
Il n’y a pas eu de samedi où il ne s’est pas assis là au fond de la salle. Dans l’ombre. Et ce, depuis des semaines. Comme si de là, il pouvait l’observer à son aise. Sans rien dire. Mais visiblement admiratif. Parce qu’elle écrit? Parce que personne ne vient jamais s’asseoir à sa table? Parce que visiblement elle est heureuse?
L’écrivaine peinte par Hermann Fenner-Behmer n’est pas dupe du manège. Elle a tout vu. Et elle ne fera pas comme ses aînées. Nous ne sommes plus au XIXe siècle, mais au XXe, affirme-t-elle pour se donner du courage.
Elle ne va quand même passer tous les samedis de sa vie à se laisser dévorer des yeux sans inviter l’homme du fond de la salle et sa plume à s’asseoir à sa table. Elle est d’ailleurs en train de lui écrire. Elle a hésité longtemps sur la manière de l’aborder. Et puis, ça lui a semblé évident. Le garçon ira lui apporter ce mot : Et vous, qu’écrivez-vous les samedis soirs?