Pour ce premier En vos mots de la nouvelle mouture du pays de Lali, en ligne depuis vendredi, j’ai choisi pour vous ce tableau de l’artiste Leslie Dannenberg en espérant qu’il vous inspirera une courte nouvelle ou un poème.
Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc plus que le temps de lire les textes déposés sur la scène livresque de la semaine dernière et de les commenter si vous le souhaitez avant d’écrire quelques lignes. C’est avec plaisir que nous vous lirons dans sept jours.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent!

2 réponses
Il se retire très fréquemment dans sa bibliothèque. Pour y lire ? Non. Il souhaite simplement être seul, afin de pouvoir réfléchir, rêver, structurer ses pensées. Seul Roba, son chien fidèle, est admis à ses côtés. Pour tous les membres de la maisonnée, il est bien clair qu’il est hors de question de le déranger. On sait qu’il prépare un roman. Ou peut-être un essai, cette fois?
Ecrit-il ? Parfois. Souvent même . Mais souvent aussi il cogite, laisse venir les images, les ambiances, les idées. Il savoure à leur juste valeur ces moments de gestation. Il rassemble ses projets, mais aussi ses souvenirs, ses impressions. Parfois surgit une fulgurance. Il prend quelques notes.
C’est vrai qu’il n’y a qu’ici qu’il puisse être totalement tranquille. Et puis, quoi de plus inspirant que d’écrire parmi des livres ?
Il s’est passé tellement de temps depuis que j’ai quitté ce lieu maudit où j’ai grandi que, pour vous dire toute la vérité, je n’y pensais presque plus. Il me venait encore, de temps en temps, quelques pensées tristes, mais avec l’âge, les souvenirs ne suscitent plus la même douleur.
Depuis qu’au hasard d’un regard fortuit sur les pages d’un magazine que quelqu’un lisait devant moi dans le métro, j’ai lu le nom d’Hector de Saint-Denys Garneau, je m’étais promis par curiosité d’acheter son seul recueil Regards et jeux dans l’espace et quelques poèmes épars. Quelqu’un qui, avec un seul livre, laisse une trace dans l’histoire de la poésie de son pays ne pouvait qu’éveiller ma curiosité.
Nous sommes l’après-midi, et une chaleur caniculaire s’abat sans aucune pitié sur Lisbonne. Seuls les fous et quelques touristes s’y promènent par cette chaleur écrasante. Moi, si je fais partie des fous, c’est uniquement par obsession littéraire. La librairie Sortir les Trucs n’ouvre qu’entre 14 et 17 h 30, alors je n’ai pas d’autre choix.
Je monte les 22 marches pour y arriver. Essoufflé, le temps de chercher l’oxygène nécessaire pour pouvoir dire un mot. Je suis accueilli par une voix chaleureuse : Que puis-je pour vous rendre heureux?…
Je cherche « Regards et jeux dans l’espace »…
Presque aussitôt, j’entends une voix familière, venue du temps lointain de ma jeunesse :
Ô mes yeux ce matin grands comme des rivières
Ô l’onde de mes yeux prêts à tout refléter
…
Assis à quelques mètres de moi, je revois, avec une émotion retenue, le seul coupable de mon amour pour les livres. Monsieur Tenreiro. Celui qui, un jour, a offert, à l’enfant solitaire que j’étais, Le petit prince. Alors que je n’avais pas la moindre idée de ce que « lire » voulait dire.