Les vers d’Eugène 2
La nuit est un fauve
Sans corps
Que l’on puisse blesser
Autrement
Que par nos pauvres lumières.
Eugène Guillevic, Présent
*choix de la lectrice d’Anton Vorauer
La nuit est un fauve
Sans corps
Que l’on puisse blesser
Autrement
Que par nos pauvres lumières.
Eugène Guillevic, Présent
*choix de la lectrice d’Anton Vorauer
Un roman inspiré par un tableau, c’est ce que propose Gaëlle Josse avec Les heures silencieuses, dont l’action se situe à Delft en 1667 et met en scène Magdalena qu’Emmanuel De Witte a peinte de dos, alors qu’elle caresse les touches de son épinette. Une toile que je connais, car elle fait partie de la collection permanente du Musée des Beaux-Arts de Montréal.
Pour celle qui, depuis nombre d’années, raconte des histoires imaginées à partir de toiles et qui a même créé un espace pour que d’autres puissent le faire à même ses pages, ce roman était tout désigné. C’est donc avec un immense plaisir que je me suis plongée dans le journal intime de Magdalena, fille et épouse de navigateurs devenus gestionnaires de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales qui possède à cette époque une flotte aussi impressionnante que celles des Portugais, des Espagnols et des Anglais.
Magdalena, qui n’a pas encore quarante ans, dont le corps et le cœur sont toujours bien vivants malgré plusieurs grossesses et une fausse couche récente qui a bien failli lui coûter la vie, en est à l’heure des bilans. Au fil du mois que durera cette enquête sur elle-même, où il sera autant question de sa jeunesse où elle a montré un tel talent pour les affaires que son père en fit quelque sorte son adjointe en regrettant qu’elle ne fut pas un garçon jusqu’à son amour pour ses enfants, elle nous raconte aussi le coup de foudre qu’elle eut pour celui qui devint son mari, sa passion pour la musique et la raison pour laquelle elle a choisi de ne pas montrer son visage à l’artiste qui la peignait.
Autant Emmanuel De Witte a fait preuve de finesse et a soigné les détails, autant Gaëlle Josse a eu elle aussi cette délicatesse, juste ce qu’il faut de pudeur et le bon dosage d’éléments pour nous transporter à l’époque de Vermeer dans ce Delft où celui-ci a vécu toute sa vie, tout comme Emmanuel De Witte brièvement.
J’ai été, il va sans dire, sous le charme de ce tableau auquel Gaëlle Josse a donné vie. Tant et si bien que je ne peux que vous conseiller Les heures silencieuses, un roman qui constitue une belle entrée en la matière pour celle qu’on connaissait comme poète.
Si d’aventure vous décidez de la classer dans le rayon reggae, elle s’échappera sur quelques notes de blues, de rock ou de soul. Car Ayo, née Joy Olasumibo Ogunmakin, n’aime pas les étiquettes. Du sang africain dans les veines (elle est d’origine nigériane) lui a donné le sens du rythme, et de tous les rythmes devrais-je dire, qu’elle explore dans chacune des musiques auxquelles elles prête sa voix pour notre ravissement et celui de nos pieds qui s’empressent de la suivre. Chose qui risque d’arriver aussi aux pieds de ceux qui seront aux Ardentes de Liège le 7 juillet, à Guérande deux jours plus tard et à Sagres (Portugal) le 13 août.
Et pour vous faire bouger un peu, Slow slow (Run run), tiré de son album Gravity at last, datant de 2008 :