Lali

24 février 2013

Au pays de la poésie yiddish 3

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59



Ton appel

Je ne sais pas si j’ai vécu. Je ne sais pas
Si je vis. Je regarde le ciel
Et ne reconnais pas le monde.

Mon corps s’en va vers la nuit,
L’amour, les fleurs des images
D’un sens à l’autre sens m’appellent.

Ne laisse pas ma main privée de bougie
Quand ma chambre s’obscurcira.
Comment dans la blancheur verrai-je ton éclat?

Ton appel comment l’entendrai-je
Quand je resterai seul sur min lit
Quand mon corps connaîtra le silence et le froid?

Marc Chagall (1887-1985)
(Anthologie de la poésie yiddish)

*choix de la lectrice de Suzanne DeCuir

Le saviez-vous 10

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 20:01

Il n’y a que le premier pas qui coûte.
(Marquise du Deffand, 1750)

Marie de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand, vint de sa Bourgogne natale jusqu’à Paris où, à partir de 1749, son salon brilla d’un éclat particulier : on y côtoyait Marivaux, Helvétius, Fontenelle, d’Alembert, des architectes, des sculpteurs, des peintres. C’était une femme très spirituelle qui participait pleinement à l’esprit des Lumières.
Un jour, on parlait du prodige ayant suivi la décapitation de saint Denis — le martyr avait pris sa tête dans ses mains avant de marcher vers sa sépulture. Certains s’extasiaient; la marquise du Deffand dit doucement : « Il n’y a que le premier pas qui coûte. »
Au-delà du mot d’esprit, elle appliqua à sa manière cette situation pour le moins terrifiante, puisqu’elle s’éprit, à 68 ans et étant aveugle, de Walpole, le meilleur épistolier de la langue anglaise et le créateur du « roman noir ».

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile de Baruch Lopes Leão de Laguna

Le saviez-vous 9

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Pourvu que cela dure!
(Laetitia Ramolino, 1810)

Napoléon Bonaparte était issu d’une famille de petite noblesse corse d’origine toscane : son père, Charles Bonaparte était un notable local (ami de Pascal Poli, le patriote corse), marié à Laetitia Ramolino; ils eurent huit enfants.
Cette mère fut une femme courageuse, sachant économiser, et se signala pendant la guerre d’indépendance corse (1768-1769) par sa farouche volonté.
Lorsque l’irrésistible ascension commença, elle fut la première à en suivre les péripéties, mais ne se laissa jamais éblouir par les têtes couronnées qu’elle voyait éclore dans sa famille; elle continua de vivre simplement (mais l’empereur était pressant sur l’étiquette) même après avoir reçu, sous l’Empire, le titre de Madame Mère. À plusieurs reprises, elle dit avec son accent corse : « Pourvou qué céla doure! » (Pourvu que cela dure!) Elle vécut assez longtemps (jusqu’en 1836) pour voir l’effondrement du grand édifice; mais sut encore accueillir les ex-rois ses enfants, qui n’étaient presque plus rien.

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile de Carl Theodor Von Blaas

Le saviez-vous 8

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Madame, si cela est possible, c’est fait; si cela est impossible, cela se fera.
(Calonne, 1787)

La vie mena Charles Alexandre de Calonne depuis Douai (où il naquit en 1734) jusqu’aux plus hautes responsabilités. D’abord procureur général dans sa ville natale, il fut intendant à Lille en 1768 avant de devenir contrôleur général des Finances en 1783. Il augmenta les pensions et pratiqua la politique de l’emprunt, pour faire croire à la richesse.
Sa tactique échoua et il reprit le programme de Turgot et de Necker, prévoyant un impôt territorial pour tous et l’abolition de la corvée; mais Necker, entre autres, le combattit pour ses dépenses imprévoyantes, qui finirent par le faire disgracier. C’est sans doute de lui que Beaumarchais a dit : « On voulait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint. »
Calonne, en effet, ne lésinait pas sur les promesses; il dit un jour à Marie-Antoinette, en toute simplicité : « Madame, si cela est possible, c’est fait; si cela est impossible, cela se fera. » C’était encore avant la Révolution…

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile d’André Deymonaz

Le saviez-vous 7

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L’exactitude est la politesse des rois.
(Louis XVIII, 1820)

Louis XVIII avait reçu une éducation soignée, lui permettant de montrer une bonne culture générale et approfondie en diverses matières; il avait par ailleurs un esprit acéré et ses formules faisaient souvent mouche.
D’abord comte de Provence, puis comte de Lille, enfin Louis XVIII dès le 8 juin 1795 (date présumé de la mort de Louis XVII), le roi, en raison de ses pérégrinations forcées en Europe, développa un bel esprit de répartie et une bonne appréciation des événements.
Il ne détestait point les maximes et autres pensées, comme certains en écrivaient à l’époque (Chamfort, par exemple) et vers 1820, il donna celle-ci, à méditer encore, car elle est toujours d’actualité : « L’exactitude est la politesse des rois. »

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile de Malie Baehr

Le saviez-vous 6

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Impossible n’est pas français.
(Napoléon, 1813)

Encore une phrase célèbre dans la mémoire collective des Français! Pourtant, elle na, pas été prononcée exactement ainsi; la lettre et l’esprit…
Jean Léonard, comte Le Marois, était un Normand de Bricquebec (où il vit le jour en 1776) dans la Manche; brave devenu général, il prit part aux guerres du Consulat et de l’Empire, mais resta dans l’ombre de plus grands que lui. Un jour, il « buta » sur un problème et cru bon de s’ouvrir à Napoléon de ce qu’il ne croyait pas possible de réaliser.
L’Empereur lui répondit dans une lettre : « Ce n’est pas possible, m’écrivez-vous; cela n’est pas français. »
La postérité retint seulement l’effet positif de la phrase, qui est devenue pour certains une composante du tempérament français.

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile de Maxwell Doig

Le saviez-vous 5

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J’y suis, j’y reste.
(Mac-Mahon, 1855)

322 jours de siège… Sébastopol tenait toujours, malgré les batailles de l’Alma, de Balaklava, d’Inkerman, Le 5 septembre, 814 pièces alliées pilonnèrent pendant 72 heures, anéantissant 7500 Russes. Le 8, les zouaves de la division Mac-Mahon s’emparèrent à midi de la redoute de Malakoff, clé de la défense russe.
Marie Edme Patrice de Mac-Mahon (descendant d’Irlandais émigrés, né à Sully en Saône-et-Loire en 1808, il avait, lui aussi, commencé sa carrière en Algérie) pouvait planter le drapeau tricolore sur une éminence et féliciter ses braves zouaves.
Dans le courant de l’après-midi, un général vint prévenir Mac-Mahon de ce que le fort était sans doute miné et que les Russes allaient sûrement faire sauter l’ouvrage; il insista en demandant l’évacuation. Il ne pouvait en être question pour le général, qui répondit avec hauteur : « J’y suis, j’y reste. »
De fait, peu après, une explosion se produisit, mais sans faire de gros dégâts. Le drapeau français continua de flotter sur les ruines et le siège s’acheva enfin, après 322 jours, les troupes de Gortchakov décidant l’évacuation.

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile de Jeff Rowland

En vos mots 307

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

N’auriez-vous pas envie de prendre la place de la lectrice imaginée par l’illustratrice italienne Paola Pezzotta? C’est possible. Entrez dans l’illustration le temps d’un poème, d’une nouvelle, voire d’une seule phrase, puisque cette image est à vous. Racontez-nous ce que vous ressentez. Inventez.

Tel est le concept d’En vos mots. Une image que je choisis à votre intention dimanche après dimanche depuis bientôt cinq ans. Vos textes pour la faire vivre. Pleins de tendresse, teintés d’humour, saupoudrés d’imagination.

Rendez-vous dans une semaine pour la validation en bloc des textes qui auront été déposés d’ici là.

Le saviez-vous 4

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 6:01

Paris vaut bien une messe.
(Henri IV, 1593)

L’existence d’Henri IV à ses débuts fut pour le moins remuante et les occasions de prononcer un bon mot ne manquèrent pas.
Fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, né en 1553, chef des calvinistes à seize ans, roi de Navarre à dix-neuf, échappé du massacre de la Saint-Barthélémy six jours après son mariage — au prix d’une abjuration forcée puis rétractée —, roi de France en 1589, Henri IV devait encore faire accepter sa légitimité.
La plupart des grandes villes lui échappaient, à commencer par Paris, et il lui fallait surtout pacifier le pays et essayer d’y faire reconnaître partout son autorité. Vainqueur à Arques et Ivry, il assiégea vainement Paris et Rouen. En juillet 1593, répondant au vœu de la majorité de ses sujets catholiques, Henri IV abjura définitivement le protestantisme.
Cette action, plus politique que religieuse, se trouva exprimée dans la phrase — sans doute apocryphe : « Paris vaut mieux une messe »; le comte de Brienne, pour pimenter la circonstance, écrivit l’autre version dans ses Mémoires : « Ventre-saint-gris! La couronne de France vaut bien une messe! » Ce qui a tout de même plus d’accent…

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile de Victor Gabriel Gilbert

Le saviez-vous 3

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Noblesse oblige.
(Duc de Lévis, 1808)

La famille noble de Lévis est présente depuis longtemps dans l’histoire de France; originaire de Lévis-saint-Nom, près de Dampierre-en-Hurepoix, elle descendrait de Lévi, fils de Jacob, et serait ainsi « cousine » de la Sainte Vierge. Elle acquit de nombreux fiefs dont Ventadour, Caylus et Mirepoix.
Après Philippe, croisé avec Philippe-Auguste et Gui, homme de guerre avec Simon de Montfort, François s’illustra en Nouvelle-France et devint maréchal en 1783. Son fils Gaston, duc de Lévis, fut député aux États Généraux, émigra en 1792; il fut blessé à Quiberon et rentra après le coup d’État de Brumaire, s’abstenant de toute activité politique jusqu’à la Restauration, lorsque Louis XVIII l’appela en son Conseil privé.
Gaston de Lévis publia plusieurs ouvrages dont Souvenirs et Portraits et Maximes et Réflexions dans lequel il pouvait écrire : « Lorsqu’on est issu d’une famille illustre, l’on doit apprendre à ses enfants que, si le public est disposer à honorer en eux le mérite de leurs parents, il s’attend à en trouver les traces dans leurs descendants : noblesse oblige. »

Gilles Henry, Le mot qui fait mouche : Dictionnaire amusant et instructif des phrases les plus célèbres de l’histoire

*toile de Vincenzo Irolli

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