Lali

29 octobre 2006

S comme Shakespeare et Stratford-upon-Avon

Filed under: Ailleurs — Lali @ 23:17

shakespeare

Faut-il aller sur les traces des écrivains, des artistes ou des musiciens pour saisir tout de leur œuvre? Faut-il aller dans la maison où ils ont grandi pour savoir ce qui les a portés?

Cette question, je l’ai souvent posée. Sans jamais circonscrire une réponse définie à partir de balbutiements des uns, d’affirmations des autres. Et j’ai ainsi décrété que je ne me priverais pas d’aller sur les pas des uns et des autres. Même si les traces laissées ne m’éclairent pas sur l’œuvre.

C’est le cas de la maison natale de William Shakespeare, à Stratford-upon-Avon. Une de celles qui ressemblent à ses voisines, restées intactes ou presque. La sienne peut-être un peu plus entretenue parce qu’elle accueille des visiteurs. Mais pas de trace de Macbeth dans les placards. Nul signe de Hamlet non plus. Que le calme d’une maisonnette dans un village pittoresque. Et pourtant, j’étais émue de me savoir dans ce lieu où le grand Will avait peut-être signé un de ses magnifiques sonnets, une tragédie comme lui seul savait en écrire ou une comédie comme j’allais ce soir-là en voir une.

Et si de la maison où il a vécu, je ne conserve que des images sans grande importance, mon cœur s’emballe quand je revois les scènes de Much ado about nothing, transposées par le metteur en scène à l’époque de la Première Guerre mondiale. Non pas parce que j’assistais à la plus remarquable des pièces de Shakespeare, ni parce que la mise en scène même si originale n’allait pas changer le cours de l’histoire théâtrale, mais pour la seule raison que la représentation était donnée par la Royal Shakespeare Company, l’une des compagnies de théâtre les plus prestigieuses du monde. Sur une scène où Ben Kingsley a tenu le rôle de Hamlet, s’il ne faut nommer qu’un des grands à avoir foulé le sol de cette scène chargée de souvenirs.

J’ai eu cette chance, me dis-je encore aujourd’hui, alors que près de vingt ans ont passé. Ces chances, plutôt. Celle de voir la maison natale du plus grand homme de théâtre de tous les temps. Celle d’avoir pu assister à un spectacle donné par la compagnie qui porte son nom et qui a pour mission de promouvoir l’œuvre du grand maître. Et d’avoir pu dormir au Shakespeare Hotel, avec vue sur l’Avon, théière et table d’écriture dans ma chambre.

Faut-il aller sur les traces des écrivains, des musiciens et des artistes pour comprendre leur œuvre? Peut-être. Peut-être pas non plus. Mais pour des moments de bonheur incomparables, oui. Puisque

Those parts of thee that the world’s eye doth view
Want nothing that the thought of hearts can mend

(extrait du sonnet LXIX)

Enterrer les feuilles comme on enterre la tristesse

Filed under: États d'âme — Lali @ 8:55

autumnleaves

Il vente tant que les dernières feuilles qui ont tenu le coup jusqu’ici vont peut-être tomber. Et novembre arrivera avec sa grisaille tristounette. Raison de plus pour chanter et danser. Raison de plus pour éclairer de mon soleil intérieur le salon et toutes les pièces où je passe en me déhanchant, heureuse d’être en vie, de cette liberté qui est mienne de choisir mes musiques et mes menus, sans les reproches ou les regards de biais que j’ai connus dans une autre époque. Fallait-il tant de détresse, tant de tristesse pour apprécier tout cela ? Fallait-il que je sois brisée pour réaliser que je ne pouvais sauver celui qui coulait ?

Je n’aime pas penser à cette période de ma vie, sombre, tellement à l’opposé de ce que je suis. Mais quand arrive novembre, il y a toujours cette partie de moi qui pointe du nez et qui me rappelle que les jours tristes existent. Qui me disent l’impuissance d’il y a cinq ans, qui me signalent des doutes et combien je puis être fragile et démunie à certains égards. Et tellement forte aussi.

Et quand j’aurai fini de contempler toutes ces feuilles au sol, ces feuilles qui sont pour moi les cauchemars, les morts, la culpabilité, les ruptures, les mensonges, je me dirai qu’il est temps que je les enterre une fois pour toutes. Car la vie a pris le dessus. Car la vie, celle qui me fait danser, chanter, écrire et partager, a été plus forte que tous les tourments. Car la vie m’a gâtée en me donnant les mots. Car la vie est si douce désormais. Plus de cris, plus de reproches. Le bonheur du silence que je goûte. Le bonheur des chansons, tout simplement.

Et le vent arrache aux arbres les dernières feuilles restées en place. Et le sol en est couvert. Et je danserai sur elles comme on danse sur les tombes. Pour bien m’assurer – si c’est possible – qu’elles ne viennent plus troubler ma paix. Car chaque jour est désormais un jour de fête et de partage. Car le temps a su me redonner celle de mes 17 ans, une « délicieuse folle », comme m’a écrit l’ami au loin qui sait me lire mieux que quiconque.

Mais les rêves, tous ces rêves que l’on ne faisait plus
Mais les rêves, tous ces rêves que l’on croyait perdus
Il suffit d’une étincelle pour que tout à coup
Ils reviennent de plus belle, les rêves sont en nous.

Les rêves sont en nous…

(Pierre Rapsat)

Je ne pourrai jamais dire mieux.

Une heure d’hésitation

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 4:04

locke

Quand il est l’heure et qu’il n’est plus l’heure parce qu’on a joué avec les aiguilles de l’horloge et qu’on vit deux fois la même heure et que cette idée trouble le sommeil, que reste-t-il sinon écrire ou, comme le fait, la lectrice d’Elizabeth Locke, tourner les pages d’un livre ?

Entre les deux, j’ai longuement hésité. Ne sachant quelle option choisir. Commencer le livre reçu en cadeau ou alors terminer une nouvelle depuis trop longtemps commencée ? A-t-elle, elle aussi, tergiversé avant de s’allonger à plat ventre avant de tirer de la pile le livre d’images, peut-être un essai sur un peintre ? A-t-elle tenté autre chose celle qui était peut-être perturbée par le changement d’heure en se disant qu’une heure de plus, c’était une heure pour lire ou écrire ?

A-t-elle eu tous ces doutes ou ne sont-ils que miens en cette heure où je ne sais plus l’heure, où je ne veux pas la savoir, car de toute manière elle saura bien me rappeler à l’ordre à son heure ?