S comme Shakespeare et Stratford-upon-Avon
Faut-il aller sur les traces des écrivains, des artistes ou des musiciens pour saisir tout de leur œuvre? Faut-il aller dans la maison où ils ont grandi pour savoir ce qui les a portés?
Cette question, je l’ai souvent posée. Sans jamais circonscrire une réponse définie à partir de balbutiements des uns, d’affirmations des autres. Et j’ai ainsi décrété que je ne me priverais pas d’aller sur les pas des uns et des autres. Même si les traces laissées ne m’éclairent pas sur l’œuvre.
C’est le cas de la maison natale de William Shakespeare, à Stratford-upon-Avon. Une de celles qui ressemblent à ses voisines, restées intactes ou presque. La sienne peut-être un peu plus entretenue parce qu’elle accueille des visiteurs. Mais pas de trace de Macbeth dans les placards. Nul signe de Hamlet non plus. Que le calme d’une maisonnette dans un village pittoresque. Et pourtant, j’étais émue de me savoir dans ce lieu où le grand Will avait peut-être signé un de ses magnifiques sonnets, une tragédie comme lui seul savait en écrire ou une comédie comme j’allais ce soir-là en voir une.
Et si de la maison où il a vécu, je ne conserve que des images sans grande importance, mon cœur s’emballe quand je revois les scènes de Much ado about nothing, transposées par le metteur en scène à l’époque de la Première Guerre mondiale. Non pas parce que j’assistais à la plus remarquable des pièces de Shakespeare, ni parce que la mise en scène même si originale n’allait pas changer le cours de l’histoire théâtrale, mais pour la seule raison que la représentation était donnée par la Royal Shakespeare Company, l’une des compagnies de théâtre les plus prestigieuses du monde. Sur une scène où Ben Kingsley a tenu le rôle de Hamlet, s’il ne faut nommer qu’un des grands à avoir foulé le sol de cette scène chargée de souvenirs.
J’ai eu cette chance, me dis-je encore aujourd’hui, alors que près de vingt ans ont passé. Ces chances, plutôt. Celle de voir la maison natale du plus grand homme de théâtre de tous les temps. Celle d’avoir pu assister à un spectacle donné par la compagnie qui porte son nom et qui a pour mission de promouvoir l’œuvre du grand maître. Et d’avoir pu dormir au Shakespeare Hotel, avec vue sur l’Avon, théière et table d’écriture dans ma chambre.
Faut-il aller sur les traces des écrivains, des musiciens et des artistes pour comprendre leur œuvre? Peut-être. Peut-être pas non plus. Mais pour des moments de bonheur incomparables, oui. Puisque
Those parts of thee that the world’s eye doth view
Want nothing that the thought of hearts can mend
(extrait du sonnet LXIX)