Lali

4 août 2024

En vos mots 902

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

Déjà août… Décidément, l’été passe à une vitesse folle alors que je voudrais qu’il dure toute l’année. Mais bon, ce n’est pas quelque chose que je peux changer. Pas plus que les personnages de l’illustrateur Daniel Montero Galan, que je vous propose de faire vivre en vos mots.

Aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc plus que le temps d’écrire quelques lignes et de lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier.

D’ici là, bon début de mois à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.

2 commentaires »

  1. L’enfant assis sur les jambes de sa mère se demandait si le héros du livre qu’elle lui lisait, marchait ou non la tête en bas. Il habitait tout de même à l’autre bout de la terre, et le petit avait appris que notre planète était ronde. C’était un explorateur doué, toujours armé d’un appareil à capter des images, appelées photographies. Ce chercheur blanc se frayait partout hardiment un chemin à la machette, et ne se séparait jamais d’un cahier où il consignait toutes ses découvertes. Ses cheveux étaient roux autant que les leurs étaient sombres, et il avait la peau claire, autant que la leur était noire.
    L’enfant se questionnait pour savoir si les pas de l’homme le conduiraient un jour jusqu’à leur village, puisque sa passion était de sillonner le monde. Dans ce cas, cela lui remettrait le corps à l’endroit, ce qui semblait bien préférable.
    La mère, tout en lisant, s’interrogeait sur elle-même, et sur ses sentiments. Car cet homme distrait comme tous les savants, mais tellement charmant, qui parcourait les continents en quête d’aventures, lui avait mis quelque peu la tête à l’envers. Et elle voyait se glisser entre eux, lascif et bien présent malgré la distance, le serpent d’Adam et Eve, qui venait lui offrir ses fruits à l’air succulent. Des pommes rouges et brillantes, invitant à croquer dedans. Dans ce récit bien innocent, juste une histoire pour les enfants, elle puisait un bouleversement qui l’emmenait dangereusement sur les pentes tentantes du désir, bien loin de sa vie quotidienne et répétitive. Mais de cette déroute de son corps et de son coeur, seul le bébé suspendu à son dos percevait au travers de l’étoffe les battements désordonnés, fous et dévastateurs.

    Comment by anémone — 8 août 2024 @ 22:37

  2. Lisboa, 11 août 2024

    Ma chère B.,

    Enfant, je gardais un rayon de soleil de la fin du jour dans ma poche. Pour le regarder le soir illuminer la plage ou nous jouions tous les deux. Les vagues venaient s’éteindre lentement sur le sable et emportaient nos dessins pour les offrir à d’autres enfants. De l’autre côté de l’océan, où les plages manquaient de sable. Sans doute.

    Peut-être te souviens-tu que ton rire était mon oiseau de printemps. Brouillant et joyeux. Tu criais mon nom et moi je revassais déjà à un autre monde, le regard collé au blanc des vagues, sans savoir encore que cela portait le poétique nom d’écume.

    À cet âge, je ne savais pas grand-chose. Presque rien. Je pensais que je t’aimais, puisque tous les grands frères aiment les petites soeurs. Espiègles et insouciantes. Que j’étais malheureux quand tu n’étais pas près de moi. Et que j’étais impatient d’aller chaque soir te retrouver, dans l’immense plage où nous étions, avec les mouettes, les seuls maîtres.

    Le matin, je leur racontais mon bonheur et les autres me traitaient de fou. De simple d’esprit. D’attardé. Et que sais-je encore. Ils s’amusaient de mon chagrin et méprisaient mes larmes. Et ils me laissaient seul dans mon coin où j’attendais le soir, pour être à nouveau heureux. Sortir mon rayon de soleil de ma poche pour le voir illuminer tes cheveux et ton rire mélangé au bruit des vagues et au chant libre des mouettes. Tout était si beau. Tellement beau. On dirait parfois que ce n’était qu’un rêve.

    Le matin, aux premières lueurs du jour, je me retrouvais à nouveau seul. Sans toi. Et j’allais en rang en classe. Seul. Je lisais mes leçons à voix haute, comme le demandait la maîtresse. Seul. Puis, de nouveau en rang. Pour aller manger. Seul. Toujours seul, jusqu’au soir.

    Les années ont passé. Je ne cours plus pour te retrouver sur la plage à la fin du jour. Mais, quand j’y pense, j’ai le cœur qui tremble. Je sais maintenant que je n’étais pas fou. Les fous c’étaient eux. Les autres. Tous ceux qui, dans leur enfance, n’ont jamais gardé un rayon de soleil dans leurs poches.

    Je t’embrasse.

    Armando

    Comment by Armando — 11 août 2024 @ 1:39

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