Je ne fais pas exprès
Je ne fais pas exprès d’écouter, mais je ne peux m’empêcher de les entendre, d’entendre des bouts de leurs histoires, des conversations en entier ou une seule phrase. Ni, surtout, m’empêcher de broder et de raconter ce qui n’est pas dit, de dévoiler à ma manière, sans savoir si ce que je raconte possède une once de vérité ou de vraisemblance. Non, je ne peux m’empêcher ni de les regarder, ni de les entendre. Dans la rue, dans le bus, à l’épicerie, dans les salles d’attente, partout où ils ne chuchotent pas quand ils ne sont pas en train d’entretenir la galerie en hurlant dans leurs téléphones cellulaires.
Je ne fais pas exprès, pas plus que la lectrice de Karen Cooper, mais je les entends. Et je leur invente des vies. Et pire, je ne me lasse pas de le faire.