu m’astreindre à cette tâche. Même si je sais que le résultat est un objet invitant bien plus agréable à faire voir que des photos qu’on sort d’enveloppes. Mais je ne l’ai pas fait. Et j’admire ceux qui le font, qui ont cette patience.

Mais quelle photo peut bien demander qu’on se lève dans la noirceur de la nuit pour la voir ?

Bientôt Huy ?

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(Photos de Daniel Durwael)

6000 km. Ce n’est pas vraiment le bout du monde. Mais trop loin pour aller y passer la soirée. Et pourtant, ce serait formidable de pouvoir dire à mes amis belges de me rejoindre à Huy pour une soirée. Qu’on va se retrouver sur la grand-place et qu’on va parler, parler jusqu’au matin. Qu’ils seront tous là.

Puis-je déjà y rêver alors qu’il est trop tôt pour poser les dates de mes vacances ? Puis-je me vraiment espérer être en Belgique fin juin pour l’anniversaire de Sébastien ? Puis-je espérer squatter le sofa de Carine à Andenne ? Puis-je déjà me projeter dans le temps et me dire que oui c’est possible ? Que je vais à nouveau me promener dans les rues de Huy avec Nathalie ? Que je vais voir Verviers avec Jocelyne ?

Tellement de choses se sont produites ces derniers dix-huit mois, des bonnes et des moins bonnes, que j’ai un peu de mal à voir si loin dans le temps. Alors qu’au fond trois mois et demi, c’est si court. Que ce sera vite passé.

Il me tarde de revoir Paris, de faire un crochet par la Champagne avant de retrouver ma Belgique tant aimée, parce qu’il y a tant de gens que j’aime dans ces trois endroits. Mais en même temps quelque chose me retient de trop rêver afin de ne pas être déçue. Je l’ai été suffisamment récemment pour ne pas me jeter à corps perdu dans ce projet de voyage. Et pourtant, comme j’aimerais déjà savoir la date à laquelle je pourrai partir. Comme je voudrais déjà être en mesure d’annoncer que j’arrive.

Le livre d’art

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Ce soir, la lectrice d’Eduardo Leon Garrido a sorti un livre d’art et elle va de page en page à la découverte de toiles qui la ravissent. Y a-t-il quelques lectrices au fil des pages qu’elle tourne ? Il serait étonnant qu’il n’y en ait pas une, puisqu’elle sont partout. Allongées sur des sofas, dans la baignoire, vêtues jusqu’au cou, nues, dans des décors luxueux ou au jardin. Elles sont là, dans les galeries, dans les musées, sur le net et dans les livres. Chacune avec son histoire.

Celle-ci étudie peut-être l’art. Et couvre-t-elle des toiles d’huile quand l’inspiration lui vient. Je l’imagine bien avec chevalet et pinceaux, se réjouissant des couleurs qu’elle a mélangées sur sa palette en tentant de reproduire une toile de maître qu’elle a vue dans un livre.