Ces mots…
Mais qui donc a déposé ces mots? À qui sont-ils destinés? Serait-ce à la toile de la semaine?
*toile de Gürbüz Doğan Ekşioğlu
Mais qui donc a déposé ces mots? À qui sont-ils destinés? Serait-ce à la toile de la semaine?
*toile de Gürbüz Doğan Ekşioğlu
La chanson
(extrait)
Dans un monde étrange voici qu’elle s’éveille
De son tendre rêve d’enfant.
D’une ancienne chanson son cœur chante et s’enchante,
Chanson de son foyer d’antan.
Par la rumeur des rues dans cette métropole,
Gouffre d’inquiétude et d’effroi
Elle s’en va portant son chant, le flux des foules
Souffle sur elle un vent de froid.
Elle porte son chant par les rumeurs d’usine,
Ennui, contrainte, accablement
Qui défont peu à peu toute fête en son âme
Sous un jour trop lourd et trop lent.
Anxieuse elle va portant son chant de fête
Dans la bousculade du train,
Le cœur plein d’un chant pur elle s’accroche aux narres
Salies par tant et tant de mains.
Elle retrouve au soir ses murs vides, sa chambre
Aussi étroite qu’un tombeau,
Pleure en elle son chant des larmes de silence,
Solitaire et secret sanglot.
Étrangers à ses yeux ses pleurs de lassitude,
Ses pleurs en son lit s’épanchant,
Son cœur fond de souffrance et de mélancolie,
Et meurt en son âme le chant.
Avrom Liessin (1872-1938)
(Anthologie de la poésie yiddish)
*choix de la lectrice de Robin d’Arcy Shillcock
Pour une 14e année consécutive, Montréal en lumière vient réchauffer le cœur des Montréalais et de ses visiteurs qui se préparent à la prochaine chute de neige en examinant le programme de ces dix jours de festivités culturelles et gastronomiques.
Mais que choisir? Un repas argentin? Une nuit blanche? Un concert? Un parcours sous terre?
Il m’arrive, et cela de plus en plus souvent, de perdre pied devant la façon de réagir de certaines personnes. De me demander où sont passés le dévouement, l’empathie et la compassion qui n’étaient pas des valeurs rares il y a si peu de temps. De choisir de me taire plutôt que de relever certaines affirmations. Pour éviter le débat. Parce que je n’ai plus la force de me battre comme les inepties, la méchanceté des gens, l’hypocrisie humaine. Elles sont si présentes. Certains jours, envahissantes.
Il m’arrive d’ouvrir un livre pour oublier. Pour trouver dans les personnages des livres un peu de cette humanité qui semble avoir disparu du cœur de tellement de gens. Et de ne pas avoir envie de le fermer. Parce que la réalité des livres est plus douce que ce qui se déroule hors d’eux.
*toile de Nell Blaine
Le parcours de l’existence est un toboggan lancé à toute allure qui parfois ralentit on ignore pourquoi. (Dominique Rolin)
*toile d’Anastassia Elias
Le monde des choses a rétréci
non pas nos sentiments
Au lieu de nos rencontres
une lumière verticale
nous étreint
jusqu’à la transparence
Isabelle Courteau, Mouvances
*choix de la lectrice de Marie Bashkirtseff
Ceux qui lisent avec assiduité XYZ. La revue de la nouvelle et Virages. La nouvelle en revue connaissent déjà le nom de Francisca Gagnon. Elle a en effet publié dans chacune des revues une nouvelle en 2011. Les autres auront le plaisir de la découvrir grâce aux 25 nouvelles de son recueil Les chercheurs d’aube, publié à l’automne 2012 chez Lévesque éditeur.
Avec sobriété et efficacité, tout en ne délaissant pas la poésie, Francisca Gagnon tisse ici de courtes histoires qui sont plus noires que roses malgré cette attente continue du jour, ou plus précisément de l’aube, que celle-ci soit réelle ou fabriquée par des simulateurs d’aube dispersés çà et là au fil des nouvelles. Car il s’agit de lumière. De l’impossibilité de vivre certains sentiments à la lumière du jour. De la noirceur qui étreint ceux qui voudraient sortir de la grisaille. De tout ce qui demeure gris même quand le soleil étale ses rayons. De l’espoir qui éclaire des jours meilleurs dont on ne sait encore rien.
L’aube que tous cherchent est pourtant là à veiller sur cette ville fictive où des personnages viennent faire quelques pas avant d’entrer dans leur nuit pour reprendre leur rôle dans une autre nouvelle et dans une danse qui ne finit jamais. Une danse qui les fait tourner de plus en plus vite. Jusqu’à ce qu’ils tombent, effondrés, nous entraînant dans leur chute.
Dans l’attente de ce qui n’est pas encore venu, mais qui est là, latent, inexplicable et pourtant vraisemblable, dans un geste, un regard et dans ce qui vit et meurt au détour de ces vies, les personnages de Francisca Gagnon vibrent et tanguent. Leur vie tient souvent à un fil : l’aube qui effacera les larmes de la nuit.
Et tandis que tout se joue le temps d’une nouvelle, ou alors que rien n’est encore joué, l’auteure veille, attentive, à créer des atmosphères. Sans en faire trop. Alors qu’il est si facile de tomber dans le magma de détails.
Avec Les chercheurs d’aube, l’auteure native de Trois-Pistoles et installée à Sherbrooke depuis quelques années signe un recueil qui réunit marginaux, mal-aimés, amoureux interdits, rêveurs, usurpateurs qui voudraient tant sortir de l’ombre. Ne serait-ce qu’une seule fois.
Au fond, ne sommes-nous pas tous à divers égards et par moments nous aussi des chercheurs d’aube?
Certains des lecteurs sont extraits de la littérature, vous les reconnaîtrez sûrement. D’autres sont nés de l’imagination de l’artiste polonaise Joanna Pasek. N’hésitez pas à faire le tour de sa galerie.
Finalement, les moments exceptionnels sont rares; ce sont les détails qui font le bonheur au quotidien. (Annabel Buffet)
*illustration de Deirdre Gill
Au juste-été
sentiments trop vifs
aveugles
me font aimer haïr
et Je
est arrachement
puis retournement
Il appelle
le ciel du ciel
le soleil du soleil
l’arbre de l’arbre
au creux de l’écho
telle une blessure qui se mouille
eau de la plus douce eau
Isabelle Courteau, Mouvances
*choix de la lectrice de Carl Theodor Von Blaas