Alors que je viens à l’instant de valider les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite à lire, il m’amuse de vous proposer aujourd’hui cette illustration signée Aurélie Blanz afin que vous nous racontiez ce qui a bien pu pousser cet enfant à se cacher sous le tapis alors que son père est visiblement absorbé par la lecture de son journal.
C’est avec plaisir que nous vous lirons dimanche prochain puisque tous les commentaires seront commentés en bloc ce jour-là et pas avant, ce qui vous donne amplement le temps d’écrire quelques lignes.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

3 réponses
Jouer sous le tapis
Ou bien sous la table
Est le passe-temps obligatoire
Des enfants d’appartement.
La seule astuce pour partir en voyage.
Le seul moyen autorisé par maman.
Camping sauvage pour enfant sage.
Tapis, symbole de jardin.
Et jardin, symbole du monde.
Au salon je découvre
Sous l’étoffe tapie,
Un univers qui s’ouvre.
Et j’entrevois la vie
Bien plus riche, si claire et si sombre,
Que les faits que mon père dénombre
Sans fantaisie,
Dans son journal.
Elle est ailleurs. Elle se demande encore pourquoi. Seul son fils la retient. La retient de partir. De partir définitivement. Ou ailleurs. Elle aimerait partir en vacances. A Québec? Pourquoi pas? Mais elle ne peut pas. Et lui, lui, il a une maîtresse. Il la trompe. Elle le sait. Qu’importe? C’est ainsi. Du moment qu’il ne la rend pas malade à son tour, cela lui est bien égal.
Alors, il y a Grégoire, leur fils. Son fils. Il n’a qu’elle. Qu’une moitié d’elle. Mais cette moitié-là est totale. D’ailleurs, si elle reste là, ce n’est que pour lui. Elle se le répète encore et encore. Que pour lui.
Et lui? Il joue. Il fait le mort. Sous les replis du tapis – même s’ils sentent un peu la poussière (bien que, il fait propre dans la maison)… cela a une étrange odeur de reps poussiéreux, et la poussière vole en fins éclats de lumière dans tout ce noir. Dans le noir de la vie, il y a l’aventure. L’aventure sous le tapis. Il se fait oublier de son père. Il se fait oublier de sa mère. Il n’a ni frère ni soeur ni animal ni ami, juste lui. Il voudrait aussi partir. Mais comme il est petit, il a confiance. Confiance dans les vacances, confiance dans l’école, et puis, il y a le monde à découvrir.
Mais parfois, quand sa mère a ce visage préoccupé, et que son père est là, avec deux doigts tapotant nerveusement le journal, puis le papier se répandant à ses pieds, il a envie de se faire oublier. Sa nature profonde l’incite à ne jamais rien demander. Non. Il ne le sait pas encore, mais il ne demandera rien. A personne. Parce qu’il ne recevra rien. Il est inutile de demander ce qu’on ne reçoit pas. En espérant qu’on ne vous offre pas quelque chose qu’on vous retirera deux jours après, vous laissant un goût de mort âcre dans le corps.
Avec les réponses qui tomberont forcément à côté, creusant un peu plus la souffrance en lui.
Il ne sait pas pourtant, que sa mère, même si elle a envie de partir, a envie de partir en le prenant par la main sans même regarder en arrière. Lui, il ne le sait pas, alors, pour se faire oublier, il se cache en-dessous du tapis. En compagnie de la poussière.
De la poussière de tous les cimetières de la terre.
Mélissa réprimande Romain
Il faudrait qu’il arrête ses sottises
Avec Max, son meilleur copain
Ils ne font que des bêtises
Ils font semblant de se cacher
Mais ça ne dure jamais beaucoup
Ils ne pensent qu’à bien s’amuser
Il n’y pas de mal a faire les fous
Mélissa s’épuise pour rien
Ils iront faire davantage
Moi je n’ai jamais eu de chien
J’étais comme Romain à son âge
Et dans mon fauteuil bien installé
Je lis mon journal du dimanche
Pas question de m’en mêler
La paresse prend sa revanche