Lali

1 décembre 2012

Au nom de la littérature de chez nous


(illustration de Philippe Béha)

J’ai travaillé en librairie pendant presque un quart de siècle. Dans une VRAIE librairie. Autrement dit, une librairie indépendante. La littérature québécoise était à l’honneur dans toutes les sections, notamment dans la section jeunesse. Plus de la moitié de chacune des deux vitrines était consacrée à la littérature de chez nous. Mon patron y avait cru. J’y croyais aussi. Nous n’étions pas d’accord sur tout, mais nous nous entendions quand il s’agissait de donner sa place à la littérature d’ici.

La gangrène qui s’étale aujourd’hui au grand jour était déjà là il y a 20 ans. Moins évidente. Le père se taisait et n’en faisait qu’à sa tête, embobinant lecteurs, journalistes, éditeurs et distributeurs comme nul autre. Au détriment des écrivains. Le fils aussi n’en fait qu’à sa tête. Mais lui il parle. Et ça va finir par lui coûter cher.

Demain, à 14 h, je serai là. Rue Saint-Denis. Parce que j’appuie Philippe Béha. Et ceux qui l’appuient.

Je ne cesserai jamais de croire en la littérature jeunesse de chez nous.

6 octobre 2012

Anecdotes de libraire 75

Filed under: Anecdotes de libraire,Couleurs et textures — Lali @ 10:30

J’étais dans la section 841.914 de la Grande Bibliothèque quand j’ai été happée par mon ancienne vie de libraire. Et pourtant, c’est une profession que je ne pratique plus depuis presque sept ans, sauf lors de certains écarts, le temps d’un conseil sur un livre, d’une anecdote autour d’une maison d’édition ou quand je fais la découverte d’un auteur. Rien de bien grave, quoi.

J’étais donc dans la section 841.914 quand sont apparues deux pièces de théâtre de Normand Chaurette. Du théâtre dans le rayon poésie? Pas étonnant qu’on ne retrouve plus certains livres… Le temps de trouver une préposée qui faisait du rangement à qui j’ai confié les livres, et ceux-ci retrouvaient leur section : la 842.914.

« Deux qu’on ne cherchera plus! », m’a-t-elle dit avec un grand sourire. Mais combien de livres mal rangés ou dissimulés derrière d’autres pour un qui retrouve sa place? Je n’ose pas y penser. Je sais juste que je n’ai pas pu laisser les livres de mon ami Normand dans le rayon poésie. Même s’il aime énormément les sonnets de Shakespeare.

*illustration de Fernando Vicente

14 septembre 2012

Anecdotes de libraire 74

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Refuser de vendre un livre pour des raisons éthiques est rare dans les sociétés libres où il n’y a plus de livre à l’index. Le geste que vient de poser Marc Filipson de la librairie Filigranes à Bruxelles de ne pas vendre le pamphlet de Richard Millet est donc une grande première. Mais l’auteur a été « trop loin » et accepter de vendre un livre qui fait l’apologie d’un tueur, c’est en quelque sorte cautionner son contenu, ce à quoi se refuse le libraire qui n’a jamais posé pareil geste en 29 ans. Geste que j’applaudis, car il est celui d’un libraire intègre et consciencieux, bien loin d’un vulgaire vendeur qui préfère le bruit de sa caisse enregistreuse aux livres.

Un cas comme celui-là est rare. J’avais même oublié qu’à l’automne 1984 j’avais obtenu de mon patron l’autorisation de retourner tous les exemplaires d’un titre provocateur dont la cible principale était les féministes. Ce livre, un essai écrit par un ex-boxeur devenu le temps d’un documentaire en 2010 un véritable patriote parce qu’il a été un militant actif du mouvement indépendantiste du Québec, n’était rien de plus qu’un ramassis de niaiseries arrogantes à l’adresse des femmes. J’avais d’ailleurs dissimulé sous d’autres livres les exemplaires reçus me refusant de les mettre en évidence bien avant que féministes, femmes, libraires, journalistes et gens du public ne s’expriment haut et fort, et que les livres soient expédiés chez le fournisseur. Celui-là aussi était allé trop loin.

Mais qui se rappelle aujourd’hui cet incident?

*toile de Michael Wagner

24 février 2011

Anecdotes de libraire 73

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J’ai revu il y a quelques jours le film Funny Face mettant en vedette la délicieuse Audrey Hepburn et le séduisant Fred Astaire. Pas un grand film, je vous le dis tout de suite, mais distrayant à souhait et à certains égards tout à fait surréaliste et dont la majeure se déroule à Paris, notamment cet extrait.

Comme Audrey Hepburn y personnifie une libraire dont la boutique est envahie par une horde de mannequins, un photographe et la rédactrice en chef d’un magazine de mode, c’est cette scène en particulier que je voulais revoir. Celle où la boutique est mise sens dessus dessous pour quelques photos. Cette scène où elle constate les dégâts et où le photographe (Fred Astaire) tente de lui donner un coup de main pour ranger le capharnaüm dans lequel la librairie a été laissée. Une scène que je n’ai trouvé qu’une partie (doublée en italien).

Si jamais j’avais eu à vivre une telle scène, et ça n’a pas été le cas (des tablettes qui s’écroulent et des baignoires au-dessus qui débordent, c’était déjà amplement), j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps et un baiser de Fred Astaire n’aurait sûrement pas suffi à me remonter le moral!

*toile de Joan Griswold

26 juillet 2010

Anecdotes de libraire 72

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Depuis que j’ai adopté une bibliothèque de quartier, une véritable bibliothèque de poche quand on la compare à la Grande Bibliothèque où j’avais pris l’habitude d’aller, j’ai encore plus de plaisir à fréquenter la bibliothèque qu’avant. Il faut dire que celle-ci fait partie d’un réseau, ce qui permet des échanges entre les succursales du réseau à partir d’un catalogue commun accessible en ligne.

Du coup, en ne bougeant que les doigts, je choisis mes futures lectures à distance et je n’ai qu’à consulter mon dossier pour savoir si les livres sont à destination.

Mais ce n’est pas là le seul bonheur de cette bibliothèque. L’autre est un jeune préposé qui a une passion à la fois pour les nouvelles, les romans aux phrases brèves et cinglantes et les livres qui parlent des mots et des métiers du livre. De telle sorte que quand je rapporte des livres il n’est pas rare que je joue à la libraire et que je lui suggère un des titres que je viens de lire. Jusqu’ici, je ne me suis jamais trompée, m’a-t-il dit récemment en me faisant un magnifique cadeau : il a noté sur un bout de papier le nom d’une auteure montréalaise d’origine roumaine que je dois absolument lire.

*toile d’Olga Pryymak

13 juillet 2010

Anecdotes de libraire 71

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Il y avait des clients que je ne voyais qu’une fois par année. En juillet et en août. Jamais le reste du temps. Parce que pour eux, partir en vacances, ça voulait dire s’acheter un livre ou deux. Ils disaient que le reste de l’année ils n’avaient pas le temps de mettre le nez dans le moindre bouquin.

Encore aujourd’hui, quand je pense à eux, ils demeurent des énigmes. Comment faisaient-ils pour vivre les cinquante autres semaines de l’année?

*toile d’Angel Guillermo Valente

28 juin 2010

Anecdotes de libraire 70

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Il m’arrive de me demander si cette sorte de lecteurs que j’appelais les comparateurs existe encore. Si, si, les comparateurs. Ceux qui lisent seulement les romans qui ont inspiré des films afin de comparer l’original et la version cinématographique afin d’émettre une opinion. Ceux qui sont capables de vous affirmer que Dumas aurait été fier de voir Kiefer Sutherland incarner Athos ou qui vous disent sans broncher qu’heureusement que le réalisateur d’Autant en emporte le vent a pensé à gommer toutes les longueurs du roman de Margaret Mitchell.

*toile de Joan Griswold

27 mai 2010

Anecdotes de libraire 69

Filed under: Anecdotes de libraire,Couleurs et textures — Lali @ 19:33

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« Et celui-là, tu l’as lu? »
Il me semble parfois entendre à nouveau une voix d’enfant me posant cette question alors que je déambule dans le rayon jeunesse d’une librairie, les yeux écarquillés devant la profusion, la variété, la qualité de certains albums. Mais voilà plus de quatre ans que je suis dépassée, que je n’arrive plus à suivre par manque de contact quotidien avec ce qui parait. Et pourtant, il fut une époque où je dévorais quantité de livres jeunesse, si bien que ça s’était su. Ce qui faisait ma joie. Car y a-t-il bonheur plus grand pour une libraire que de donner aux adultes de demain le goût de lire qui ne les quittera jamais?

« Tu en aurais pas un aussi bon que celui de l’autre fois? »
Oui, il me semble entendre encore cette voix, venue d’un autre temps. De revoir le visage souriant de celle qui me regarde, convaincue que je ne peux les avoir oubliés, ni elle ni le livre avec lequel elle était repartie ce samedi-là. Elle avait raison. On oublie beaucoup de choses dans la vie mais pas les sourires des jeunes lecteurs.

*toile de Kay Stanford

6 mai 2010

Anecdotes de libraire 68

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Même si je ne fais pas partie de ces inconditionnels de l’écrivain Michel Tremblay qui attendent chacun de ses livres avec une impatience démesurée dès qu’il est annoncé, il est une phrase de lui fort connue que j’aime bien paraphraser à ma manière et qui dit ceci :Tu peux sortir la fille de l’est mais pas l’est de la fille!

Dans mes mots, cela devient : Tu peux sortir une libraire d’une librairie, mais tu ne peux pas sortir la librairie d’une libraire! Et c’est à cette phrase « arrangée » que je pensais samedi soir dernier après une petite virée à la librairie Henri-Julien, une véritable caverne d’Ali Baba où je me suis sentie comme un poisson dans l’eau, même si je n’y avais pas mis les pieds depuis quelques années.

Michel Lefebvre, qui connait son fonds et qui aime les livres à la folie — prenez le temps de lire cette entrevue avec lui pour vous en convaincre — vous accueille avec gentillesse et ne vous demande pas ce que vous cherchez toutes les cinq minutes. Mais si d’aventure vous avez envie de lui piquer une jasette, surtout que l’endroit se prête à la chose, vous découvrirez un homme érudit et passionné.

Il y a dans cette librairie minuscule des livres jusqu’au plafond, des piles partout, des sections qui débordent. Le lieu est exigu et on ne peut pas tenir à deux dans certains recoins. Mais quel bonheur de constater qu’il y a dans cet antre dédié au livre ancien un véritable respect pour les livres, ce qu’on ne trouve plus dans les librairies de livres neufs qui ne servent que d’étalage entre des allers et retours entre les distributeurs et celles-ci. Ce qui me fait dire que si un jour dans ma vieillesse je redevenais libraire je ne vendrais pas de livres qui viennent de paraître, mais bien des livres qui ont vécu.

8 avril 2010

Anecdotes de libraire 68

Filed under: Anecdotes de libraire,Couleurs et textures — Lali @ 20:44

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La libraire que j’ai été pendant un quart de siècle ne pourra jamais s’échapper de moi, fort probablement. Si bien que la lectrice que j’ai toujours été ne peut que trouver du plaisir quand elle ouvre un livre où il est question d’un libraire. Ce n’est pas que je cherche ce genre de lecture à tout prix, mais que quand l’occasion m’est donnée que des titres arrivent jusqu’à moi, je m’empresse de les noter. Et il y a justement un billet sur le sujet chez Antigone. Ma liste ne fait que s’allonger!

*toiles de Noël Hémon

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