
C’est au stand de la délégation Wallonie-Bruxelles du plus récent Salon du livre de Montréal que j’ai trouvé Un premier pour la route, le premier recueil de BM Detiège, une libraire belge installée au Québec ayant choisi de s’éditer elle-même.
Si la jeune femme a beaucoup d’imagination et le prouve par les nouvelles courtes et souvent efficaces qu’elle nous offre en faisant intervenir juste d’assez d’insolite pour suggérer que celui-ci n’est pas impossible, malheureusement, elle nous donne à lire un recueil bâclé.
Les maladresses (« Le recueil d’Eugénie Dufresne avait mis le feu aux poudres d’Alice »; « … la vieille dame garde le lit deux semaines en suivant »), les nombreuses fautes de français (au-delà des habituelles coquilles), des traits d’union où il ne devrait pas y en avoir (faits-divers, quand-même, poivre-et-sel), un éventail de presqu’ (alors que presque ne s’élide que devant île), un personnage qui porte deux prénoms dans la même nouvelle et un visible manque de relecture (« temps des fenêtres » au lieu de « temps des fêtes ») ont eu raison de ma patience.
Et pourtant, je n’ai rien contre l’autoédition. J’ai même été proche il y a un peu plus de vingt ans d’un regroupement d’auteurs qui en avait sa raison d’être, lesquels affirmant haut et fort leur choix de se publier eux-mêmes et d’assurer l’entièreté de la production de leurs livres, ce qui inclut un travail de relecture et de révision, ce qui ici a fait visiblement défaut.
Il n’est pas tout d’avoir de l’imagination. Pour s’éditer soi-même, il faut s’assurer qu’aucune étape ne soit omise au cours du processus. Or, en ce qui concerne Un premier pour la route, il est clair que la publication a été précipitée. L’ISBN est là, mais pas le nom de la maison d’édition ni les coordonnées de celle-ci.
Il n’est pas tout d’écrire. Il faut se relire, reprendre certains passages, les peaufiner. Il faut aussi considérer la possibilité que tout ce qu’on écrit ne soit pas nécessairement publiable.
Le titre était pourtant invitant. La photo sur la couverture aussi. Mais on ne fait pas un bon livre avec si peu et malgré deux très bonnes nouvelles (« Ponctualité on the rocks » et « Sans titre »).
Texte publié dans 
Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».
