La passion des dictionnaires
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les dictionnaires . Au point que sur une île déserte, je crois bien que je choisirais l’un d’entre eux pour me tenir compagnie. Plus qu’un recueil de poèmes que je finirais par réciter par cœur. Plus qu’un roman dont les lectures successives finiraient par me lasser ou ne plus me faire assez d’effet pour que je puisse continuer d’être aussi réceptive.
Oui, loin du monde, isolée, je me verrais bien avec un dictionnaire comme compagnon, si on m’offre le choix d’un livre et non d’un individu. Il me semble que je n’arriverais pas à en faire le tour de sitôt. Qu’il me faudrait des années avant de maîtriser l’orthographe et le sens de tous les mots, l’étymologie de chacun de ceux-ci, et apprendre les proverbes, les dictons, l’Histoire.
Je me souviens en cette minute que pour mes 13 ans j’avais demandé comme cadeau de Noël le Robert 2 alors que mes amies préféraient de loin les disques des chanteurs à la mode ou des vêtements. Et combien d’heures ai-je passé à vouloir tout apprendre, de chaque département français en passant par l’histoire de la littérature. J’avais enfin trouvé une mine de savoir qui n’allait jamais me décevoir. Et encore aujourd’hui, je le consulte toujours toujours, m’y abreuve avec le même plaisir.
Pas étonnant, au fond, que j’aie fini par travailler dans un domaine où je passe mes journées à fouiner dans les dictionnaires et les grammaires. Je me sens si bien auprès d’eux. Je ne leur ai pas encore donné de noms comme l’écrivaine Anne Dandurand le faisait, elle pour qui l’un était un mari, l’autre un amant, un meilleur ami, un amant occasionnel… Mais il est pas interdit qu’un de ces jours je me plie à ce jeu.