Tremblements intérieurs
Le Queen Mary est un hôtel
Au large de Beverly Hell
chantait Peyrac, dans So far away from L.A.
Personne ne m’aura donné davantage le goût de la Californie que lui. Lui qui l’a aimée, lui qui y a vécu, lui qui a été déçu par elle. Lui qui l’a tant chantée. Lui qui m’a attirée là-bas en 1979.
Voir la Californie à 17 ans, c’est entrer dans un monde, car rien ne ressemble à la Californie. Un microcosme à elle toute seule. Où le non conformisme de San Francisco côtoie le tape à l’œil de L.A. Où les plages des beach boys défilent, alors que dans les banlieues avoisinantes, on parque les pauvres. Où la gastronomie existe même si elle côtoie le fast food à tous les coins de rues. Où on vit avec la crainte perpétuelle des tremblements de terre.
C’est d’ailleurs sur le Queen Mary que j’ai vécu mon premier tremblement de terre. Pas un gros, bien entendu. Mais un qui donnait l’impression que le bateau-hôtel pourtant bien amarré allait prendre le large dans la minute. Curieuse impression que ce roulis. Surtout quand on n’a pas pied à terre.
Pourquoi ce souvenir plutôt qu’un autre ce matin, à l’heure du café ? Est-ce l’arrivée prochaine de la nouvelle année qui me fait constater tous ces tremblements intérieurs de celle qui se termine ? Comment savoir ? Et pourtant, quelque chose se dérobe sous mes pas, comme chaque fois que je tourne les pages d’une année. Depuis toujours.
Les dernières heures d’une année font ressurgir des pans entiers de celle qui s’éteint, ouvrent les portes de celle à venir en se demandant ce qu’elle sera.
Je suis un peu à l’image de ce Queen Mary un après-midi de juin 1979. Amarrée solidement, mais prête à prendre la route au moindre tremblement.
Que sera 2006? J’ai encore quelques heures pour faire le tour de 2005, rêver l’année à venir et envoyer mes vœux. Je sais déjà une chose. 2006 me fera à nouveau traverser l’océan. C’est peut-être la seule chose que je sache, d’ailleurs.