En vos mots 36
Parfois un petit doute s’installe alors que je m’apprête à accrocher la toile de la semaine pour vous inspirer quelques mots. En effet, si au bout de tant de semaines plus personne n’avait envie de poursuivre l’aventure? Et si la toile restait muette?
Or, ça n’est jamais arrivé. Ça n’arrivera peut-être pas. Mais ça fait partie des possibilités que je ne peux éliminer d’un coup de balai… J’ai toujours pensé que tant qu’une seule personne participerait à l’aventure d’En vos mots, il y aurait une toile la semaine suivante. Et je n’ai pas l’intention d’en changer. Même si, secrètement, j’espère toujours plus qu’un texte à valider!
Voici donc la toile du jour, une lectrice peinte par Ferol Warthen. J’ignore ce qu’elle vous racontera ou pas. Nous saurons cela dimanche prochain. D’ici là, en dehors de nous laisser guider par notre inspiration, il y a de quoi lire. La lectrice d’Olaf Heyerdahl a livré ses secrets.
Bon dimanche et bonne semaine à tous!
Baisse les yeux petite fille sage,
Baisse les yeux sur ton livre d’images,
Ou on te punira!
Monte ton col de ta robe bleue ombrage,
Serre les genoux et soigne ton langage,
Ou on te grondera!
Coupe la frange qui tombe sur ton visage,
Ne pars pas seule pour un lointain voyage,
Ou on te blâmera!
Plus tard, même affranchie de ton apprentissage,
Docile aux réprimandes qui sont dans tes bagages,
Tu te les imposeras!
Flairjoy
Comment by Flairjoy — 17 décembre 2007 @ 18:33
C’est dimanche et Lucie a revêtu sa belle robe bleue que sa maman lui a dit de mettre car son oncle va venir. Il vient tous les dimanches pour le goûter.
Lucie est toujours bien coiffée, pas une mèche de cheveux de travers, pas un faux pli sur sa robe. Elle se tient très droite. Elle est parfaite. Trop. Elle s’ennuie à mourir et tous les dimanches c’est le même scénario. Elle me fait penser « aux petites filles modèles » que j’ai lu, enfant.
Lucie dévore les livres. Ce matin déjà, elle a lu un livre entier. Mais n’osant pas trop bouger à cause de sa robe et ses cheveux, elle reste assise sur sa chaise, figée et regarde un magazine sur le jardinage ce qui ne l’enthousiasme guère. C’est une revue pour les adultes, se dit-elle et je n’ai pas envie de commencer un livre avant l’arrivée de mon oncle.
Dring !! D’un bond, Lucie va ouvrir la porte et saute dans les bras de son oncle.
Comme elle est heureuse. Tant pis pour la robe dont le beau noeud derrière est défait, tant pis pour les cheveux et son oncle pense la même chose. Il serre sa nièce chérie très fort dans ses bras, l’embrasse, il la fait tourner comme un avion et la reprend dans ses bras. Elle rit aux éclats et la joie illumine son beau visage.
Ils se mettent à table pour le goûter et tous les deux se regardent d’un oeil complice que Lucie n’oubliera jamais. Dans son petit coeur, son oncle a une grande place.
Comme ils s’entendent bien tous les deux. C’est la fête. Lucie boit les paroles de son oncle et se dit, vivement dimanche prochain…je pourrais m’amuser !
Comment by Denise Rossetti — 18 décembre 2007 @ 15:54
La chaise de la grande salle d’attente du Dr Jonhatan semblait bien inconfortable. Aurélie, qui venait d’avoir 14 ans, n’arrêtait pas de bouger, comme si elle cherchait à trouver la meilleure position assise.
Elle regardait d’un air un peu trop soucieux le grand feuillet publicitaire d’un des grands centres commerciaux. Elle regardait chaque produit avec une attention démesurée. Comme si elle était en train d’étudier le feuillet.
De temps à autre, elle levait la tête et esquissait un sourire. Puis, de nouveau avec la même application, elle retournait à son feuillet.
Les mots de Mme Marquez, la secrétaire du Dr Jonhatan, ont eu l’air d’une douce musique qui parcourait le silence religieux de la salle d’attente.
-Alors Aurélie, on ne trouve pas ce qu’on voudrait?
-Oh si, Mme Marquez, je trouve plein de jolies choses pour ma maman, mais il me manque encore des sous. Je crois que ce week-end je vais encore faire du baby-sitting. Et puis ça ira …
-Et tu vas lui acheter quoi à ta maman?… lui a répondu Mme Marquez d’un air amusé.
Aurélie a fait un grand sourire… et puis a répondu : « Ça… c’est un secret que je ne peux pas vous dire. Mais je sais que ça fera plaisir à ma maman. »
Puis le silence a de nouveau envahi la salle. Aurélie a plongé son regard songeur dans le feuillet.
Sa décision était prise. Elle allait acheter un sac à main à maman. Elle ne lui en avait jamais connu d’autre que celui-là qui avait l’air d’être en piteux état. C’était un joli sac en promotion spécial Noël, en brun – la couleur préférée de maman – avec une grande fermeture éclair.
Aurélie avait fait le compte de toutes ses économies et il lui manquait encore l’équivalent de quatre heures de baby-sitting. Elle allait les faire ce week-end. De toute manière, elle avait encore une semaine avant Noël.
La porte du Dr Jonhatan s’est ouverte. Une dame pâle, triste et avec un air terriblement fatigué, est sortie doucement. Aurélie s’est levée pour aller lui prendre la main.
« Il faudra bien prendre soin de ta maman », lui a dit le docteur.
Aurélie a souri. Un sourire d’ange. Fière de se sentir responsable de sa maman, tandis que le docteur Jonhatan retournait à son bureau en fermant doucement la porte derrière lui.
-Alors, Mme Lardinois, toujours pas d’amélioration?… a lancé Mme Marquez.
-Toujours rien Mme Marquez… Vous savez, le docteur dit que ma maladie n’est pas très connue, alors faut essayer des médicaments pour voir ce qui marche le mieux. Que voulez-vous, c’est la vie. Et puis les médicaments ça coûte cher… Cette année, pour Noël, je n’ai même pas de quoi acheter quelque chose à la petite Aurélie… Je voudrais tant mais je ne pourrai pas…
Aurélie a regardé Mme Marquez avec un grand sourire timide. Puis, elle lui a fait signe de se taire.
Comment by Armando — 21 décembre 2007 @ 13:52