Lali

30 octobre 2016

Un dimanche avec Paul Valéry 2

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Un feu distinct

Un feu distinct m’habite, et je vois froidement
La violente vie illuminée entière…
Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant
Ses actes gracieux mélangés de lumière.

Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,
Après le premier temps de sommeil malheureux;
Quand le malheur lui-même est dans le noir épars
Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille
N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,
Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

Comme à la vide conque un murmure de mer,
Le doute -sur le bord d’une extrême merveille,
Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?

Paul Valéry, Poèmes

*toile de Marie Witte

Un dimanche avec Paul Valéry 1

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Quand elle a réalisé que c’est le 28 octobre 1871 que naissait le poète Paul Valéry, la jeune femme peinte par Harry Wilson Watrous s’est empressée de sortir des rayons son anthologie publiée sous le titre de Poésies. Pour ce dernier dimanche d’octobre, elle allait envoyer un poème de Paul Valéry à quelques-unes de ses correspondantes, en commençant par celui-ci :

Au bois dormant

La princesse, dans un palais de rose pure,
Sous les murmures, sous la mobile ombre dort,
Et de corail ébauche une parole obscure
Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d’or.

Elle n’écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,
Tinter d’un siècle vide au lointain le trésor,
Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes
Déchirer la rumeur d’une phrase de cor.

Laisse, longue, l’écho rendormir la diane,
Ô toujours plus égale à la molle liane
Qui se balance et bat tes yeux ensevelis.

Si proche de ta joue et si lente la rose
Ne va pas dissiper ce délice de plis
Secrètement sensible au rayon qui s’y pose.

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