Le carnet de Montréal 5
Elle est allée de poème en poème sans presque reprendre son souffle. Puis, la lectrice du peintre William Henry Dunton est retournée en arrière. À ce poème de Carl Norac qui l’a interpellée dès qu’elle a ouvert Le carnet de Montréal.
23 mai
Je suis une partie du temps qui passe. Le poids de mes jours se fond dans la seconde. J’ignore ce qui me sera donné de caresser ou de fuir. Je n’ai pas à attendre un signal, ni à calquer la vie d’un autre sur moi-même.
Je suis une partie du temps qui passe, un mouvement calme, une infinie dilatation de l’iris. Je cherchais une preuve d’existence à l’envers des miroirs, dans les courants du fleuve, dans les bras d’une inconnue.
J’accélérais la solitude en pensant l’étourdir, alors qu’il suffit parfois d’être en marche dans le temps, homme parmi les hommes, partie affleurante du temps qui passe.