Poèmes sur l’eau 3
Dans ce monde
Dans ce monde, disait-il,
on vivait on pouvait mourir à vue d’œil.
Dans ce monde, une galaxie aimait
la tige attendue sur un peu de terre arable
l’espace à son rythme gonflait
les lys de sable les fruits les nuits.
La passion y était une éponge, disait-il,
où la moitié de l’eau de la mer ruisselle
diluée jusqu’au fond du sang.
Dans ce monde l,air bouge, disait-il,
à la vitesse du doigt sur la peau;
le sable avant les sommeils
donnait des vertiges très purs et je voyais
la verticale d’un océan
renversé, entre ses yeux.
Edmond Jabès, Les plus beaux poèmes sur l’eau
*choix de la lectrice de Georges Lemmen