Lali

15 janvier 2023

En vos mots 821

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

Alors que je viens à l’instant de valider les textes que vous avez déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite à lire et à commenter si vous en avez envie, il est temps pour moi de vous proposer autre chose à vous mettre sous la dent.

Mon choix s’est arrêté sur une illustration de Jean-Baptiste Monge, qui a pour titre L’archiviste. À vous de nous raconter ce qu’elle évoque pour vous, en vers ou en prose. Il n’y a pas de règles au pays de Lali.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain, D’ici là, bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.

4 commentaires »

  1. Je suis une plume. Une vieille plume qu’un corbeau migrateur a perdue dans la neige en fuyant la dureté d’un vent froid de janvier.

    La neige m’a recouverte doucement. À regret. Et je suis restée solitaire et prisonnière dans le froid meurtrier de l’hiver pendant longtemps. Si longtemps que j’ai cru ne plus jamais revoir le soleil doux du printemps.

    Un jour, j’ai cru rêver, une voix m’a sortie de mon sommeil profond. Une plume!,ai-je entendu crier.

    « J’ai trouvé une plume. Une plume de dindon º, a crié la voix.

    Puis, une autre voix plus posée et plus sage est venue. « Laisse voir. Non, pas du tout, mon enfant. C’est une plume de corbeau…. Oh la pauvre… elle a souffert… va falloir… » et puis plus rien. Je pense que j’ai perdu connaissance.

    Au loin, j’entendais quelqu’un qui sifflotait une mélodie. Une mélodie joyeuse.
    J’étais vivante. Je n’avais plus froid. J’étais sèche. J’ai sans doute dormi longtemps sur un parchemin qui me servait de lit.

    Puis une main grasse et délicate et venu me prendre délicatement, m’a plongée dans une encre noire et a commencé à écrire : Il était une fois, il y a si longtemps…

    Et je me suis remise à vivre. À exister. J’étais si émue. Et heureuse. Si je pouvais vous dire comme j’étais heureuse.

    Moi, plume orpheline, perdue dans l’hiver de janvie, j’avais été adoptée et j’étais devenue raconteuse d’histoires.

    Que je découvre. Tout comme vous. Au fil des mots…

    Comment by Armando — 16 janvier 2023 @ 0:39

  2. Je voudrais ici rendre hommage à tous et toutes les archivistes, documentalistes, copistes, de toutes époques et de tous lieux, et à l’énorme travail de collation et de transmission qu’ils et elles ont accompli à force d’opiniâtreté et de rigueur, permettant à nombre d’écrits de survivre, d’être lus, et de traverser de façon triomphale ou modeste les ans et les siècles.
    Mon hommage ira d’abord en particulier à une amie, historienne de l’art, qui fut pendant plusieurs années archiviste dans la maison communale où l’écrivain belge Michel de Ghelderode avait exercé le même métier, comme elle sous la charpente du bâtiment. Les temps avaient toutefois changé, car si grâce à cette fonction il avait trouvé la disponibilité, bien à l’aise seul dans les combles, de réaliser une bonne part de son oeuvre, elle se plaignait plutôt de la quantité et de la lourdeur des cartons qu’elle avait à se coltiner, contenant beaucoup de documents de peu d’importance et très fastidieux à trier.
    Vers la fin de sa carrière elle eut heureusement la chance de trouver l’emploi de ses rêves à la Bibliothèque Royale, au Cabinet des Estampes. Je lui ai un jour rendu visite en ce lieu, et j’ai pu assister avec joie à son enthousiasme sans réserve pour les trésors qu’elle recevait chaque semaine. Principalement des gravures anciennes. Là, elle était vraiment dans son élément, et s’émerveillait comme une petite fille devant toutes ces oeuvres magnifiques à souhait. Elle avait en effet gardé son coeur d’enfant, et intacte sa capacité d’émerveillement, qui pouvait enfin s’épanouir au sein de son travail. Je me réjouis qu’elle ait connu cette satisfaction, même si elle fut tardive, et même si les conditions de travail n’étaient apparemment pas idéales. Au moins côtoyait-elle des oeuvres à la hauteur de sa sensibilité, et elle avait la responsabilité de les gérer.
    Elle écrivait des articles et des ouvrages aussi. Sans doute parce qu’elle était assez perfectionniste, leur réalisation était toujours pour elle une épreuve paraissant assez considérable. Et elle me racontait qu’elle écrivait au lit, lieu qui lui donnait un sentiment de sécurité l’aidant probablement à mieux gérer le stress de la création.
    Cet épisode relatant sa fin de carrière me ramène, dans un tout autre registre, aux dernières années d’activité de mon père avant la retraite. Pour faire comme son frère, il était entré assez jeune et après une formation en comptabilité, comme employé dans la société régissant à l’époque la distribution du gaz et de l’électricité de l’ensemble de notre capitale. Cet emploi ne le rendait hélas pas du tout heureux. Les promotions étaient rares, et l’ambiance administrative le faisait revenir le soir la plupart du temps chargé de lourdes plaintes et de difficultés de communication à gérer. Quelques années avant ses soixante ans, il eut cependant l’occasion d’occuper une toute nouvelle fonction, comprenant des responsabilités, et un salaire sans doute à la hausse. Il s’agissait précisément d’une fonction d’archiviste. Mais c’était, si j’ai bien compris, plutôt un cadeau empoisonné. Il se trouvait en effet face à un système complètement anarchique, pour lequel aucune méthode n’avait jamais été créée. Et ces archives ne se trouvaient cette fois pas dans un grenier, mais dans des caves! Je me souviens que pendant tout un temps il ramena du travail à la maison. A deux, mes parents réfléchissaient le soir à des structures à appliquer, à une organisation à trouver, et ils en vinrent à bout non sans peine. Malgré la difficulté, ce fut donc une satisfaction qui rendit un peu plus douce sa fin de carrière. Un autre écueil étant d’arriver à assumer la direction des quelques hommes qu’on avait placé sous ses ordres, et qui semblaient se révéler parfois légèrement caractériels ou « durs de comprenure ». Mais là aussi il semble qu’il arriva à des résultats dont il était assez fier, et ces victoires contribuèrent somme toute à renforcer son contentement.
    Voilà donc deux archivistes que j’ai connus de près et dont je salue la mémoire. Ce faisant, je salue ici aussi les efforts de tout un chacun, qui se reconnaîtra peut-être ici. Car d’une certaine façon, ne sommes-nous pas toutes et tous un peu archivistes? Bon gré mal gré, il s’avère indispensable d’ordonner un tant soit peu nos documents administratifs, et de constituer des dossiers. Même si aujourd’hui un certain nombre de documents sont numérisés, le classement s’avère toujours nécessaire. Puis il y a le rangement de tout ce qui nous appartient, depuis les effets vestimentaires jusqu’à nos livres et supports médiatiques, et nos objets de collection si nous en avons, en passant par tous nos biens, qu’ils servent au travail, au ménage, ou aux loisirs. Entreposer les choses dans un petit espace relève souvent de l’exploit. Mais quand on dispose de davantage de place, on a tendance à garder bien plus d’objets, ce qui ne facilite pas la tâche.
    Je n’ai pas cité encore une troisième amie archiviste, méritante autant que chère à mon coeur, et dont je voudrais faire l’éloge. Elle classe méthodiquement ses livres et ses cartes postales, ces dernières dans la pièce qui leur est réservée. Mais aussi quantités de textes et surtout d’images sur son blog. J’admire énormément sa constance, et son efficacité à gérer ces classements. Et je pense que dans son travail aussi cette qualité lui est précieuse. Elle fut d’ailleurs libraire, ce qui fut certes une bonne école pour développer ce genre de talent, même si celui-ci lui est me semble-t-il inné. Je pense que vous comprendrez facilement de qui je veux parler.
    Mais je m’étends sur le sujet, et j’ai mes tris à faire. Plusieurs caisses à dépouiller! J’ai curieusement remarqué que je trouve beaucoup plus de plaisir et d’énergie pour aider les autres à mettre de l’ordre que pour m’occuper de mes propres affaires en souffrance. Êtes-vous comme moi? Je rassemble donc ma motivation, et j’y vais de ce pas. Merci pour vos encouragements!

    Comment by anémone — 16 janvier 2023 @ 16:52

  3. Après la demande de Dormeur, je me dois de bien peaufiner mon prochain cours, et surtout, oui surtout de bien le terminer. Ce sont de vrais enfants en fait. Oui, souvenez-vous :

    Hier à la Mine, treize nains à la douzaine étaient en formation. Et… ils attachaient leurs ceintures ! La leçon n’était pas facile. De plus, ils n’avaient même pas eu leur petite pause… encore cette fois …

    – Ohhhh ! Ehhhh ! Grrrr ! … (Chœurs)

    – Bonjour les enfants. Donc aujourd’hui, je vous laisse, comme promis, un peu plus de liberté. J’ai là, au choix, deux sujets possibles pour travailler ensemble : D’abord une petite « pensée » écrite par Mlle Bigouden, l’assistante bretonne personnelle de Cavalier. Prenez note, s’il vous plaît …

    Hé ! Les nains ! Arrêtez de jouer avec vos mains ! Oui, donc… Pas très gentil tout ça ! Mmmm… : « Ce qui me contrarie le plus, avec les textes belges, ce n’est pas tant les fautes de bon goût que la transparence d’un accent certain. » Holà ! Hé bé ! Bon… Passons …

    Ou alors encore, une « question » qui nous vient de la superbe helene, sans aucun accent, elle… Et blonde comme les blés, en plus : « À ton avis, est-ce que le Diable a foi en Dieu ?  » Ho My God !

    Oui ? Simplet ? Tu veux donner ton avis ?

    – Oui Prof, la question téléologique concerne la fonction et la finalité des modèles à construire, c’est entendu, mais la modélisation systémique elle-même n’enjoint-elle pas, par définition, d’englober dans la démarche la finalité du modélisateur lui-même ? L’homme en fait ? Car celui-ci, si j’ai bien compris la leçon, ne peut en aucun cas se considérer comme extérieur aux modèles qu’il est en train de construire.

    – Ecoute Simplet, tu es dispensé de cours aujourd’hui. Va te coucher …

    Dormeur ? Tu n’as pas l’air très éveillé, ni hectic, toi, ce matin ! Oui ?

    – Et si tu nous expliquais enfin, avec nos mots à nous, de petits nains, ce qu’est exactement ce satané « Théorème d’incomplétude de Gödel », avec lequel, tu n’arrêtes pas de nous rabattre les oreilles à longueur de temps.

    – Pfff… ! Sympas les nains… Allez, fermez vos cahiers et à demain !

    – Ohhhh ! Ehhhh ! Grrrr ! … (Chœurs)

    Revoyons donc un peu déjà ce qu’en dit mon bon vieux grimoire d’archives historiques. Et voilà … Je pourrais démarrer mon cours par l’anecdote fameuse du juge :

    « Quelque chose à déclarer avant de devenir citoyen américain ? »

    Le petit homme dévisage le juge au travers de ses petites lunettes rondes. Puis commence à lui expliquer, calmement, qu’il existe un moyen logico-légal d’établir une dictature aux Etats-Unis, sans enfreindre nullement la Constitution. Médusé, son ami, Albert Einstein, lui donne moult coups de coude, pour le faire taire.

    Cet homme, Kurt Gödel, n’est pas terroriste, mais mathématicien. Un logicien d’origine autrichienne.

    Nous avons tous remarqué, combien les maths, nous devrions dire les mathématiciens sont fiers de leur supériorité logique, parfaite, par rapport aux matières dites douces : littérature, langues, psychologie, sociologie… Kurt, lui, n’étudia pas des objets mathématiques, comme les autres, mais « La Mathématique » comme objet. Grosse différence ! Pas facile ! Ce serait comme étudier « La Grammaire », sans faire appel aux mots et aux règles de grammaire …

    Il ramena toute Vérité à des opérations simples sur des nombres : les nombres de Gödel (quelle coïncidence !) Ce faisant, il s’aperçut qu’il existera toujours en mathématique des Vérités Indémontrables ! Les grands matheux des années 1930 furent complètement traumatisés par son Théorème. Que ceux qui nous snobent aujourd’hui rabattent leur caquet !

    Du coup, l’humanité, qui se pense, ne pourra jamais se comprendre totalement elle-même. La nuit est immense et la barque restera si petite.
    Seul Dieu, voire un extra-terrestre supérieur, pourrait appréhender totalement l’intelligence, la conscience et l’âme humaine …

    Alors traduire… traduire… En quelque chose de transmissible… Tout complètement… Oui, allons-y …

    Comment by Cavalier — 19 janvier 2023 @ 5:04

  4. Pendant un temps, trop éphémère dans une vie, j’ai été persuadé de savoir d’où viennent les enfants.

    Je l’avais appris un soir, lorsqu’un vieil affabulateur a pris une feuille vide et a dessiné un trait. Rapide et sinueux. Et puis il a dit : Voilà une montagne. Et sur sa montagne, il a dessiné un arbre. Un bel arbre rempli de feuilles et de fruits. Ensuite, il a dessiné un ciel parsemé de légers nuages et des oiseaux sont venus, sans que je sache d’où. Il me semblait les entendre chanter de joie tournant autour de la rivière, s’amusant des pitreries d’un golden retriever heureux et joueur.

    Puis, il m’a souri. D’un sourire doux et tendre. Je l’entends encore : Tu aimes?… Tu ne trouves pas qu’il nous manque quelque chose?… Ferme les yeux. Ne triche pas. Ferme les yeux…. Tu peux les ouvrir.

    Comme pour la montagne, l’arbre, les nuages, les oiseaux, un enfant est venu. Du néant. Comme ça. Le chien avait trouvé un nouvel ami.

    Cette nuit-là, je me suis endormi apaisé, en me disant que j’avais découvert le mystère entourant la provenance des enfants et qu’un jour, quelqu’un me dessinerait des parents.

    Puis, le lendemain matin, heureux, j’ai raconté mon précieux secret aux grandes personnes. Et elles ont beaucoup ri. D’un rire blessant et moqueur.

    Comment by Zef — 21 janvier 2023 @ 0:34

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