Lali

24 janvier 2015

Une soirée à se faire conter des peurs

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 19:36

Les laissés pour contes

La peur est peut-être la plus forte de toutes les émotions, car elle peut autant nous pousser de l’avant que nous retenir. C’est ce qui ressort de la troisième édition de Laissés pour contes, mettant en scène six textes ayant pour thème différentes formes de peur.

Dans un décor presque nu composé d’un voile en fond de scène et d’une chaise de plastique attachée à une lourde chaine accrochée au plafond, six personnages viennent à tour de rôle parler de leurs peurs en s’adressant aux spectateurs comme si ceux-ci étaient le miroir auquel on se confie parfois pour se donner du courage, se convaincre ou même, pour ne plus se croire seul.

De la peur de franchir la porte de la cave en passant par celle de sortir de chez soi, chacun y va de son histoire où il est aussi question de la peur de déplaire au père, de la peur de vieillir sans enfant, de celle de la maladie et aussi de celle de dévoiler une partie de soi tenue cachée depuis des années. Prenant le public à témoin, chacun des six personnages nous livre avec l’énergie du désespoir une part de lui qui est si grave, si poignante qu’elle devient parfois le prétexte à rire. Pour que le malaise passe.

Cela nous donne une série de tableaux où nous basculons continuellement entre le rire et les larmes. Pour venir à bout de cette peur qui noue le ventre, notamment cette peur d’être jugé et de rejeté plus forte que tout.

On sort de là secoué. Avec la certitude d’avoir assisté à un véritable tour de force tant chacun des six comédiens a réussi à nous convaincre de sa peur et de l’urgence d’en finir avec elle. Chapeau aux auteurs, aux comédiens et au metteur en scène Patrick Renaud.

8 août 2012

Woody à Rome

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 16:01

Je n’ai pas vu le film Midnight in Paris. Or, si je l’avais vu, me dit-on, j’aurais été en mesure de me préparer au plus récent Woody Allen, To Rome with love. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’histoires qui ne se recoupent pas et qui n’ont pour lien entre elles que le fait de se dérouler pour l’une à Paris, pour l’autre à Rome, et de nous offrir quelques beaux décors.

Nous croiserons donc une jeune États-unienne qui tombera amoureuse d’un bel Italien et les parents des tourtereaux dont un Woody Allen excentrique bien décidé à faire valoir les talents de chanteur d’opéra du futur beau-père de sa fille; un couple parti de sa campagne pour tenter sa chance à Rome à qui il arrivera certaines péripéties de bien peu d’intérêt sauf pour ceux qui ont un faible pour les jambes de Penelope Cruz; un homme qui passe de l’anonymat à la célébrité et qui ne peut plus s’en passer; et un architecte qui retourne sur les lieux de sa jeunesse et fait la rencontre d’un jeune homme qui est une copie de ce qu’il était il y a trente ans.

C’est en fait ce dernier volet et le seul des quatre à avoir capté mon attention. Il aurait même pu être développé au point d’en faire un film, tant il est intéressant de suivre quelqu’un qui retourne sur les lieux de sa jeunesse non pas pour changer le cours de l’histoire, mais pour jeter un œil sur ce qu’il a été et sur les événements importants de cette époque de sa vie qui ont fait en sorte de faire de lui ce qu’il est aujourd’hui.

Mais Woody Allen a préféré nous proposer des comédies plus ou moins drôles. Et pas assez de Rome à mon goût.

Manhattan et Annie Hall sont bien loin. Et je suis nostalgique.

29 mars 2012

Monsieur de Givenchy

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 15:24

Souvent, le sujet fait à lui seul un film. Parce que le sujet ou le personnage est si exceptionnel, si hors de l’ordinaire, si passionnant qu’il ne peut en être autrement. Et parce que le couturier Hubert de Givenchy avait toujours refusé de se plier au jeu de la caméra afin de se livrer, de raconter son parcours, de partager ses souvenirs, de parler de ses créations, de ses amis, notamment Balenciaga et Audrey Hepburn, on pardonne au réalisateur Karlim Zeriahen quelques images moins réussies, comme le défilé des dates marquantes à toute vitesse et de si loin qu’on ne peut les lire.

L’essentiel est ailleurs. Il est dans ce que dégage le créateur, dans ce cadeau qu’il fait à ceux pour qui il est un maître par ce Monsieur Hubert de Givenchy, présenté dans le cadre du Festival international du film sur l’art, que je vous invite à découvrir dans ce court extrait.

Dans quelques semaines, on fêtera les 60 ans de l’ouverture de la maison de couture d’Hubert de Givenchy. Il avait 25 ans.

26 mars 2012

Oscar Niemeyer, né Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 14:46

Je pourrais vous raconter, le temps de quelques paragraphes, à quel point j’ai apprécié le film de Marc-Henri Wajnberg réalisé en 1999 sur le grand architecte brésilien Oscar Niemeyer, que j’ai eu l’occasion de visionner dans le cadre du Festival international du film sur l’art.

Mais parce que j’ai tellement aimé cette réalisation, je ne vous dirai rien. Sinon que dans ce film il se raconte et qu’il dessine, qu’il dessine et qu’il dessine. Et que vous y croiserez Gilberto Gil et Chico Buarque. Et aussi qu’à 90 ans, l’âge qu’il avait au moment du tournage — il en a maintenant plus de 100 —, il avait toujours les idées excessivement claires.

Pour vous en convaincre, installez-vous confortablement. Vous en avez pour une heure.
1re partie
2ème partie
3ème partie

24 mars 2012

Douze maisons pour en faire une

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 14:39

Dès les premières images du film de Richard Copans, La maison Vitra, où douze maisons vont en composer une seule, vous voudrez aller voir les choses de plus près. Et à mesure que dérouleront devant vous de nouvelles images de ce complexe architectural à la fois musée et salle d’exposition des environs de Bâle, vous voudrez encore plus voir celui-ci de près. Et quand l’architecte Jacques Herzog vous expliquera les bases de ce projet, notamment dans cet extrait, vous allez ajouter cette destination à la liste de vos destinations de rêve.

Oui, j’ai eu un coup de foudre pour cette maison inaugurée en 2010 et pour ce film d’une trentaine de minutes, présenté dans le cadre du Festival international du film sur l’art, qui nous dévoile sa conception. Un énorme coup de foudre!

23 mars 2012

Le paysage intérieur

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 15:40

C’est à l’occasion du Festival international du film sur l’art que j’ai vu le plus récent film du Suisse Pierre Maillard, autant documentaliste que réalisateur de films de fiction, Le paysage intérieur.

Ce paysage intérieur, dont vous pouvez voir quelques images ici, c’est celui qu’ont imaginé les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, de l’agence SANAA, c’est-à-dire une vague, pour la nouvelle bibliothèque de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, dont la réalisation a été rendue possible grâce à des bâilleurs de fonds du secteur privé, dont le plus important est Rolex, d’où le nom de l’édifice, le Rolex Learning Centre (RLC).

Lauréats du prix Pritzker en 2010 pour cette réalisation, les architectes de SANAA ont voulu créer un grand espace lumineux, aéré et aérien, qui donne l’impression, selon l’endroit où nous sommes, de chevaucher la vague , d’en faire partie ou d’être dessous. Décor des plus modernes, le RLC s’inscrit à même le paysage urbain dont il fait partie, ce qui ajoute à sa beauté tout en longueur plutôt qu’en hauteur, ce qui aurait défait tout le paysage. C’est cette aventure que raconte le film de Pierre Maillard de façon chronologique, avec à la fin certaines images qui vous feront rêver…

En ce qui me concerne, Pierre Maillard a réussi son pari : il m’a donné envie d’aller voir cette bibliothèque hors du commun.

21 mars 2012

Métamorphose d’une gare

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 14:35

C’est dans le cadre du Festival international du film sur l’art que j’ai assisté à la Métamorphose d’une gare, un film réalisé par Thierry Michel, prétendant raconter les différentes étapes qui ont donné naissance à la nouvelle gare des Guillemins, à Liège, inaugurée en 2009.

Or, le film est un ramassis d’anecdotes glanées au cours de la construction de cet énorme éléphant blanc plutôt que le documentaire auquel on pouvait s’attendre. Qui ne connaît pas Liège aurait peut-être aimé d’entrée de jeu qu’on lui donne quelques données sur cette ville, à savoir sa taille, combien de gens y vivent, combien de personnes y transitent quotidiennement pour le travail ou pour changer de train. Il aurait sûrement aussi apprécié découvrir la gare des Guillemins avant les grands travaux, savoir en quoi elle était désuète et pourquoi il fallait la rajeunir. Mais rien de cela n’est dans le film de Thierry Michel. Pas plus que n’est raconté le processus de sélection qui a fait de l’architecte espagnol Santiago Calatrava, celui à qui on doit la gare Stadelhofen à Zurich, la gare de Lyon-Saint-Exupéry et la gare d’Orient à Lisbonne, le grand gagnant. Nulle image de celles-ci ne nous sera d’ailleurs offerte afin de nous donner une idée de son travail.

On sort de là avec l’impression que le réalisateur est passé à côté de son histoire, qu’il ne l’a jamais racontée, préférant mettre en lumière les commentaires de l’un et de l’autre, les délais, les problèmes de béton, les idées de grandeur de l’architecte prêt à détruire une ville au profit d’un projet démesuré. Comme si ce n’était pas assez d’avoir choisi le blanc dans une ville où tout devient gris très vite ou d’avoir évincé des gens et jeté par terre des logements et l’ancienne gare des Guillemins.

Le film de Thierry Michel n’est rien d’autre qu’un tissu d’anecdotes. Point. Bien loin du film sur l’architecture que je m’attendais de voir.

23 novembre 2011

Monsieur Lazhar, un rendez-vous avec la vie

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 14:38

Bachir Lazhar n’a plus rien à perdre : il a déjà tout perdu. Sauf ses souvenirs. Ceux avec lesquels il lui faudra vivre jour après jour. Ceux qui, parfois, empêchent même de vivre. Sauf si. Sauf si, comme lui, vous décidez de vous accrocher à la vie coûte que coûte, malgré tout, et parce que vous n’avez plus rien à perdre.

Alors qu’élèves, et enseignants, que parents et directrice sont encore sous le choc qui a suivi le suicide d’une jeune enseignante dans sa salle de classe, Bachir Lazhar vient offrir ses services afin de remplacer la disparue, ayant appris la nouvelle dans le journal. Il a, dit-il, enseigné en Algérie. Il lui manque quelques papiers. La directrice hésite. Les jours ont passé. On a changé la couleur des murs. Mais aucun enseignant en disponibilité ne veut prendre le relais et faire face à des élèves traumatisés.

Elle choisit donc de contourner les règlements. Parce qu’elle est fatiguée d’essuyer des refus. Parce qu’elle ne peut pas abandonner des enfants perturbés. Parce que, malgré tout, la vie continue.

Oui, la vie continue. Il le faut. Pour lui, qui attend un verdict qui confirmera ou non son statut. Pour eux, qui devront faire leur deuil, régler leurs comptes entre eux.

Oui, la vie continue. Avec tout ce qu’elle comporte de beauté comme de détresse. Avec les travers des uns et les qualités des autres. Et cela nous donne un très beau film. Humain. Dont on sort pour certains totalement bouleversé. À tout le moins, ému. Plus qu’un peu.

Pas étonnant que Monsieur Lazhar ait gagné le Prix du public et le Prix Variety au Festival du film de Locarno; le Prix du public et le Prix spécial du jury au Festival du film francophone de Namur; le prix du meilleur film au Toronto International Film Festival. Monsieur Lazhar est un beau film, un très beau film. Pas tout à fait réaliste, les classes étant en général beaucoup plus multiethniques que celle présentée, mais cela n’a pas d’importance. La richesse de ce film est ailleurs. Dans les liens qui se tissent entre certains personnages, dans l’image final. Inoubliable.

Le film sera distribué en Allemagne, en Australie, en Autriche, en Belgique, en Brésil, en Espagne, aux États-Unis, en France, en Luxembourg, en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas, au Portugal, en Suisse et au Japon dans les prochains mois. Ne ratez pas ce rendez-vous magnifique avec la vie.

12 juillet 2011

Timidité et chocolat, un mélange savoureux

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 20:36

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Quand vous sortirez de la salle après avoir vu Les émotifs anonymes, un film de Jean-Pierre Améris inspiré de sa propre vie (bande annonce ici), vous n’aurez qu’une idée en tête : vous précipiter dans la chocolaterie la plus proche. Le fait que le film met en scène une chocolatière (Isabelle Carré) et le propriétaire d’une chocolaterie (Benoît Poelvoorde) y est pour quelque chose. Bien entendu. Et particulièrement une scène où tous deux, sortis de leur timidité maladive le temps d’une dégustation, s’extasient avec tant de passion qu’on a les papilles en pleine émoi.

Hormis l’effet chocolat, le film est un savoureux moment de détente. Une délicieuse comédie. Un film auquel il faut attribuer des adjectifs qui ont du goût. Une comédie qui met en scène deux timides à outrance qui tombent amoureux l’un de l’autre et qui devront vaincre leur « malaise » pour déclarer leur flamme et dont la fin vous ravira. Je n’en dis pas plus. Juste un conseil : soyez prévoyants. Ayez du chocolat sur vous. On ne sait jamais. Ça pourrait être utile.

2 juillet 2011

Les femmes du sixième étage

Filed under: Sur grand écran ou sur scène — Lali @ 17:00

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Elles vivent tout là-haut, dans l’immeuble où il vit, mais Jean-Louis Joubert ne les connaît pas encore. Or, dès le jour où sa femme embauchera l’une des Espagnoles du sixième tout juste débarquée de son pays natal et nièce de l’une d’elles, c’est toute sa vie qui se verra transformée.

Lui, un être sans méchanceté mais un peu terne, dont le quotidien tournait autour des chiffres, de la Bourse et des obligations sociales, va soudain s’intéresser à autres que ceux faisant partie de son univers de base. D’abord à Maria, sa bonne, puis à toutes celles qui l’entourent, poussant même sa curiosité pour l’Espagne plus loin en apprenant la langue de Cervantès et en s’intéressant à son histoire, notamment à la dictature franquiste qui a fait fuir celles qui vivent tout là-haut. D’abord un peu sceptiques, les patrons et les employés ne se mélangeant pas, elles finissent par apprécier cet homme bon qui ne les considère pas de sa hauteur et qui semble vraiment apprécier leur compagnie.

En fait, notre homme apprend grâce à ces femmes le bonheur de la simplicité, la fraternité, l’entraide, la chaleur humaine et le rire. De l’homme fade qu’il était, elles en ont fait un homme qui a choisi de vivre, ce qui nous donne un film tout simplement savoureux dont on sort avec envie de danser.

Les femmes du sixième étage. À voir absolument.

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