Lali

21 mai 2023

En vos mots 839

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

Alors que je viens tout juste de valider les textes que vous avez déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite d’ailleurs à lire, je vous propose cette semaine de faire vivre en vos mots cette illustration de l’artiste Ovadia Benishu.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc plus que le temps d’écrire quelques lignes, en vers ou en prose, selon votre inspiration.

D’ici là, bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent!

7 commentaires »

  1. Il était une fois…

    Loin, tellement loin. Dans un royaume qui ne portait pas de nom. Un de ces lointains royaumes qui n’existent que dans nos rêves. Aussi vivant que les royaumes dont tout commence par il était une fois…

    Vivait une jeune princesse belle et solitaire, promenant son existence tiède au gré des jours sans saison, sans pluie ni parfum.

    Une nuit de lune pleine, l’esprit d’Aladin, avec son allure d’homme mûr, musclé, au sourire ravageur, ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’image que je dévisage dans mon miroir, est venu pour lui accorder un souhait. Un seul.

    La princesse lui en a demandé deux. L’esprit d’Aladin, avec sa voix velours et miel, lui a dit qu’il avait l’instruction de ne lui accorder qu’un souhait. Rien qu’un souhait. Faute de quoi il disparaitrait pour toujours dans le néant abyssal et vide des pages blanches. Quel gâchis.

    La princesse en larmes le supplia pourtant de lui accorder ses deux souhaits. Elle qui n’avait jamais rien demandé. Elle qui ne demanderait plus jamais rien.

    Au risque de disparaître pour toujours, l’esprit d’Aladin, cœur tendre et ému des pleures de la jeune et belle princesse, lui promit de trouver comment exaucer ses vœux tout en n’en réalisant qu’un seul.

    Un matin parfumé de songes, à son réveil, la princesse trouva couché sur son lit, son premier vœu. Un chien. Un beau chien propre et obéissant. Qui remuait la queue, heureux, chaque fois que la princesse lui adressait la parole.

    Pour ce qui était du second souhait, elle l’ignorait encore, mais lorsque la nuit serait arrivée, le chien deviendrait, jusqu’au lever du jour, le beau prince de ses souhaits. Musclé et obéissant.

    La princesse n’avait pas de pensés assez belles pour dire toute sa gratitude à l’esprit d’Aladin, qui, étrangement avait disparu pour toujours.

    Ou peut-être pas tout à fait. Puisque, quand on y songe, et on se dit « il était une fois… » tout devient possible.

    Comment by Zef — 22 mai 2023 @ 0:27

  2. Après la si belle promenade il dort.
    Rêve-t-il des arbres verts ou du soleil d’or?
    Moi, épuisée, lasse, tombant de sommeil,
    Je désire prolonger ce jour de merveille.
    Il laisse entendre parfois un léger ronflement
    Et même, comme de plaisir, un doux gémissement.
    A quoi songe-t-il donc, mon tant chéri ami?
    Moi, malgré la fatigue, dans mon lit je lis!

    Comment by anémone — 22 mai 2023 @ 9:29

  3. « C’est juste l’espace qui a du chien »

    Si tu ressens

    Des jeux, des rêves, en perles d’eau
    De petits riens mais qui font tout
    Quand mine de rien on joue des mots
    Que l’on s’envoie des p’tits cailloux

    L’air qui sépare n’a l’air de rien
    Et le temps dit qu’on est pas loin
    C’est juste l’espace qui a du chien

    Et puis quand tu colères
    Comme en une rebelle
    Comme en une guerre

    C’est là que tu es la plus belle …

    Alors, Divine
    Moi, je te sens

    Comment by Cavalier — 22 mai 2023 @ 15:14

  4. « Papa, juste une petite question »

    « Chat alors ! »

    Whaou ! Purée j’suis creuvé, moi. J’ai mal dormi. Insatiable Chloé… Mmmmh, ça va être dur dur la réunion ce matin. Pffff !

    – Tiens Mathéo qu’est-ce que tu dessines si tôt ? Tu as déjeuné, déjà ?

    – Ben oui. Il faut que je termine mon arbre sur les mammifères !

    – Ah, tiens, ce sont des animaux domestiques que tu as collés là.

    – Ah bon ?

    – Oui, regarde ils descendent tous d’animaux qui étaient sauvages, avant.

    – Quels animaux sauvages ?

    – Tu vois le chien, il descend du loup. L’homme l’a apprivoisé et au fur et à mesure des années le loup c’est transformé en chien. En plusieurs races de chiens.

    – Ah ouais ?

    – Oui. Et la chèvre c’était un bouquetin. La vache un buffle et le mouton un mouflon.

    – Pourquoi ça se transforme, dit-donc ?

    – Eh bien, l’homme ne garde que les petits qui lui conviennent, que ceux qui sont gentils, qui donnent du lait, de la viande. Et à force de choisir les meilleurs, la race se transforme. Tu vois ?

    – Oui, oui… Mais pour le chat, alors ?

    – Bon le chat, il n’y a pas longtemps que l’homme l’a apprivoisé. Donc justement il n’a pas beaucoup changé, surtout pour le caractère. Il est un peu sauvage encore, il ne se dresse pas facilement et n’en fait qu’à sa tête. Mais plus tard, dans très longtemps, il sera complètement domestiqué… L’homme fera ce que l’on voudra de lui, comme les chevaux ou les chiens aujourd’hui. Dressage et tout…

    – Super, j’te frai dire ! Et Maman alors… elle est sauvage ou domestique ?

    – Heu… Passe-moi donc la cafetière, tiens !

    Comment by Ffup de Bretagne — 22 mai 2023 @ 15:40

  5. Ma vie n’a pas grand intérêt. Je suis heureux. Que puis-je vous dire d’autre?…

    Qu’elle me gronde de temps en temps. Comme si j’étais un enfant. Et cela m’amuse quand elle me demande d’être sage. Parce qu’elle aimerait bien lire un peu. Histoire de partir en voyage, au pays de Voltaire et Rimbaud.

    Mais sinon. À part ça. Ma vie n’a pas d’intérêt. Je suis heureux.

    J’écoute du Stephen Faulkner. Je n’en peux plus de son char pour draguer les filles. Cela fait trois fois qu’elle l’écoute ce matin.

    Puis il y a aussi son Plume qui traverse ou quelque chose pas loin. Avec son accent de !uébécois heureux, dont je ne comprends pas la moitié, c’est une belle crowd iccite à soir, chus ben content d’être v’nu… qu’elle fredonne comme une groupie écervelée en extase.

    Mais… à part ça, ma vie n’a pas grand intérêt. Je suis heureux.

    Je vois neiger à travers la vitre. J’ai droit à mes croquettes et nous faisons de grandes promenades dans les bois. Elle m’appelle Chaussette. Et elle me dit d’être sage. Et je m’endors au pied de son lit.

    Mais… croyez-le, puisque je vous le dis. Ma vie n’a pas grand intérêt. Nous sommes heureux.

    Comment by Chaussette — 23 mai 2023 @ 0:18

  6. Le ciel si bleu est devenu gris
    Comme mon âme et mon corps
    À quoi peuvent servir nos vies
    Lorsque nos rêves sont morts

    Il n’y a que dans les films d’amour
    Que les amants partent en voyage
    Qu’on s’embrasse à contre-jour
    Et dans le ciel pas de nuages

    Il suffirait de tendresse d’affection
    Pour que l’amour s’y pose
    Mais dans le silence des maisons
    Seuls les murs portent du rose

    Coup de foudre ou coup de cœur
    Le prince charmant et ses mystères
    Lorsque aimer devient douleur
    Vivre a les couleurs de l’enfer

    Il n’a que dans les roman d’amour
    Que la tendresse remplit des pages
    Parce que mon amour au fil des jours
    Craint ta foudre et les nuages.

    Comment by Paul Autrement — 25 mai 2023 @ 0:33

  7. Je m’appelle Suzy. Je vis dans un trois pièces, au 4e étage, sans ascenseur, d’un vieil immeuble au cœur de Montréal. J’exerce avec bonheur l’activité de lectrice pour une boutique de bouquinistes.

    Un soir vers 23 heures, j’entends gratter à ma porte. Je n’ai pas été effrayée. Étonnée. Curieuse. J’ai doucement regardé à travers le judas. Il faisait noir. Seules de petites lumières, témoins blanchâtres, d’un blanc morne, comme des étoiles fatiguées. Rien d’autre.

    J’ai collé mon oreille à la porte. Silence. Soudain, un gémissement. Et de nouveau ce « quelque chose » qui gratte ma porte. Doucement, mais avec insistance. Comme un appel.

    J’ai entrouvert la porte, en laissant la chaîne de sécurité. Au cas où. C’était Pantoufle. Le chien de Marc. Le fou du deuxième étage qui se prend pour Roméo chaque fois que je le croise, avec ses grandes envolées ridicules : Aimer ou ne pas aimer… c’est Suzy qui décide!… Le vieux William serait sûrement furieux de voir son texte dénaturé de la sorte.

    Et chaque fois je lui réponds : Rêver n’est pas interdit mais fantasmer est obscène. Ce qui le fait rire aux éclats.

    J’ai toujours bien aimé Marc, mon voisin. Toujours disponible et bonne nature, inséparable de Pantoufle. Tellement adorable et chaleureux qu’il me fait quelquefois regretter de ne jamais vouloir de chien dans ma vie. Je veux être libre. Libre. Pas de chien. Jamais.
    Pantoufle tremblait comme si la mort le poursuivait. Il est entré sans permission et s’est accommodé d’un coin du canapé.

    Presque aussitôt, un bruit métallique. Un policier accompagné d’un homme en blouse blanche ont surgi de la cage de l’escalier avec une respiration digne de deux marathoniens à bout de souffle.

    – Bonsoir Madame, vous n’avez pas vu un chien ?

    – Il se passe quoi, avec toute cette agitation ?

    – Le monsieur du deuxième est décédé. Une crise cardiaque. On est arrivés trop tard. On a tout fait, mais malheureusement on n’a pas pu le sauver. La porte était restée ouverte et le chien en a profité pour s’enfuir.

    – Et si vous l’attrapez, vous allez faire quoi de ce chien ?

    – On le déposera à la fourrière. Soit il est adoptable, soit on sera obligés de le piquer.

    – Pauvre bête… Non, désolée mais je n’ai pas vu de chien.

    J’ai regardé Pantoufle. Il ne gémissait pas. Il pleurait. J’ai eu comme un vide. Roméo allait me manquer. Terriblement. Au fond, j’étais heureuse que Pantoufle m’ait choisie. Et il me semble avoir entendu : Aimer ou ne pas aimer…

    Et je ne pouvais qu’aimer.

    Comment by Armando — 26 mai 2023 @ 3:21

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