Delvaux, comme un appel
Il a peint des femmes aux seins nus et des gares. Ainsi, pourrait-on résumer l’œuvre de Delvaux. Et ainsi restreindre la qualité de son regard, son sens du lyrisme et son imaginaire.
Or, j’aime Delvaux pour son impudeur sobre. J’aime Delvaux pour la tendresse qu’il semble éprouver pour les femmes-mannequins qu’il a posées dans des décors peut-être empruntés à Jules Verne, qu’il a tant affectionné. J’aime Delvaux pour ses chemins de fer, parce que ses trains semblent ne jamais arriver ni partir, mais en mouvance continuelle. J’aime l’univers surréaliste qu’il a peint avec minutie et souci du détail.
Et j’aime particulièrement ce Train du soir où je me sens comme cette jeune fille minuscule face au train qui entre en gare. Me verra-t-il ? M’emmènera-t-il vers de nouveaux horizons ? C’est plus que ça, je ne me sens pas comme elle, je suis elle, quand je contemple cette toile. Car Delvaux sait nous inclure, je ne sais pas par quel processus. Il nous invite, nous fait participer au grand déploiement. Nous ne sommes jamais tout à fait spectateurs, mais participants. Car chaque tableau a une histoire à raconter, et encore plus à inventer.
Je voudrais au prochain voyage en Belgique aller à Saint-Idesbald, là où se trouve la fondation Delvaux. Me nourrir de son imaginaire et écrire. Car il y a trop longtemps que Delvaux est en moi, porteur de quelque chose qui germe et doit éclore.
Il m’appelle. Comme la musique appelle Pierre Rapsat, dans une de ses chansons.
Il y a des cris auxquels on devra bien un jour ou l’autre répondre. Celui-ci se fait de plus en plus pressant.
Je suis en attente de ce train pour partir au pays de l’imaginaire de Delvaux. Un univers qui croise ceux de Magritte et de Dali, mais qui s’en démarque et s’en écarte. Un pays imaginaire aux confins de la mémoire et de la création. Un pays que j’ai envie de vous raconter. Mon train finira bien par arriver, je le sens.