Les vers de Bernard 2
Villes-îles
Montréal comme Paris commence par une île
avec ses ponts et ses couloirs souterrains
avec ses lettres ses messages et ses voies
bientôt le train franchira la destination de ce texte
dans le vide infini de l’imagination
autopsie d’un port oublié
les vocables poignardent les souvenirs
avec un son mat
tels des paparazzi
à dévorer la star des clichés
nous vivons comme un récit
avec l’art de mettre des règles aux symboles
lire de haut en bas
de gauche à droite
mais aussi en profondeur
les fenêtres les murs les êtres
découvrir partout des poèmes
que le réel laisse paraître
dans la forêt des mots
écrits comme l’on rêve
dans la langue des amants
un hymne aux présences innombrables
s’égare dans la ville
se perd dans ses matières
et s’y grave
on transforme le vécu en pensée
et pour ramener l’abstrait à de simples caractères
on en admet l’existence
comme si écrire était seulement
tenter de s’approcher
de ce que l’on pourrait avoir à dire
soi-même
alors le texte inatteignable s’éteint avec soi
quelque part dans l’eau qui fait que la Terre est une île
comme le font en nous les liquides des corps
Bernard Pozier, Scènes publiques
*choix de la lectrice de Gershon Benjamin