Les vers d’Anna 7
Tu m’as inventée. Une pareille femme
N’existe pas. N’existe que dans sa tête.
Aucun poète ne guérit, aucun baume ne calme —
L’ombre fantôme nuit et jour t’inquiète.
Nous nous sommes connus l’incroyable année
Quand s’étaient épuisées toutes les forces du monde;
Tous étaient dans le deuil, tout s’était étiolé,
Seules étaient fraîches alors les tombes.
Dans le noir coulait l’asphalte de la Néva,
La sourde nuit d’un mur nous enserrait,
Et ma voix t’a hélé juste à ce moment-là,
Pourquoi le faisais-je, moi-même je l’ignorais.
Et, guidé par l’étoile, vers moi tu es venu,
Par l’automne tragique, à grandes foulées,
Jusque dans ma maison, dévastée et nue,
D’où s’étaient envolés mes poèmes brûlés.
Anna Akhmatova, Anthologie
*choix de la lectrice d’Aurora Ave