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En vos mots 165

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Qui dit dimanche dit une nouvelle toile au pays de Lali, celle-ci réservée à vos mots. Parce que tel est le défi qui vous est proposé dimanche après dimanche : celui de faire vivre une toile.

Puisse celle de l’artiste Lily Furedi, née à Budapest, qui ne ressemble à aucune de celles qui vous ont été proposées jusqu’ici vous inspire quelques lignes, une histoire inventée de toutes pièces ou une anecdote. Pour le plaisir d’écrire, pour le plaisir de partager.

La suite, nous la connaîtrons dans sept jours, et pas avant, alors que tous les commentaires seront validés d’un seul coup. Rendez-vous donc dans une semaine pour lire vos écrits et pour découvrir un nouveau tableau.

4 réponses

  1. Le rire déployé d’Anna dansait encore dans ma tête quand je suis entré dans l’épaisse froideur du métro bercé par le bruit métallique des rails et par quelques voix chuchotant des mots incompréhensibles.

    Le nez plongé dans les pages et les conversations, personne ne s’est aperçu de mon sourire lorsque mon regard s’est arrêté sur un violoniste, assis à coté d’un drôle de gars qui, sans aucune gêne, dévorait des yeux une revue au contenu douteux. Une de ces revues à bas prix, imprimées sur un papier de piètre qualité et où aux photos sans élégance des filles nues venaient s’ajouter quelques blagues d’un goût aussi raffiné que les photos.

    Le violoniste semblait ne s’intéresser nullement ni à son voisin ni à sa revue idiote. D’ailleurs, il ne semblait s’intéresser à rien du tout. Tout son être semblait si fatigué. Enfui dans le néant de son existence. Comme s’il était vide de toute étincelle de vie.

    Soudain, je me suis mis à penser à cette fin d’après-midi quelque part dans le passé de mon existence.

    Je m’étais levé le matin tôt comme à mon habitude et appareil photo à la main me voilà parti dans les ruelles et recoins de la ville, comme un chasseur du temps qui passe, en étudiant fenêtres, toits et ombres d’un regard qui ne perd jamais la position du soleil de vue. Parfois un vase, un chat, un vélo, une fleur, un je-ne-sais-quoi sans importance pour le commun des passants retenaient mon attention et j’étais là à le dénuder de mon appareil photo, dans une position peu conventionnelle, au milieu de gens pressés d’aller nulle part, où personne sans doute ne les attend et où personne ne les regarde avec des yeux pour voir. D’ailleurs, j’ai souvent imaginé demander aux gens de fermer les yeux et de décrire le visage de la personne qu’ils disent aimer, pour m’assurer s’ils la regardaient pour de vrai.

    Le soleil épuisé attendait impatient l’arrivée de la nuit quand je me suis assis sur les marches en pierre de l’église qui donnait sur la place. De faibles traits roses embellissaient un ciel bleu foncé et on pouvait deviner un lointain rayon de lumière. L’esplanade était embellie par quelques couples d’amoureux, auxquels s’étaient mélangés des lecteurs et des amants de la conversation, pendant qu’un violoniste essayait de se faire entendre au milieu de ce vacarme.

    J’ai fermé les yeux et j’ai entendu cet air doux m’envahir jusqu’à à la mémoire des choses. Le violoniste n’avait pas l’air très photogénique. Il avait les cheveux grisonnants et mal coiffés. Une chemise délavée, à carreaux, qui avait peu à voir avec son malheureux pantalon châtain qui avait depuis longtemps oublié ce qu’était un pli et puis des chaussures usées et fatiguées par de longues heures de marche. La boîte du violon ouverte par terre faisait office de fontaine de Trevi et attendait qu’on lui jette quelques pièces d’argent. Et dans ma mémoire ce tableau trouvait sa flamboyance au fur et à mesure que la musique envahissait mes souvenirs qui se précisaient de plus en plus. Un enfant qui criait derrière son chien, une jeune femme, assise sur les marches de l’esplanade qui rigolait à gorge déployée, un monsieur qui annonçait la vente de l’édition du soir, un vélo qui rasait le bas des marches de l’église, le klaxon d’une voiture, les battements de mon cœur et puis, cette magnifique et entrainante musique du violiste au pantalon sans plis…

    Puis il s’est arrêté. Je l’ai entendu murmurer quelque chose comme « merci madame, monsieur de votre générosité ». Il a rangé ses affaires. Et, tête basse, s’en est allé. Et il ne semblait s’intéresser à rien du tout. Tout son être était si fatigué. Comme enfui dans le néant de son existence. Comme s’il était vide de toute étincelle de vie.

  2. Dans le métro, personne ne remarque Jean, le violoniste. Seul avec ses pensées. Sa solitude l’entoure et est sa compagne, son coeur s’est éteint depuis qu’Armèle a rejoint les étoiles, il y a cinq ans.

    Dans le métro, Jean voit défiler sa vie, heureuse, avec Armèle. Penser à ces belles années le rend triste. C’est comme s’il n’avait plus qu’un bras et pourtant, il doit continuer de travailler, de jouer du violon.

    Ce soir, il se rend comme beaucoup de soirs à l’orchestre philharmonique de Berlin pour jouer « Les nocturnes » de Debussy mais son coeur est vide.

    Ce jour là, Jean a tant besoin d’une parole ou d’un sourire, juste un sourire mais personne ne fait attention à lui et se dit que le poète turc Orhan Veli avait raison en écrivant ce poème,

    Ils ne savent pas

    ceux qui ne vivent pas seuls
    comme le silence fait peur
    comme l’homme solitaire se parle
    comme il court vers les miroirs
    en quête d’un autre vivant

    Ils ne savent pas

  3. Voici une catégorie que je prendrai plus le temps de parcourir…
    Les mots d’Armando, bien sûr, que j’aime toujours autant..
    et Denise, que je découvre ici… avec plaisir! Beaucoup de sensibilité, c’est très touchant de vous lire Denise…
    (juste un sourire… oui… cela suffit parfois…)

    Après (avec un peu d’entraînement!) lire « en aveugle », en essayant de deviner qui en est l’auteur(e)…
    Oh! si si.. je crois déjà que je pourrais reconnaître Armando 😉

  4. Merci Macile pour vos doux mots… j’apprécie beaucoup et tout comme vous, j’aime infiniment les mots d’Armando.

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