Lali

11 juin 2011

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 14

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-Tu as des nouvelles de lui?

Non et je n’en veux pas. Est-ce si difficile à comprendre?
Et même si je répète depuis plus de neuf ans que je préférerais qu’on n’évoque plus son existence, il y a toujours quelqu’un quelque part, une personne n qu’on ne fréquente pas mais qui fait partie de l’entourage de quelqu’un qu’on connaît pour demander Tu as des nouvelles de lui? Ou pour me dire que Machintruc croit l’avoir croisé à tel endroit, qu’en tout cas « ça avait l’ait de lui ». Ou encore pour affirmer : « Moi je ne l’aimais pas. Je suis contente que tu t’en sois débarrassé. »

Mais je ne m’en débarrasserai jamais tout à fait puisqu’il y aura toujours l’un ou l’autre pour me dire que, quoi, comment, etc. Pour me rappeler un long épisode de ma vie dont je suis sortie ruinée et que je préfère qu’on taise. Mais parce qu’il y aura toujours quelqu’un, à l’occasion d’un souper, d’une fête ou de tout autre rassemblement qui me posera LA question que je ne veux plus entendre, j’ai choisi de m’éloigner des occasions. De prendre le large, en quelque sorte. Au pays du silence et des mots. Parce qu’il vaut mieux lire qu’entendre ça.

*toile d’Anphia Coetser

3 juin 2011

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 13

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Pas de bonjour. Comme d’habitude. Une feuille tendue pour que je révise l’orthographe. Et puis, avant de partir :
-Je me disais qu’on pourrait manger ensemble.
-Hum, oui, ai-je fait, un peu laconique.
-Je vais t’envoyer une invitation quand j’aurai examiné mon agenda.
-OK, ai-je continué sans plus d’enthousiasme.

L’invitation est arrivée quelques jours plus tard. Le lieu, le jour, la durée, tout était clairement indiqué. Il suffisait d’accepter. J’ai oublié de le faire. Volontairement. Je l’admets. Pourtant, c’est si simple de répondre à une invitation Outlook.

Mais je n’aime pas cette façon qu’elle a eue — qu’elle a toujours — de s’imposer. Je n’aime pas qu’on choisisse à ma place. Le moment comme l’endroit. Était-ce si compliqué de traverser un couloir pour qu’on fasse ensemble ce choix?

Ce midi-là je suis sortie lire ailleurs. Nul ne savait où j’étais.

*toile de David Oyens

9 mai 2011

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 12

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« Ne me parle pas de catastrophe! »

Je me suis tue. D’abord, parce que le choix du mot catastrophe m’a jetée par terre. Puis, parce que j’ai compris qu’il serait vain de donner mon opinion à quelqu’un qui ne voulait rien entendre et qui resterait toujours sur ses positions. La conversation stérile que nous avions eue il y a quelques mois m’est revenue en un clin d’œil en même temps qu’un goût de craie à la bouche. Cette fois-là, elle parlait des enfants qu’on adopte légalement ou qu’on aime forcément parce qu’ils sont ceux du conjoint, mais qui ne seront jamais pour une mère de vrais enfants parce qu’elle ne les aura pas portés. Elle, elle est une vraie mère. Ses enfants sont sortis d’elle. Une mère adoptive qui n’a pas pris vingt kilos le temps d’une grossesse, qui a eu mal lors d’un accouchement et qui n’a pas serré contre elle son enfant à peine né, ne sera jamais, selon elle, une mère à part entière. Elle ne pourra pas aimer « ses » enfants autant et aussi bien que si elle les avait portés. Son ton avait monté. Et il ne servait à rien de continuer. C’est à moi que je faisais mal en tentant de faire valoir mon point de vue que de toute manière elle allait rejeter. Elle était, elle, une vraie mère, pas une mère adoptive, pas une mère temporaire, une vraie mère, et elle le disait haut et fort en montrant la photo de ses fils.

Je me rappelle être sortie de la pièce. J’étouffais.

Et tandis que me taisais, sous le choc du mot « catastrophe », alors qu’avait été mentionné dans la conversation qu’un de ses fils pourrait un jour vivre avec une femme qui aurait un enfant dont il ne serait pas le père, j’avais mal. Mal à cet enfant dont je ne sais rien, qui n’existe peut-être pas, mais qui pourrait un jour espérer d’une « fausse » grand-mère un regard tendre qu’elle ne serait pas à même de lui donner. Un enfant qui ne serait pas de sa chair, quelle catastrophe!

Les midis qui ont suivi, c’est un livre qui m’a tenu compagnie. Les personnages des livres sont souvent plus humains que les gens avec lesquels nous devons composer. Hélas.

*toile de Mischka Azkenazy

2 février 2011

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 11

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Où que vous soyez, dans l’autobus, au bureau, à l’épicerie, dans une salle d’attente, il y aura toujours des spécialistes en train d’échanger leurs opinions concernant le plus récent match de hockey. Des conversations qui ressemblent à celle-ci :

-Moi si j’étais le coach, ça ne se passerait pas comme ça!
-Moi non plus, ça n’a pas de sens de laisser Machin sur le banc!
-Et de retirer le gardien à trente secondes de la fin, c’est mieux?
-Au prix qu’ils sont payés, ils devraient patiner plus vite que ça…

Les Québécois, même ceux qui n’ont jamais chaussé de patins, pourraient tous diriger une équipe de hockey. Et surtout mieux que ne le fait tout entraîneur en poste. Fascinant, non?

*toile de Giovanni Panza

27 janvier 2011

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 10

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J’ai pris l’habitude de manger dans mon bureau. Ça me donne une heure de tranquillité loin du brouhaha de la cafétéria agrandi qui, avec son haut plafond, est encore plus bruyante que l’ancienne. Ainsi, les journées où ma collègue ne travaille pas (un jour une semaine, deux la suivante), j’en profite pour lire et écouter de la musique tout en mangeant.

Je venais de finir mon muffin anglais à la salade de thon et j’allais engouffrer un biscuit aux pépites de chocolat quand elle est entrée dans mon bureau.

-Tu sais combien il y a de calories dans ce biscuit? a-t-elle demandé en me détaillant comme si mes kilos en trop étaient immondes alors que j’aurais fait le bonheur des peintres d’une autre époque.
-Trop pour que je t’en offre un, ai-je fait en croquant dedans avec enthousiasme et gourmandise.

Je sais, ce n’est pas très sympa. Mais l’échalote au soutien-gorge décoratif l’avait cherché.

Je crois qu’elle ne m’interrompra plus quand je serai en pleine lecture… et en plein délit de gourmandise.

*toile de François Martin-Kavel

26 janvier 2011

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 9

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-Tu ne le connais pas? avait-elle fait, visiblement sidérée.
-Non, jamais entendu parler de lui…
-Mais si, c’est lui qui fait le sketch avec un singe…
-Ah!
-Mais voyons, tu ne peux pas ne pas l’avoir vu, il passe tout le temps à la télé…
-Je n’écoute pas la télé.
-Quoi?…

Silence.

-Tu sais qu’on va ouvrir un musée à la mémoire de José Saramago? ai-je dit pour faire la conversation, alors qu’elle était sous le choc de mon ignorance et du fait que je n’écoute pas la télé.
-C’est qui celui-là?
-Un grand joueur de hockey…
-Tu m’avertiras quand ça va ouvrir, j’adore le hockey.

Je suis peut-être une illettrée en matière d’humoristes, mais à mon avis il y a pire que moi.

*toile d’Orest Adamovich Kiprensky

30 décembre 2010

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 8

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-Ce n’est pas de la musique ordinaire, tu verras…
-…
-Ce sont des improvisations. C’est pour mettre en valeur l’instrument pas la composition.
-…
-Je suis sûre que tu n’as jamais entendu quelque chose comme ça. C’est un peu intellectuel. Il faut se mettre en état avant.
-…
-En état de zénitude et d’ouverture, tu comprends?

J’ai compris. Le CD est toujours dans son emballage. Avec de telles mises en garde, inutile de me mettre en état, le plaisir de la découverte est gâché. Irrémédiablement terni. De toute manière, j’étais déjà dans tous mes états face à de tels avertissements.

Et j’ai pris le premier livre sur la pile. Sans me préparer d’aucune manière.

*toile de Jean Puy

3 décembre 2010

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 7

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Ses talons avaient fait tellement d’écho dans la cage d’escalier que tout l’étage avait dû entendre son pas décidé. J’espérais juste qu’elle ne s’arrêterait pas à mon bureau, mais c’est sans compter qu’il est le plus proche de l’escalier et que ça bouillonnait tellement qu’il lui fallait vider son sac.

J’ai donc mis de côté le texte que j’étais en train de réviser. Quand elle débarque dans mon bureau comme un ouragan, il me suffit juste de la laisser déverser son flot. Et ce matin-là, elle était en furie. Son chum ne comprendrait jamais rien à rien. Le papier hygiénique a un sens, non mais. Et elle en avait marre de le lui répéter depuis deux ans. Et tant qu’à y être, autant faire la liste de toutes les choses qu’il ne fait pas comme il faut. Et de revenir au papier hygiénique, au fait que par sa faute, parce qu’il l’avait mis à l’envers de son endroit à elle, sa journée avait mal commencé et ne pourrait que continuer ainsi.

J’ai eu envie d’éclater de rire, mais ses yeux noirs m’en ont dissuadée. Or mon manque de compassion était évident. Elle est allée s’épancher ailleurs et tout le couloir a pu profiter de son histoire.

J’ai fermé la porte. Chose que j’aurais dû faire plus tôt. Il vaut mieux lire qu’entendre ça.

*toile de Victoria Kharchenko

11 juillet 2009

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 6

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Triste de lire ces commentaires… Voilà le commentaire – qui sous-entendait autre chose – que je n’ai pas validé ces derniers jours. Même si celui qui l’a écrit affirme que pourtant, il aime bien ce blog. Parce que j’y ai vu de la méchanceté pour ceux et celles qui laissent leurs traces en rangeant leur sérieux dans un tiroir.

On ne s’attaquera pas ici à ceux qui laissent des commentaires. Ça ne passe pas. Pas plus que n’a passé un commentaire s’attaquant aux rondeurs d’une lectrice que j’ai photographiée il y a un moment et que j’ai supprimé.

Il en est ainsi. Et ça ne changera pas. Le pays de Lali ne deviendra pas un champ de bataille. Et il ne freinera pas l’humour de ceux et celles qui se reconnaîtront sous prétexte que ça ne plait pas à un individu.

Et je suis retournée à mon livre, le commentaire détruit, parce qu’il vaut mieux lire qu’entendre ça!

*toile d’Anna Ancher

17 avril 2009

Il vaut mieux lire qu’entendre ça 5

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Les femmes qui n’ont pas d’enfants sont des égoïstes et ne pensent qu’à elles-mêmes… J’ai relevé la tête. Allais-je entrer dans le débat, moi la femme sans enfant? J’ai eu envie, je l’avoue. J’aurais parlé de toutes celles qui ont eu des enfants pour retenir des hommes – sûrement qu’elles n’étaient pas égoïstes celles-là -, de celles aussi qui ont fait des enfants pour ne pas s’en occuper, de ces hommes qui en ont fait pour que leur nom soit transmis à une autre génération. Et puis, j’aurais perdu des heures. Il y aurait eu quelqu’un pour me rappeler que – bien entendu – je ne pouvais pas comprendre, puisque je n’avais pas eu d’enfant. Je n’ai rien dit. D’ailleurs, plus ça va, moins j’entre dans des débats stériles qui finissent toujours par pointer du doigt ceux et celles qui ne sont pas comme tout le monde. Et je suis retournée à mon livre.

*toile de Dale Amburn

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