Lali

21 décembre 2012

Marie-Francine Hébert : elle n’a pas dit son dernier mot!

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À l’heure où vient de paraître Minou, Minou, un album qui lui est particulièrement cher, Marie-Francine Hébert ne peut pas nous dire combien de titres elle a fait paraître en plus de trente ans, qu’il s’agisse de théâtre, de romans et d’albums jeunesse, ou de littérature pour les adultes. « Je n’ai jamais fait le compte. Ce n’est pas maintenant que je vais commencer! »

Et pourtant, combien de chemin parcouru depuis Slurch, non paginé, publié en collaboration avec La Barre du jour en 1970 et Cé tellement « cute » des enfants, pièce de théâtre publiée par l’UQAM en 1974, puis par les Quinze l’année suivante. Tant et si bien que certains en ont même oublié qu’elle a écrit pour la télévision et qu’elle a été poète à une époque de sa vie! « Quand on me demande combien de temps j’ai pris à écrire le livre qui vient de paraître, je réponds un mois, deux mois, ou parfois trois mois. Ce qui représente le temps à mettre sur papier ce qui a mûri pendant dix ans et que j’ai écrit plus d’une fois… »

Il est vrai que Marie-Francine Hébert, grand-mère depuis peu, est tellement attitrée à la littérature jeunesse qu’on ignore parfois qu’elle a fait autre chose et encore récemment. En effet, paraissait en 2009 chez Québec Amérique L’âme du fusil, son premier roman destiné aux adultes.

Illustré par sa fille Lou Beauchesne, L’âme du fusil est la première collaboration mère-fille, laquelle se poursuit avec Minou, Minou, paru aux éditions Planète Rebelle il y a quelques mois. « Si ce livre existe, c’est grâce à Lou. C’est elle qui a ressorti un texte que j’avais écrit à son intention quand Minou, qui avait été notre compagnon pendant vingt ans, est mort. Elle trouvait que le texte méritait d’être diffusé et avait envie de l’illustrer. »

Minou, Minou raconte l’histoire d’un chat, du jour de son adoption à ses derniers moments. Écrit pour consoler celle qui venait de perdre celui qui avait son fidèle compagnon, le texte se déploie et prend son envol en devenant l’album qu’il est maintenant. « Le chagrin est quelque chose d’universel, m’a glissé Lou en avril dernier quand elle m’a présenté Minou, Minou. C’est pour ça que je voulais partager cette histoire avec d’autres. »

Le résultat est à l’image de tous les livres de Marie-Francine Hébert. Fort, grave, mais avec une tendresse immense. Minou, grâce à son auteure, est un formidable narrateur. Minou, par l’entremise de son illustratrice, est illustratrice.

Trois fois lauréate du Prix M. Christie et autant de fois du Prix Alvine-Bélisle, Marie-Francine Hébert a reçu en 2004 le Prix Marcel-Couture. Celle dont le Venir au monde a vendu plus de 150 000 exemplaires pourrait s’asseoir sur ses lauriers. Mais non. « Il y a toujours moyen de faire mieux, de dire autrement, de changer l’angle, d’aborder de nouveaux sujets. C’est pour ça que je travaille déjà à autre chose. Je suis loin d’avoir dit mon dernier mot! » On ne s’en plaindra pas…

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16 mars 2012

« Un premier roman, ça change une vie »

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Photo : Julie Désalliers

C’est en 1999 que François Désalliers faisait paraître son premier roman, Amour et pince-monseigneur, chez Québec/Amérique, mais il n’en était pas à ses premières armes en ce qui concerne l’écriture.

« Au Conservatoire d’art dramatique, j’ai reçu une formation de comédien. Mais comme les rôles étaient rares et que je tenais à jouer, j’ai décidé d’écrire mes propres pièces, de les mettre en scène et de les interpréter. C’est donc en écrivant que je suis devenu écrivain. Et en écrivant des romans que je suis devenu romancier. »

Celui qui a été comédien, professeur de théâtre et vendeur pendant une partie de sa vie, vit uniquement de sa plume depuis trois ans. Chichement, oui, mais avec un bonheur incomparable. « Au tournant de la cinquantaine, j’ai enfin pu me consacrer uniquement à ma passion : écrire. Même si je ne vends pas des milliers de livres par an, je continue. Parce que c’est ce que j’aime faire. Parce que j’ai encore des tas d’histoires en tête. Parce qu’un jour je voudrais parler de ma famille, de l’influence qu’ont eue sur moi mon oncle, le comédien Luc Durand, ma tante, l’écrivaine Louky Bersianik, disparue récemment, et bien d’autres. »

J’ai rencontré François Désalliers pour la première fois il y a une une quinzaine d’années. J’ai eu le privilège de lire son premier roman avant qu’il ne soit publié et il m’a accordé au moment de la sortie de celui-ci une entrevue pour Le Messager de Verdun. Malgré le fait que nous nous voyons peu souvent, j’ai suivi sa carrière de romancier de loin, plongeant avec délice dans chacune de ses histoires, l’imagination y occupant une immense place. Du jeune commis-libraire de son premier roman en passant par l’artiste de L’homme café et l’homme prisonnier des pages d’un magazine féminin dans Un monde de papier jusqu’à l’écrivain de son dernier né, Le jour où le mort a disparu, François Désalliers a chaque fois mis en scène des héros qui pourraient être à la limite banals s’ils ne se trouvaient pas aux prises avec une situation hors du commun.

Dans son plus récent roman paru en 2011, le héros est un écrivain et vendeur, trouvé mort dans son sommeil, dont le corps se retrouvera au dépotoir par un concours de circonstances qui donneront bien du mal aux enquêteurs chargés de tirer les choses au clair, ceux-ci croyant davantage à une fugue qu’à un enlèvement. Un héros qui n’est pas sans posséder quelques similitudes avec Désalliers, puisqu’il a lui aussi grandi dans le sud-ouest de Montréal, qu’il a été vendeur et écrivain en même temps, qu’il est père de quatre enfants et qu’il est amoureux de leur mère depuis trente ans.

« Ce n’est pas la première fois que je glisse quelques éléments de ma propre vie dans un roman. Je l’ai fait dans Du steak pour les élèves. Mais ce que je voulais exprimer dans Le jour où le mort a disparu, ce n’est pas tant la mort d’un écrivain, mais la mort de la littérature. Une mort annoncée par toutes sortes d’indices en cours de route. »

Le résultat n’est ni un roman policier, ni un roman d’amour, ni un roman psychologique, mais un amalgame de ces trois genres. Un roman qui constitue un moment de détente des plus agréables en attendant le suivant, à paraître à l’automne 2012.

« Mon roman préféré, c’est toujours celui qui va bientôt paraître ou celui que je suis en train d’écrire. Même si le premier de tous aura toujours une place bien spéciale. Un premier roman, ça change une vie. Mais c’est à partir de trois qu’on peut se dire écrivain. J’ai hâte que les gens lisent La fille du vidéoclub. Je souhaite qu’ils aiment ce livre et que mon éditeur vende beaucoup d’exemplaires », me dit en terminant François Désalliers, tout sourire.

L’écrivain a été homme de scène. C’est à se demander pourquoi nul n’a pensé à utiliser cet aspect de sa personnalité. Souhaitons qu’il défende lui-même les couleurs de son prochain livre. Je pourrais l’écouter pendant des heures. Et, parce que je l’ai lu, j’ai envie de le lire.

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16 janvier 2012

Hélène Rioux, d’abord poète

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(Photo de Kéro)

C’est par la parution de Suite pour un visage, en 1970, que la nouvellière, romancière et traductrice Hélène Rioux entame une carrière d’écrivaine qui ne ressemble en rien à celle qu’elle avait en tête au moment de la publication, presque par hasard, de ses premiers poèmes,.

En effet, les textes réunis dans Suite pour un visage ont avant tout été écrits pour accompagner un spectacle de ballet-jazz monté par un groupe d’étudiants du Cégep du Vieux Montréal, annulé à cause de la fermeture de la salle où devait se tenir l’événement. Robert Leroux, qui allait devenir libraire (et qui l’est toujours), trouvant que ces textes méritaient d’être diffusés et lus puisqu’ils ne pouvaient être entendus, a investi le montant de sa bourse dans la création d’une maison d’édition qui a vécu le temps de ce titre, tiré à 500 exemplaires, tous vendus.

À cette époque, la toute jeune Hélène Rioux est convaincue d’une chose : elle sera poète. « C’est d’ailleurs tout ce que je savais à ce moment-là. Rien d’autre, me dit-elle, alors que nous étions attablées devant une assiette de pâtes. Le reste allait venir plus tard. Graduellement. Les nouvelles. La traduction. Le roman. » Comme on tisse sa toile sans savoir la taille qu’elle aura ni connaître l’angle qu’elle prendra. Et poète, elle l’est toujours, même si elle ne publie plus ses textes poétiques, privilégiant la fiction.

Troisième au Concours de nouvelles de Radio-Canada en 1986, elle n’a pas cessé depuis de recevoir prix littéraires et mentions, tant pour ses romans que ses traductions.

Vient de paraître Nuits blanches et jours de gloire, le troisième tome de cette tétralogie entamée par Hélène Rioux en 2007 qui a pour point de départ le Bout du monde, un restaurant de quartier où se retrouvent habitués et chauffeurs de taxi, à partir duquel gravitent une pléiade de personnages de partout au monde. L’action se déroule lors du solstice d’été, chacun des « Fragments du monde » qui chapeautent cette série se déroulant au changement de saison, choix naturel pour celle qui a d’abord été poète et pour qui solstice et équinoxe créent par leur simple évocation un sentiment de poésie.

La poésie n’est pas qu’un genre littéraire, ni que des poèmes et de la prose poétique. « La poésie est un état, une façon de penser et d’écrire, un regard sur les petites choses du quotidien qu’elle débanalise. La poésie est partout », continue-t-elle. Dans chacun des livres d’Hélène Rioux. Dans cette magnifique série qui est un peu le prolongement de son premier titre paru, puisqu’elle constitue une sorte de « suite pour des visages », et non pas un seul, rappelant en ceci le titre de son premier livre. « Des visages dont je me suis éprise et qu’il m’est difficile de faire disparaître. Des personnages auxquels je me suis attachée, que j’aime, que j’écoute. Ce sont eux qui me dictent la suite. »

Hélène Rioux pensait qu’elle serait toute sa vie poète. Elle n’avait pas tort. La poésie est en elle et porte son écriture.

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26 décembre 2011

Claire Dé : la première fois il y a 30 ans

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(Claire Dé photographiée par Claire Dé)

À l’heure où vient de paraître Hôtel Septième-ciel et autres histoires chez Triptyque, Claire Dé se rappelle avec émotion l’année 1981 alors que paraissait sa première nouvelle dans Moebius, une revue également publiée par les éditions Triptyque.

Trente ans ont passé. C’est donc un retour aux sources pour celle qui avait reçu en 1989 le prix Stendhal de la nouvelle pour Le désir comme catastrophe naturelle et qui, dans son plus récent recueil, nous offre une entrevue imaginaire et imaginative entre une traductrice italienne et elle-même dans quelques années, puisqu’elle a situé l’action en 2018. Une entrevue fictive, mais plausible, qui donne la parole à l’écrivaine, laquelle nous entretient de sa passion pour les mots, de son amour immodéré pour les dictionnaires et de certains écrivains plus marquants que d’autres dans son parcours. Une entrevue ludique et sérieuse à la fois : ludique quand l’auteure se décrit sans ménagement et sérieuse quand il est question d’écriture. Une entrevue qui lui ressemble, qui a des similitudes avec une récente rencontre entre nous où café et caramels étaient aussi importants que ses personnages de fiction, ceux qu’elle fabrique ou ceux qu’elle raconte, ces derniers étant souvent moins fictifs qu’on peut le croire.

Celle qui a publié sa première nouvelle il y a 30 ans en revue, et dont la première publication hors du monde des revues (qu’elle n’a jamais cessé de fréquenter, ayant publié notamment dans Arcade et XYZ. La revue de la nouvelle) date de 1982, se souvient avec émotion de sa première fois. Qu’il s’agisse de sa nouvelle dans Moebius, ou du recueil de nouvelles La louve-garou, écrit en collaboration avec sa jumelle Anne Dandurand, dont la parution constituerait une deuxième « première fois », il s’agit chaque fois d’émotion. « Une première publication, c’est aussi une espèce d’accomplissement qui n’est pas une fin, mais un début; le début d’un échange », me confie-t-elle, en caressant la couverture d’Hôtel Septième-ciel et autres histoires, qui reproduit une carte postale envoyée par son père à sa mère il y a plus d’un demi-siècle.

Un échange. Un partage. Un cri. Un besoin de dire, de se dire. Je le vois bien dans ses yeux, dans ses gestes. Je le sens dans son sens du théâtre. Je le lis dans la beauté du monde qu’elle veut exprimer dans ses nouvelles.

Claire Dé. Trente ans d’écriture. « Et pourtant, c’est chaque fois la première fois. »

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5 mars 2010

Trois nouvelles de Robert Lalonde

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Probablement ne pourrai-je jamais lire un livre de Robert Lalonde de façon détachée, c’est-à-dire en faisant abstraction de ce que je sais de l’auteur. Parce que même si nous ne nous sommes pas assis ensemble depuis plusieurs années, il y aura toujours dans mes souvenirs ces moments où nous avons pu parler d’écriture, de cette passion de dire, de ce besoin viscéral des mots qui le pousse, qui me pousse à aller au delà du déjà dit.

Il y aura toujours, surtout, le souvenir de cet après-midi d’été à une terrasse de la rue Prince-Arthur, où nous avions échoué, l’endroit où nous avions rendez-vous ne pouvant nous accueillir à cause d’une panne d’électricité. Et cette longue promenade dans Montréal pour arriver là, son émerveillement continu, ses gestes pour m’indiquer une fenêtre, un oiseau, que sais-je encore. Et tous ces auteurs qu’il aimait et qu’il me fallait lire. La liste était inépuisable.

Ce jour-là, je me souviens, il avait parlé de Virginia Woolf, le personnage principal de Souvent je prononce un adieu, la nouvelle qui ouvre Un cœur rouge dans la glace, que j’ai étirée le plus longtemps possible, tant je ne voulais pas arriver à cet adieu entre elle et le narrateur. Une nouvelle qui plairait sûrement à Caroline et à tous ceux et celles qui aiment Virginia Woolf et pour qui elle est une source continue d’inspiration.

Dans cette nouvelle, comme dans les deux autres, de longues nouvelles, chacun des narrateurs est aux prises avec ses fantômes, son enfance, les mots qu’il n’a pas su dire, ses fuites et les raisons (fausses ou pas) qui ont motivé celles-ci. Des nouvelles touchantes, fortes, déstabilisantes par moments.

Un recueil important dans la liste des livres qu’a fait paraître Robert Lalonde. Je ne dirai pas « dans l’œuvre », comme l’avait fait un critique alors qu’il n’avait que peu de livres à son actif, car un jour il m’a dit on parle « d’œuvre » quand les écrivains sont morts. Une remarque que j’ai toujours retenue.

Un cœur rouge dans la glace. À lire. Absolument.

18 janvier 2009

Anecdote et recueil pour présenter un poète

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J’ai rencontré Bruno Roy il y a de cela bien longtemps. Mais c’est en 1990, à l’occasion de la remise du prix Jean-Giono à Yves Beauchemin où nous allions tous les deux que nous avons eu l’occasion de lier amitié. À cause d’une de ces bêtises à peine racontables sauf quand on sait rire de soi.

Oui, je sais, l’anecdote peut vous sembler ridicule, mais elle n’est pas moins vraie pour autant. Tellement ridicule qu’on ne peut pas l’inventer. Mon talon (moi qui n’en porte à peu près jamais) est resté coincé entre deux rails de l’escalier roulant et tandis que je me débattais pour bouger, Bruno qui était derrière moi et spectateur de mon désarroi, m’a fait sauter hors de mes souliers et du coup, quelques marches pour tirer de toutes ses forces sur l’escarpin. Drôle de manière d’entamer une conversation avec un poète et preuve que le ridicule ne tue pas!

Nous nous étions croisés à quelques reprises. Celui qui a été président de l’UNEEQ pendant de nombreuses années fait partie de ces gens auxquels on s’attache tout de suite. De ces êtres de cœur qui marquent ceux qui les croisent. Est-il plus tendre que d’autres? Est-il plus combattant que d’autres, lui qui est aussi le président du Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (CCOID)? Probablement.

Je sais juste que de tous les êtres que j’ai rencontrés dans ma vie, peu ont cette voix douce qu’il a autant pour vous parler que pour lire ses poèmes à haute voix comme il l’a fait à maintes et maintes occasions. Je sais juste que de lui se dégage la bonté, dans le vrai sens du mot. Je sais juste que c’est aussi un de ces poètes incontournables de la littérature québécoise. Je sais juste aussi que Peuple d’occasion est un de ses recueils que je préfère. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je l’offrirai dès ce soir aux lectrices du soir. Pour qu’elles goûtent elles aussi aux mots de ce poète qui gagnerait à être davantage connu.

29 juillet 2008

Georges Dor, homme de passion

Filed under: À livres ouverts,Mes rencontres littéraires — Lali @ 22:00

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Il y avait à la maison deux recueils de Georges Dor quand j’étais enfant. J’ai dû plonger dedans à la même époque où j’ai découvert les poèmes de Musset et Les chansons des rues et des bois de Victor Hugo, tous sur la même tablette, côte à côte. Je devais avoir neuf ou dix ans pas plus. Et pourtant, je me rappelle comme si c’était hier les poèmes de Georges Dor, maintenant tous réunis sous le titre Poèmes et chansons d’amour et d’autre chose, que j’ai déposé au salon pour que quelques lectrices puissent en profiter.

Je me souviens aussi de l’époque où Georges Dor tenait une galerie d’art à Longueuil. Nous y allions de temps en temps. J’aimais cet amour et ce respect qu’il avait pour les artistes. Cette passion qu’il avait quand il parlait d’eux. Et sa si grande simplicité. L’homme qui avait chanté La Manic n’avait rien de ces vedettes d’aujourd’hui. Il était juste lui-même. Et ça lui suffisait. Je me souviens aussi d’un artiste qu’il avait pris sous son aile et qu’il nous a présentés : Alexis Arts. Un artiste qui avait la simplicité de son galiériste, un homme tout simple qui nous a invités chez lui parce que mes parents lui avaient commandés une toile. Ce fut ma première incursion dans un atelier d’artiste.

Bien plus tard, alors que j’animais une émission consacrée à la littérature québécoise à la télévision communautaire, j’ai rappelé à Georges Dor ces souvenirs. Je n’étais plus soudain une animatrice anonyme qui allait lui parler de son plus récent roman. Et comme ses yeux se sont allumés d’une couleur lumineuse quand j’ai évoqué ses recueils avec lesquels j’avais grandi. Et comme ils se sont mis à pétiller quand je lui ai parlé de sa galerie. Nous étions dans une si belle conversation et si animée que le réalisateur a dû nous ramener à l’ordre. Nous étions là pour une entrevue. Et probablement que cette dernière ne ressemble à aucune autre qu’il ait faite. Ce n’était pas une rencontre ordinaire entre une animatrice et un écrivain venant de faire paraître un livre. C’était un rendez-vous sous les projecteurs entre deux êtres passionnés par les mots et les couleurs.

C’est donc avec grand bonheur que je vais laisser pour les lectrices du soir son recueil.

14 juillet 2008

Le jour où j’ai rencontré Christopher Frank

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Il tournait alors le téléfilm Adieu Christine à un coin de rue de là, dans le 7e arrondissement. Et il m’avait donné rendez-vous au téléphone la veille pour le petit déjeuner dans ce café fréquenté par son équipe. Allait paraître à l’automne Je ferai comme si je n’étais là et il avait accepté d’en parler avec moi qui faisais mes premières armes en tant que chroniqueuse littéraire pour Elle Québec.

Oui, nous avons parlé du livre. Et puis d’écriture. Et de Paris, sa ville d’adoption. Et le temps a filé. Le temps d’un café, de deux croissants. Le cinéma l’attendait. Et moi, j’ai marché dans Paris. Je venais de rencontrer Christopher Frank, un amoureux de la vie que la mort a fauché trop tôt. Un homme qui écoutait les autres. Vraiment. Pas du bout des yeux. Et qui m’a fait la bise avant de retourner sur le plateau. Et moi, j’ai marché dans Paris.

*toile d’Édouard-Léon Cortès

24 juin 2008

Le bureau du poète

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Je suis entrée dans la pièce sur la pointe des pieds. Avec respect. Avec bonheur. Les écrivains ne laissent pas tout le monde entrer dans leur pièce, dans le lieu d’écriture et de réflexion qui est le leur, dans leur monde. Je suis entrée sur la pointe des pieds. Je ne pouvais faire autrement, de toute manière. Il y avait des livres partout, sur les étagères, sur le bureau, en piles par terre, comme dans la toile d’Ephraim Rubenstein.

Fernand Ouellette et moi allions nous asseoir au salon pour une longue entrevue, nous allions parler de poésie, de la passion d’écrire. Mais il avait tenu à ce que j’entre dans son bureau. Cadeau immense qu’il m’a fait là. Moment dont je me rappellerai toujours. Cet antre, cette caverne aux trésors, ces piles qui n’en finissaient pas, ce n’était pour moi que bonheur. Livres qu’il lisait, recherches en cours, pages d’écriture, ce n’était pour moi que bonheur.

Celui a qui on a décerné hier le Grand Prix international de poésie de langue française Léopold Sédar Senghor fait partie de ces poètes incontournables de la littérature de chez nous. Il fait aussi partie de ces hommes pour qui le mot humanité a un sens et qui laissent à ceux qui le rencontrent un souvenir impérissable.

Et curieusement, quelques années après cette rencontre, il me semble que si nous nous retrouvions à nouveau, il sortirait des biscuits et deux grands verres de lait, pour prolonger la conversation, comme il l’avait fait, alors que le réalisateur et les caméramen étaient partis.

Et peut-être me lirait-il un extrait de Présence du large :

En traçant mon désir
Sur la rivière,
Tout était lisse d’ombreux…
Le souffle conviait
La fraîcheur des reflets.
S’exposait pour le regard
Une grande image
De bonheur, une résistance à la nuit
Lointaine et si proche.

9 mai 2008

Marie

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C’est à Denise D.C. que je dois ces heures passées en compagnie de Marie Uguay. Parce qu’un jour de 1979 alors que je lui avais apporté quelques poèmes publiés quand j’avais quinze ans et d’autres plus récents, elle m’avait parlé de celle qui avait aussi été son élève. De celle dont elle conservait un souvenir d’une telle beauté que ses yeux se mouillaient en parlant d’elle. Avec fierté. Parce que je crois qu’elle l’avait un peu encouragée même si elle n’en a rien dit.

C’était l’automne. L’automne de 1979. Marie était toujours vivante. Elle venait de publier et je marchais dans les corridors où elle avait marché. Quelques feuilles volantes dans mes cahiers de chimie et de physique laissaient prévoir que je préfererais la poésie aux formules et aux équations savantes. J’étais séduite par Marie.

Deux ans plus tard, la mort a fauché celle qui m’inspirait, au même titre qu’Anne Hébert. Et une dizaine d’années plus tard, je la faisais découvrir à mes étudiantes dans un atelier d’orthographe.

Et toujours, elle me suivait. J’avais beau découvrir des poètes, je revenais toujours à elle.

Plus tard, j’ai eu sa mère comme cliente à la libraire. On n’a pas les mots de circonstance quand il le faut. Je crois que j’ai quand même été en mesure de lui dire à quel point sa fille avait été et sera toujours importante pour moi. Je crois. Je ne suis pas certaine. Ma vue était brouillée par l’émotion.

Récemment, par hasard, un ami a découvert Marie. Coup de foudre.

Et je me suis replongée dans ses livres. Des livres qui n’existent plus mais qui ont été rassemblés dans ce livre. Un livre que je lui offrirai.

Et si jamais quelqu’un sur le sol européen le cherchait, je sais qu’on peut le trouver .

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