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Un peu de poésie belge 5

MATISSE (Henri) - 17

L’oiseau tardif

Un jour les hommes ont été de grands oiseaux
Dont l’ombre glisse encore aux mutismes des eaux.
Ils saluaient en l’air de plus légers plumages
Et les becs étonnés leur cousaient un sillage.
Voler est une aisance analogue au sommeil :
Balançant leur magique indolence des plantes
Ils n’étaient point troublés si leurs rémiges lentes
Heurtaient les jambes invisibles du soleil…
Puis la lenteur, de pouvoir sûr, devint paresse
Et, repris par la terre aux plombs du piège ancien,
Dans la facilité d’un prodige qui cesse
Ils ont tout oublié. Pourtant je me souviens
Qu’aux temps du vol je ne pouvais suivre mes frères
Sinon des yeux, et jalousais en solitaire
Par les longueurs d’été le cirque aérien.
Car j’étais un oiseau de l’espèce tardive,
J’avais manqué le train du ciel! Mais à présent
Je ne comprends pas bien quelle fortune arrive
À mes épaules que je vois s’élargissent…
Tout mon poids d’homme en vibre, et peut-être ces ailes,
De pousser hors saison celles-ci, tiendront-elles?

Robert Vivier
(dans La poésie francophone de Belgique de Werner Lambersy)

*choix de la lectrice signée Henri Matisse

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