Une bien mignonne illustration qui m’a été envoyée d’Ukraine par Tetiana.
Il y a six ans, lorsqu’on nous a imposé le télétravail en raison de la pandémie, je ne savais pas que j’y prendrais tellement goût que me rendre au bureau deux fois par semaine depuis un an deviendrait un véritable poids. Mais il parait que c’est vital. Qu’il faut socialiser pour notre santé mentale. Que travailler chez soi provoque un déséquilibre.
Et ce matin, pas plus que les autres matins de cette semaine, je ne me suis rendue au bureau. Ce n’est pourtant pas au bout du monde. Une dizaine de kilomètres seulement, Mais avec les rues fermées en raison de travaux qui s’éternisent, les nids de poule (voire d’autruche dans certains cas) à contourner, la glace noire qui demande qu’on ralentisse certains jours, les équipes de déneigement en pleine action à l’heure de pointe sur les axes importants qui créent des embouteillages et occasionnent des retards d’autres jours, il me faut compter une bonne heure pour me rendre au bureau.
Et comme le stationnement de la clinique où je gare ma voiture est très mal entretenu, je dois user de tous mes talents pour ne pas m’étaler de tout mon long et risquer de ne pas être en mesure de me relever sans aide – si jamais une bonne âme venait me secourir. Les pires jours, j’utilise la canne de ma mère, laquelle est munie d’un pic à glace en plus de porter des crampons. Ça a tout un style avec mon bazar : petit sac à dos pour mes effets personnels, deuxième sac à dos pour l’ordi, les écouteurs et la paperasse, et sac pour mon lunch. Je ne transporte plus de chaussures, mes pantoufles se glissent très bien dans l’un des sacs à dos. Et c’est moins lourd.
Évidemment que j’arrive au bureau stressée et avec l’impression d’avoir travaillé des heures tant j’ai dépensé d’énergie depuis que je suis partie de la maison. Ce n’est pas le moment de faire le tour des bureaux pour saluer les collègues. De toute façcon, il est bien trop tôt pour cela. Je suis la première arrivée sur mon étage, il n’y a donc pas âme qui vive dans les parages.
Je peux donc m’installer, brancher les fils, ajuster les écrans, confimer ma présence. Et espérer que personne n’a réservé l’autre espace de travail du bureau. Je n’ai pas le temps de socialiser. Et ça ne m’intéresse pas. Je suis là pour travailler.
Aujourd’hui, je reste chez moi. Je n’ai pas à quitter la maison, chargée comme un mulet, afin d’affronter les conducteurs impatients parce que les rues sont moins praticables en raison de la neige d’hier soir et de cette nuit. Je n’ai qu’à descendre deux escaliers afin de me retrouver dans le bureau de mon père que j’ai presque conservé intact pour le moment. À côté du clavier, une photo de lui prise il y a une dizaine d’années. Un jour heureux. Un jour où nous avons ri, mais ri…
Et je serai beaucoup plus efficace ici. N’en déplaise à l’équipe de la haute direction qui nous impose ce pensum sous prétexte de préserver notre santé mentale alors que nous ne sommes pas dupes. L’équipe des finances n’aime pas les coûts occasionnés par des bureaux inoccupés.
*toile de Jean Metzinger
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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