Sur les traces de Pessoa 3
Je ne sais pourquoi. Mais j’ai eu cette impression que la lectrice d’Elvira Bach savait d’avance exactement où était dans le recueil Poèmes païens de Fernando Pessoa celui qu’elle voulait lire. Elle a ouvert, a lu un poème, l’a relu plusieurs fois et m’a tendu le livre. C’était celui-là qu’elle cherchait.
Au souvenir de qui je fus, je vois un autre,
Et le passé n’est le présente qu’en la mémoire.
Qui je fus est un inconnu que j’aime,
Et qui plus est, en rêve seulement.
De nostalgie blessée mon âme se languit
Non pas de moi-même, ou du passé que je vois,
Mais de celui que j’habite
Derrière mes yeux aveugles.
Rien, hormis l’instant, ne sait rien de moi.
Même mon souvenir n’est rien, et je sens bien
Que celui que je suis et ceux-là que je fus
Sont rêves différents.