Lali

19 mars 2008

Le client

Filed under: Couleurs et textures,Images indélébiles — Lali @ 21:48

scholz 1

Il avait ce petit quelque chose du lecteur peint par Raymond Scholz. Quoi, exactement? Je ne sais pas. Ou alors, une certaine assurance.

-Je peux vous aider? ai-je fait, alors que je le voyais aller de rayon en rayon, visiblement à la recherche de quelque chose de précis.
-C’est que je ne sais pas le titre du livre… Vous n’auriez pas des photos d’écrivains quelque part? Je le reconnaîtrais tout de suite. Je l’ai vu à la télé.

J’ai dû faire une drôle de tête. Celle-là, on ne me l’avait jamais faite. Et pourtant, en plus de cinq ans de vie de libraire, j’en avais entendu de toutes sortes. Vingt ans de plus de cette vie-là m’en ferait en entendre d’autres. Des pires et des meilleures.

-Vous pouvez me le décrire? ai-je fait.
-Ben, c’est un barbu. De ça, je suis sûr. Et puis, il a une tête de rigolo, mais il écrit des livres sérieux.

Un rigolo qui écrit des livres sérieux? Le petit rigolo, c’était le client…

-Et ça parle de quoi, son livre? C’est un roman?
-Non, non, pas un roman. Je vous ai dit qu’il écrivait des livres sérieux.
-Votre écrivain, vous pouvez me dire si c’est un Québécois ou un Français?
-Bonne question. D’ailleurs, tout le temps qu’il parlait, je me demandais si c’était un Québécois ou pas. Parce que, voyez-vous, il a un drôle d’accent.

Décidément, les choses ne s’arrangeaient pas. Mais Lalibraire ne perdait pas patience.

-Et si vous l’avez vu à la télé, je suppose que son livre est récent?
-Oui! Il vient de sortir. Ça vous aide?

Je ne savais pas si ça m’aidait ou pas. Mais je me disais que peut-être dans les rayons des nouveaux titres, une idée me viendrait… Jean Yanne était barbu. Mais, ce n’était pas Jean Yanne. Soljenitsyne aussi était barbu. Mais il n’avait pas publié récemment. Et Hugo était mort depuis longtemps.

-Et vous pourriez me dire un peu de quoi parlait le livre?
-C’est un peu compliqué. Mamour, tu as retenu quelque chose du livre, toi? a-t-il fait à l’intention de sa moitié.
-Il me semble que ça parlait de fêter, a-t-elle répondu, de façon presque inaudible.
-Oui, c’est ça, Mamour! Ça parlait de faire le party!!

Je sais depuis que j’ai entendu ça que les sourcils sont en mesure de bouger à un point tel qu’ils deviennent des points d’interrogation.

-Vous n’avez pas ça un livre qui vient de sortir et qui est écrit par un barbu sérieux avec un drôle d’accent et qui parle de faire le party?

Et il était sérieux. Vraiment. Comme s’il avait en résumant ainsi les choses donné tous les indices nécessaires pour que je lui trouve le bouquin dont il ne savait pas le titre, ni le sujet et dont le nom de l’auteur lui était inconnu. Il me restait à tenter une autre approche.

-Et vous vous souvenez du nom de la maison d’édition?
-Ah non, moi je suis pas libraire.

C’est à cette minute que j’ai cherché le nom d’un saint qui s’occupe de veiller sur les libraires. Mais il n’y en a pas. J’ai donc adressé une prière à saint Judes, le spécialiste des causes désespérées. Je n’avais pas assez de temps pour une neuvaine.

Comment allais-je m’en sortir?

-Mademoiselle! Mademoiselle! ai-je entendu, alors que je bouleversais l’ordre des tablettes que j’avais pris tellement de soin à ranger le matin même.
-Quelque chose vous est revenu?

J’avais les yeux implorants. Enfin, c’est comme ça que je me rappelle la scène.

-Ça parlait de beuverie dans le titre.

Décidément.

-De beuverie?
-Oui, de se saouler, quoi.

J’étais toujours perplexe. J’ai fait les cent pas. Barbu, sérieux, saouler… Et Eurêka! Le livre était là, tout près. Je l’ai attrapé et j’ai fait voir la photo de l’écrivain à mon client qui jubilait.

-C’est lui! C’est lui!

Puis, il a retourné le livre pour voir le titre.

-Je vous avais bien dit que ça parlait de se saouler la gueule!

Et il est passé à la caisse, ravi. Il allait lire L’heure de s’enivrer d’Hubert Reeves.

Mur de fenêtres

Filed under: Signé Armando,Vos traces — Lali @ 19:38

tableaux d’automne

Un mur de fenêtres dans lequel se mirent des arbres de fin d’automne. Quel magnifique et généreux cadeau m’a fait Armando, alors qu’il n’a gardé qu’une seule fenêtre pour chez lui

Lali répond à 10 questions

Filed under: Couleurs et textures,Qui est Lali? — Lali @ 19:27

catherine_c_e
toile de Catherine Clark Ellis

Voilà presque une semaine que Béatrix d’adlitteram m’a lancé le défi. Et selon les règlements suivants :
– Donner le lien de la personne qui vous tague
– Préciser le règlement sur votre blog
– Répondre aux dix questions que voici :

Je m’y colle donc, après avoir mûrement réfléchi…

1/ Le trait principal de mon caractère : la rêverie
2/ La qualité que je désire chez les hommes : là déjà, je change la question et je dis chez UN homme, l’honnêteté
3/ La qualité que je préfère chez les femmes : idem
4/ Mon principal défaut : je suis bordélique (mais pas au boulot)
5/ Ma principale qualité : la patience (sauf avec les imbéciles)
6/ Mon occupation préférée : écrire et lire, lire et écrire, et vice versa
7/ Un plat qui me met l’eau à la bouche : un seul… trop difficile… alors disons quelque chose au chocolat
8/ Mes mots favoris : amour, soleil, caresse, regard…
9/ Ce que je déteste par dessus tout : la bêtise
10/ Un rêve : vivre pieds nus

Et normalement, maintenant que j’ai répondu aux dix questions, je devrais taguer 6 autres personnes en mettant leurs liens à la fin du billet… Mais je ferai autrement…
Que tous ceux qui ont envie de faire l’exercice, qu’ils aient un blog ou non, le fassent. Qui se lancera à l’eau en premier? Denise? Reine? Géraldine? Filleke? Armando? Agnès? Quelqu’un d’autre?

Pour voir la vie en rose

Filed under: Mon Montréal,Signé Lali — Lali @ 8:25

photo 122

Et comme la pluie est devenue de la neige et qu’il me faut absolument des couleurs, j’ai repensé à ma haie d’automne, avant qu’elle ne soit recouverte de blanc et je me suis dit qu’elle était de mise pour, malgré tout, voir la vie en rose!

Ce que mots vous inspirent 21

Filed under: Ce que mots vous inspirent,Couleurs et textures — Lali @ 8:00

fournier

Les souvenirs sont du vent, ils inventent les nuages. [Jules Supervielle]

Alors que se tissent les souvenirs pour les personnages d’Alfred-Victor Fournier entourant une lectrice visiblement passionnée par sa lecture puisqu’elle semble en parler avec enthousiasme, pensent-ils ce à ce que ce jour de fin d’été deviendra? Du vent? Des nuages?

Et vous, que pensez-vous de la phrase de Supervielle? Les souvenirs sont-ils du vent?

La pensée de ce mercredi est là pour ce que mots vous inspirent. Pour toute une semaine. Je ne validerai les commentaires que dans sept jours. Comme je viens de le faire pour la citation de Pascal Mercier déposée ici il y a une semaine.

Bonne journée et bonne semaine à tous!

L’arôme du café

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Notre amitié est née au détour d’une petite annonce dans la revue Christiane. C’était il y a presque 30 ans. Il fut même une époque où nous nous écrivions tous les jours, où nos lettres se croisaient au-dessus de l’océan. La visite de Saint-Malo, un repas dans une crêperie de Josselin, le lait encore chaud quand elle vivait encore dans la ferme familiale reprise depuis par son frère, l’Île aux Moines un jour de juillet, une promenade dans Paris où nous avions acheté le même pull rose, les rues de Québec et de Montréal où nous avons aussi laissé les traces de nos pas, les poèmes qu’on écrivait et qu’on échangeait. Tellement de souvenirs. De ceux qui ne s’effacent pas et auxquels on revient parce qu’ils sont heureux.

Oui, tous ces poèmes qu’on écrivait sur les coins des tables et qu’on s’envoyait. La plupart des miens sont restés dans des cahiers. Mais mon amie Chantal Couliou ne les a pas laissés dans des carnets.

Et je relisais hier Le chuchotement des jours ordinaires, regards posés sur les traces du quotidien, regards tendres. Et j’ai pensé à cette lectrice de Miriam Cojocaru à laquelle les mots de Chantal collent à la perfection :

L’arôme du café se défroisse
dans la frivolité
d’un matin qui s’éveille.

Il faut regarder où on pose les pieds

Filed under: Vos traces — Lali @ 6:25

230222

Toute cette pluie qui tombe aujourd’hui sur Montréal va-t-elle me faire découvrir un trésor caché, vestige d’été, qui a séché en automne et survécu à l’hiver? Je vais faire comme Denise et regarder où je pose les pieds. On ne sait jamais.