Lali

19 janvier 2018

Épitaphe 3

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GAUZY (Bolas)

Au cœur du vent

Je me lève cœur du vent
Comme une fleur à l’écoute de ton nom
L’amour hante ma maison désolée
Et mes branches quêtent des oiseaux à la brise
Ton rire se constelle en cascades de dentelles
Sous la danse neigeuse de tes dents.
L’amour me torture et m’étire
Me cloue aux quatre pôles de l’infini.
En riant toujours, tu feins l’étoile polaire
Et je vogue vers le froid
Au pays de ta tendresse
Au pays de nulle part et de jamais.
Je cherche des poumons
Je fuis le désert
Qu’est la foule où tu n’es pas
Sous l’insensible marche de ton absence
S’écroulent les cathédrales
Et meurent les enfants.
Je suis la monture égarée
Perchée au bord de l’abîme
De ton visage qui fuit
Et des mirages de ton regard.

Hubert Wallot, Épitaphe

*choix de la lectrice de Bolas Gauzy

18 janvier 2018

Épitaphe 2

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PICASSO

Ma cathédrale intérieure

Ma cathédrale gothique
s’envitraille
d’un vol de tes sourires
d’un bouquet de tes regards
Tes bras sont les piliers
de la carène céleste aux départs inconnus
Tes mains tressent la voûte de tendres arabesques

Ma cathédrale s’ouvre au soleil naissant dans les vitraux
L’écho de la lumière fleurir dans la pénombre,
Et fait surgir dans les fumées de l’encens
La splendeur neigeuse de l’autel
Noir dans la nuit
Et ressuscitant au matin de tes doigts…

Ma cathédrale, ô ma pèlerine des siècles
Où le sanctuaire s’encense
De l’écho de ton nom.

Hubert Wallot, Épitaphe

*choix de la lectrice de Pablo Picasso

17 janvier 2018

Épitaphe 1

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WHITWORTH (Karen) - 2

La main

Ta main, c’est mon humble prophète
Sourire immémorial
L’écho de ta voix secrète
Ton regard auguste et loyal.

Ta main, c’est mon aube de nuit
Le ruisseau qui m’emmène
Mon ombre qui me fuit
Et ma folle carène.

Ta main, c’est la fleur de mes champs
Ma mouette en vol qui se pâme
Mon crépuscule d’antan
Et le berger de mon âme.

Ta main, c’est rythme de respir
Mon unique boussole
Théâtre du désir
Jouisseuse farandole.

Ta main, c’est le vent de ma voile
Mon palmier sous la lune
C’est ma nuit tropicale,
Le frisson de mes dunes.

Ta main, c’est ma chanson de chair
Mon traîneau de sourires
C’est mon puits de désert,
Mon démentiel délire.

Ta main, c’est ma pluie féconde
Mon oasis de repos,
Pèlerine vagabonde,
Mon tendre adagio.

Ta main, c’est ma marée montante
Mon songe oriental
Sirène fascinante
Et mon temple monacal.

Ta main, c’est mon étoile de mer
Constellée de promesses
Mon chaud soleil d’hiver,
Le sein de mon ivresse.

Ta main, c’est mon archet de bonheur
C’est le vent qui me noie
Aux feux follets rieurs
Mon carrousel de joie.

Ta main, c’est le feu qui consume
Le salut de l’adieu
Le sourire de l’écume
Et le regard de tes yeux.

Ta main, c’est mon soleil d’enfance
Le souffle où tout mal d’oublie
Ma foi, mon espérance
Mon amour, ma vie.

Hubert Wallot, Épitaphe

*choix de la lectrice de Karen Whitworth

16 janvier 2018

Souffles et songes 3

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Anna Magruder

L’air m’enveloppe,
me berce
comme l’eau maternelle
douce et sauvage au fond du rêve
Je suis sans nom
Aigle et poisson
dans la tentation du vide et le bouillonnement des choses…

Pierre dissoute
Liquéfiée dans le vent
Le solide n’a plus de base
Plus de mémoire
Éclatement
Pierre torche dans le bouillonnement du monde…

Le poème est un court-circuit
qui porte l’incendie
jusqu’au cœur de nos plus lourds sommeils
Rapt et ravissement
Il fonce, rapace au bec de braise,
sur la vie léthargique…

Colette Gibelin, Souffles et songes

*choix de la lectrice d’Anna Magruder

15 janvier 2018

Souffles et songes 2

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LIU (Fongwei) - 8

Lancinant,
le cri des mouettes
nous traverse comme un reproche
Nous avons vécu des années de poussière
sans retenir la leçon des tempêtes
Le temps s’est évaporé,
la plage est vide
Si peu de mots pour construire la vie

Le cri des mouettes,
lancinant,
dénonce les renoncements,
la passivité des miroirs
Nous avons laissé nos couteaux au vestiaire
Il fallait brasser sans relâche la boue,
extraire l’or,
et scintiller
Il fallait mettre le rêve en mouvement
Il fallait
Mais nous avons si peu rêvé

Déchirant,
Le cri des mouettes
Déchirant

Colette Gibelin, Souffles et songes

*choix de la lectrice de Fongwei Liu

14 janvier 2018

Souffles et songes 1

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JEANNIOT (Pierre Georges) - 3

Il y a bien une raison pour que le vent se lève,
torde les arbres en un geste dément,
arrache les feuilles,
s’apaise et recommence.

Il y a bien une raison pour que la mer avance et recule
inlassablement,
ronge les roches,
convulse les bateaux.

Y a-t-il bien une harmonie de ces forces contraires
à l’œuvre dans nos corps, nos paroles,
nos rêves même, et qui se cherchent, s’affrontent,
s’accouplent,
fécondant l’avenir?
Il y a bien un sens à la souffrance, à l’extase,
au délire?

Il y a bien un début
et une fin
à toute chose
Ou n’est-ce que béance?

Colette Gibelin, Souffles et songes

*choix de la lectrice de Pierre Georges Jeanniot

Un dimanche avec Maurice Carême 10

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MAREC (Victor) - 2

Je ne cesse d’être moi

Les jours ne cessent d’être lourds
Comme ils n’ont jamais été lourds.

Le vent ne cesse d’être chaud
Comme il n’a jamais été chaud.

Le ciel ne cesse d’être bleu
Comme il n’a jamais été bleu.

Moi, je ne cesse d’être moi
Tout en doutant d’être bien moi.

Le cœur est une bête étrange.
Obéit-il au diable, à l’ange?

Pour un rien, il change d’humeur.
Mais voilà! un cœur est un cœur!

On a beau faire ce qu’on peut,
On ne sait jamais ce qu’il veut.

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Victor Marec

Un dimanche avec Maurice Carême 9

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MAKOVSKY (Vladimir Egorovich) - 7

Je laissais le poème

Je laissais le poème
Aller où il voulait.
Je ne savais pas bien
Ce qu’il cherchait sans fin
Tel un chien aux aguets.
Moi, je ne disais rien,
Car c’était son secret.
J’allais où il allait
Et comme il le voulait.
Des hêtres, dans le ciel,
Découpaient de trous bleus
Qui semblaient les fenêtres
D’un château fabuleux.

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Vladimir Egorovich Makovsky

Un dimanche avec Maurice Carême 8

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MADONINI (Giovanni)

Je t’avais dit

Je t’avais dit ceci,
Tu m’avais dit cela.
Il avait dit aussi
Ce qu’il pensait de toi,
Ce qu’il pensait de moi.

Et puis nous avions dit
Avec beaucoup d’esprit
Ce que pensaient de lui
Ses parents, ses amis,
Ses pires ennemis.

Ses parents avaient dit
Ce qu’ils pensaient de nous;
Et nous, après, de lui;
Et lui, après, de vous,
Qui êtes ses amis.

Ayant dit tout ceci,
Ayant dit tout cela.
Nous nous sommes repris
Ce n’était pas ceci
Qu’on avait dit de moi,

Ce n’était pas cela
Qu’on avait dit de lui.
Ce n’était pas de toi,
De moi, qu’on avait dit
Ou ceci ou cela.

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Giovanni Madonini

Un dimanche avec Maurice Carême 7

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MACKENZIE (Marie Henry)

Où t’en vas-tu?

Où t’en vas-tu, toi que l’on dit poète
Avec ton sac plein de soleil couchant?
Oublierais-tu que la joie n’a qu’un temps,
Que les jours fuient ainsi que paille au vent?
Vois, les forains éteignent leurs comètes.
Toi qui ne crois en faire qu’à ta tête,
Où t’en vas-tu portant ton cœur battant
Comme un tambour au milieu de la fête?

Maurice Carême, Être ou ne pas être

*toile de Marie Henry Mackenzie

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