Lali

2 octobre 2016

Quelques haïkus 1

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

reed-tom

Lune solitaire
Abandonnée à la nuit
Qui donc vous regarde

Sôseki, Haïkus

*choix de la lectrice de Tom Reed

Un dimanche avec Heredia 10

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 20:01

van-rees-otto-3

Brise marine

L’hiver a défleuri la lande et le courtil.
Tout est mort. Sur la roche uniformément grise
Où la lame sans fin de l’Atlantique brise,
Le pétale fané pend au dernier pistil.

Et pourtant je ne sais quel arôme subtil
Exhalé de la mer jusqu’à moi par la brise,
D’un effluve si tiède emplit mon cœur qu’il grise;
Ce souffle étrangement parfumé, d’où vient-il?

Ah! Je le reconnais. C’est de trois mille lieues
Qu’il vient, de l’Ouest, là-bas où les Antilles bleues
Se pâment sous l’ardeur de l’astre occidental;

Et j’ai, de ce récif battu du flot kymrique,
Respiré dans le vent qu’embauma l’air natal
La fleur jadis éclose au jardin d’Amérique.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile d’Otto Van Rees

Un dimanche avec Heredia 9

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 18:01

vienna-esther

Le récif de corail

Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
Éclaire la forêt des coraux abyssins
Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
La bête épanouie et la vivante flore.

Et tout ce que le sel ou l’iode colore,
Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,
Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,
Le fond vermiculé du pâle madrépore.

De sa splendide écaille éteignant les émaux,
Un grand poisson navigue à travers les rameaux;
Dans l’ombre transparente indolemment il rôde;

Et, brusquement, d’un coup de sa nageoire en feu
Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,
Courir un frisson d’or, de nacre et d’émeraude.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile d’Esther Vienna

Un dimanche avec Heredia 8

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 16:01

von-defregger-franz-3

Fleur séculaire

Sur le roc calciné de la dernière rampe
Où le flux volcanique autrefois s’est tari,
La graine que le vent au haut Gualatieri
Sema, germe, s’accroche et, frêle plante, rampe.

Elle grandit. En l’ombre où sa racine trempe,
Son tronc, buvant la flamme obscure, s’est nourri;
Et les soleils d’un siècle ont longuement mûri
Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe.

Enfin, dans l’air brillant et qu’il embrase encor,
Sous le pistil géant qui s’érige, il éclate,
Et l’étamine lance au loin le pollen d’or;

Et le grand aloès à la fleur écarlate,
Pour l’hymen ignoré qu’a rêvé son amour,
Ayant vécu cent ans, n’a fleuri qu’un seul jour.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile de Franz von Defregger

Un dimanche avec Heredia 7

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 14:01

carter-holman-linda-1

Bretagne

Pour que le sang joyeux dompte l’esprit morose,
Il faut, tout parfumé du sel des goëmons,
Que le souffle atlantique emplisse tes poumons;
Arvor t’offre ses caps que la mer blanche arrose.

L’ajonc fleurit et la bruyère est déjà rose.
La terre des vieux clans, des nains et des démons,
Ami, te garde encor, sur le granit des monts,
L’homme immobile auprès de l’immuable chose.

Viens. Partout tu verras, par les landes d’Arèz,
Monter vers le ciel morne, infrangible cyprès,
Le menhir sous lequel gît la cendre du Brave;

Et l’Océan, qui roule en un lit d’algues d’or
Is la voluptueuse et la grande Occismor,
Bercera ton cour triste à son murmure grave.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile de Linda Carter Holman

Un dimanche avec Heredia 6

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 12:01

belyaev-nikolai-yakovlevich

Un peintre

Il a compris la race antique aux yeux pensifs
Qui foule le sol dur de la terre bretonne,
La lande rase, rose et grise et monotone
Où croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.

Des hauts talus plantés de hêtres convulsifs,
Il a vu, par les soirs tempétueux d’automne,
Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne;
Sa lèvre s’est salée à l’embrun des récifs.

Il a peint l’Océan splendide, immense et triste,
Où le nuage laisse un reflet d’améthyste,
L’émeraude écumante et le calme saphir;

Et fixant l’eau, l’air, l’ombre et l’heure insaisissables,
Sur une toile étroite il a fait réfléchir
Le ciel occidental dans le miroir des sables.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile de Nikolai Yakolevich Belyaev

Un dimanche avec Heredia 5

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 10:01

arian-mark-3

La sieste

Pas un seul bruit d’insecte ou d’abeille en maraude,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d’émeraude.

Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
Qui s’allonge et se croise à travers l’ombre chaude.

Vers la gaze de feu que trament les rayons,
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu’enivrent la lumière et le parfum des sèves;

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d’or de ce filet subtil,
Chasseur harmonieux, j’emprisonne mes rêves.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile de Marc Aryan

En vos mots 495

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

oga-kazuo

Mais à qui donc est cette bibliothèque dont les rayons débordent? À vous? À quelqu’un que vous connaissez? À une personne que vous aimeriez rencontrer? À vous de nous raconter en vos mots les secrets de cette bibliothèque peinte par Kazuo Oga.

Aucun texte ne sera validé avant dimanche prochain, ce qui vous laisse amplement le temps d’écrire quelques lignes, car tel est le défi proposé par EN vos mots, dimanche après dimanche.

D’ici là, bonne semaine et bon dimanche à tous!

Un dimanche avec Heredia 4

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 6:01

anderson-j-gordon

La centauresse

Jadis, à travers bois, rocs, torrents et vallons,
Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre;
Sur leurs flancs le soleil se jouait avec l’ombre;
Ils mêlaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds.

L’été fleurit en vain l’herbe. Nous la foulons
Seules. L’antre est désert que la broussaille encombre;
Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre,
À frémir à l’appel lointain des étalons.

Car la race de jour en jour diminuée
Des fils prodigieux qu’engendra la Nuée,
Nous délaisse et poursuit la Femme éperdument.

C’est que leur amour même aux brutes nous ravale;
Le cri qu’il nous arrache est un hennissement,
Et leur désir en nous n’étreint que la cavale.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile de J. Gordon Anderson

Un dimanche avec Heredia 3

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 4:01

di-cosimo-piero

Soleil couchant

Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
À la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.

José-Maria de Heredia, Les trophées

*toile de Piero di Cosimo

Page suivante »