Il est des mots
Le marque-pages était là. Exactement là. Presque au milieu de l’anthologie. Il ne pouvait pas savoir.
Et la lectrice d’Eric Armusik va du recueil au poème qu’il a transcrit pour elle. Le même, exactement le même. Comme s’il savait déjà tout d’elle. Comme s’il la savait. Comme s’il savait qu’elle serait elle aussi touchée – comme lui l’avait été – par les vers d’Alexandre O’Neill :
Il est des mots…
Il est des mots dont les baisers
Nous font penser qu’ils ont des lèvres,
Ces mots sont d’amour, ou d’espoir,
D’immense amour, d’espoir sans trêve.
Ces mots sont nus et ils embrassent
Lorsque la nuit perd son visage,
Ces mots sont nus et se refusent
Aux murs de ta déconvenue.
Des mots soudain hauts en couleur
Au milieu d’autres sans saveur,
Des mots épées, inespérés
Tels la poésie ou l’amour.
(Voilà le nom de qui l’on aime
lettre à lettre tout dévoilé
sur un bout de marbre distrait,
ou de papier abandonné.)
ce sont des mots qui nous transportent
là où la nuit est la plus forte,
jusqu’au silence des amants
qui s’étreignent contre la mort.
(poème tiré de l’Anthologie de la poésie portugaise)