En vos mots 51
Où va-t-elle ainsi? En voyage? Ou est-ce son train quotidien vers le centre-ville que la lectrice de Lisbeth Firmin attend ainsi? À vous de raconter en vos mots ce que cette scène évoque pour vous, à vous d’aller au pays de vos souvenirs ou d’inventer. La toile est vôtre pour une semaine. Comme chaque dimanche depuis bientôt un an…
À vous de la faire vivre. De lui donner d’autres couleurs, des sons, une lumière. Comme vous l’avez fait pour la toile d’Eastman Johnson qui a passé la semaine ici en attente de vos mots que je viens à l’instant de valider.
En vos mots existe à cause de vous. Pour vous. Pour nous, ses lecteurs.
À vous de prendre le train si la toile vous tente!
Un jour …
Que des silences sans envie
Des nuits entières à le voir dormir
Le bleu du ciel paraît si gris
Quand on se tait parce que rien à dire
Des mots menaces qui s’envolent
Dans l’air comme un fouet
Des rêves brisés qui s’isolent
Et chaque jour est un regret
Il y a toujours un reproche
Un mot pour la faire pleurer
Des fois il l’appelle moche
Il n’a pas envie de la toucher
Elle ne rêve que d’une autre vie
Puis être seule pour toujours
Oublier qu’elle avait envie
De croire aussi à l’amour
Et elle refera son existence
Puisque pas bonne pour aimer
La solitude pour seule souffrance
Et puis elle se remettra à rêver
Un jour elle prendra son courage
Et s’en ira avec son chagrin
Un livre comme seul bagage
Elle partira par le premier train
Comment by Armando — 31 mars 2008 @ 0:23
Autrefois, j’allais fréquemment à Bruxelles, en train. Le trajet durait un peu plus d’une heure, cela me permettait d’observer les voyageurs. C’est une chose que j’aime, observer…
Ce jour-là, il y avait peu de monde, j’avais pu choisir une place juste en face d’un homme jeune, très chic, un peu « l’homme d’affaires qui se rend à la capitale ». Cheveux noirs bouclés (vous savez que je n’y résiste pas) lunettes fine monture, costume décontracté, chemise col ouvert sur un cou bronzé, serviette en cuir assez volumineuse.
Craquant !
J’ai craqué. J’étais célibataire longue durée, j’avais donc décidé de tenter ma chance…
L’homme lisait le Monde diplomatique. Il cochait certains articles. Il me regardait à la dérobée, sans doute curieux de mon insistance. Il sortit ensuite le journal Le Soir de sa serviette, puis L’Equipe… L’homme idéal ! Curieux de tout, intéressé par des domaines très différents. Mon cœur de midinette s’emballait, s’emballait !
Après L’Equipe, il ouvrit de nouveau sa serviette et je pariai sur ce qu’il allait en sortir : un polar, le programme télé ?
Il sortit… un tricot ! Un adorable modèle réduit vert pâle rayé de blanc. D’une finesse, du travail de pro !
Après quelques instants de tricotage, il leva la tête, me sourit d’un air moqueur (Ah ce sourire ! Irrésistible en d’autres temps !) et me dit :
– Quoi ? J’attends un bébé.
L’homme idéal vous dis-je ! Il partageait même la grossesse de sa compagne ! Idéal à un détail près, il était déjà pris. Nul n’est parfait.
Nous avons sympathisé, nous nous sommes revus, ailleurs. Sa femme était très sympathique. Ils sont devenus mes amis… mais j’étais toujours célibataire !
Comment by agnès — 1 avril 2008 @ 11:46
LE CHOIX
Une voie sur un rail appelle à l’inconnu
Tandis que dans le livre qui est lu et relu
L’amour se niche au creux d’un détour de poème
Où elle est sûre de lire en conclusion: »Je t’aime. »
Elle avait son billet, elle attendait le train.
Les paroles de Lelièvre la transportèrent si loin
Que le convoi partit la laissant sur le quai
Des rêves plein la tête contre un voyage raté.
Et le peintre se réjouit
De croquer sur le vif
Le moment d’une vie
Qu’il gardera captif.
Flairjoy
Comment by Flairjoy — 3 avril 2008 @ 9:16
Lire, c’est prendre un train.
On prend le billet comme on prend un livre. On rêve sur le titre comme sur le nom de Venise, de Prague ou de Florence. On imagine à partir de ce que les autres nous ont dit comme l’on rêve sur les photos qu’ils nous ont montrées. Certains périples sont décevants et l’on descend en marche, même si cela ne se fait pas. Le train parfois bloqué est comme le livre abandonné sur un coin de table. Le premier regagnera sa gare de départ et le second son étagère.
Mais qui n’a pas connu ces voyages que l’on voudrait poursuivre indéfiniment comme ces romans dont on voudrait pouvoir encore tourner les pages !
Qui n’a pas connu le voyage qui a changé sa vision du monde, comme un livre peut modifier le cours d’une vie au risque d’être mortel comme un déraillement…
Et qui n’a pas connu ce moment où le train roule avec régularité nous transportant vers un lendemain qui est attente ou désir comme celui auquel nous aspirons à travers les lignes.
Lignes… mot commun aux livres et aux chemins de fer, qui nous conduit vers un ailleurs : les autres, pour nous laisser à destination : nous-mêmes.
Comment by Reine — 5 avril 2008 @ 14:23
Un train en partance pour Genève depuis Nyon. Un train régional. Celui qui vient de partir n’est pas le sien. Elle le sait très bien. Tous les matins, à 7h00, Carole est sur le quai de la gare bien en avance, beaucoup en avance et les voyageurs sur le quai sont inexistants. Elle n’aime pas du tout arriver en retard au travail. Le trajet n’est pas long, quinze minutes tout au plus. Mais elle aime bien prendre son temps le matin. C’est un moment sacré. Elle a mis ses écouteurs pour entendre sa musique favorite et adore lire. Attendre dix minutes ou plus sur le quai de la gare ne lui fait pas peur, par n’importe quel temps car pendant ce temps, Carole est complètement ailleurs. Dans son livre, dans son histoire et ne voit pas les minutes passer. Elle rencontre des collègues qui habitent également à Nyon et c’est juste b’jour-bjour, les yeux à peine levés. Le matin, Carole n’aime pas parler mais lire, elle ne pourrait pas s’en passer.
Son train de 7h15 arrive. Elle ne le voit pas puisqu’elle est plongée dans son livre mais l’entend et sans regarder le cadran de sa montre, elle sait que c’est son train. Comme un automate, elle monte dedans. Juste pour se rassurer, elle lève un œil pour voir si c’est le bon. Elle s’assied, toujours le nez dans son livre. Pour rien au monde, elle ne voudrait laisser échapper un paragraphe. Arrivée à destination, elle doit pourtant bien descendre car le train ne va pas plus loin !
Le livre passionnant de Carole ces jours-ci s’intitule !
Une voyageuse sans histoire
de Florence Memmi
Le départ Aéroport de Tel Aviv, Israël. Mon billet en main, je ne suis pas certaine d’avoir envie de retourner en Inde. Pas certaine de l’enjeu. Je le sais, partir signifie perdre cet amour que là-bas j’avais rencontré. Cet amour que j’étais venue retrouver. Cet amour qui ne me suffit pas. Ne me suffît plus. Qui m’a encore prouvé que rien ne suffisait. J’erre dans l’aéroport. Embarquement immédiat. J’erre. Je ne sais pas. Je me demande où tout ça m’amène. Je regarde la file de passagers diminuer. Je ne sais pas. Plantée là, glauque, je me demande. L’heure passe et passe. L’enregistrement est vide. J’avance. Je recule. La sécurité m’interpelle. Pourquoi je suis là, depuis une heure et demie et je reste en retrait ? Je réponds que j’hésite à partir. Elle n’aime pas ma réponse. Elle me demande mes papiers. J’ouvre mon sac, et lui tend un passeport. Ses yeux dans mes affaires, elle me demande pourquoi j’ai trois passeports. J’explique. Elle me demande de la suivre. Après tout, je ne savais pas quoi faire.
(extrait)
Comment by Denise — 5 avril 2008 @ 16:14
C’est vraiment intéressant ces textes écrit sur une illustration ! Les univers se croisent, tantôt nostalgiques, tantôt riches d’espoir, toujours très beau.
J’avoue que j’aime le dimanche soir, parce que je découvre « en vos mots »…
Merci à vous tous, merci à toi Lali de nous permettre d’échanger notre imaginaire.
Comment by agnès — 8 avril 2008 @ 5:42