
Benoît Cazabon avait visiblement de bonnes intentions quand il a entrepris la rédaction de son premier roman, Mattawa. À contre-courant, dont l’action se situe en majeure partie en Ontario francophone à la fin du XIXe siècle.
C’est à Mattawa, qui ne conserve pratiquement pas de traces de sa colonisation par des Québécois francophones – le site de la ville est unilingue anglais – que débarque en 1889 Sylvain Cazeneuve, un jeune médecin, dont l’histoire nous est relatée ici. En 1918, celui-ci décide d’ouvrir les cahiers qu’il a écrits entre 1892 et 1912 afin d’éclairer certains passages. Car il a l’intention de le remettre à celle à qui autant le journal que les ajouts sont dédiés.
Le Dr Cazeneuve n’a rien oublié. Ni son histoire d’amour avec la femme de l’aubergiste, qu’il a fini par épouser, ni les blessures et maladies de toutes sortes qu’il a soignées à l’heure où l’hygiène ne faisait pas partie des règles de vie et on ne faisait pas cas des accidents de travail, ni son combat pour une école en français dans un Nouvel-Ontario qui n’a que faire d’une langue autre que l’anglais.
Or, si le recul des années ne semble pas avoir altéré sa mémoire ni même modifié l’écriture du médecin, le ton étant toujours le même, l’auteur a quant à lui commis quelques fautes impardonnables pour qui veut rester fidèle à l’Histoire. Ainsi, Sylvain Cazeneuve mentionne dans son journal daté de 1892 qu’il peut enfin lire ce qu’il n’a pas eu le temps de lire pendant ses études, à savoir Péguy, Claudel, Carrel, Hugo, Jaurès, Gide, Pasteur. Pas besoin d’être fort en mathématiques pour se rendre compte que cette affirmation ne tient pas la route. Soustrayons à 1892 quelques années. Moins de dix. Ni Claudel ni Péguy n’avaient encore publié. Pas plus que Carrel, Jaurès et Gide. Quant à Zola et Hugo, leurs titres faisaient partie de l’index des livres interdits. Il reste Pasteur.
Ceci dit, en dehors de cet important détail, Mattawa. À contre-courant est fidèle à l’histoire de la colonisation, des bâtisseurs du chemin de fer, de ces pionniers partis vers l’Ouest, le cœur vaillant. Mais tout cela reste bien factuel. Loin des émotions autres que celles qui font vibrer le patriotisme et la langue française dans le cœur du narrateur, qui en viendra à oublier sa propre vie au nom de ce qu’il croit être le dû de tous ces Québécois qui se sont implantés ailleurs. Jusqu’à ce qu’il en vienne à constater le double échec de sa vie par la fin de son propre mariage et la mise en œuvre du règlement XVII venu mettre un terme à son idéal en interdisant l’enseignement en français dans les écoles de l’Ontario, en 1912.
Oui, Benoît Cazabon avait de bonnes intentions, j’en suis certaine. Mais il n’a pas réussi à me captiver avec les doléances, les plaidoyers et les arguments de son narrateur, malgré leur rigueur. En effet, et cela m’a profondément agacée : j’ai eu l’impression de lire bien davantage un essai qu’un roman.
Texte publié dans 
Titre pour le Défi Premier Roman 