Ce que mots vous inspirent 43
Entre le passé où sont nos souvenirs et l’avenir où sont nos espérances, il y a le présent où sont nos devoirs. [Henri Lacordaire]
La lectrice de Victoria Stusiak (dont le site n’est malheureusement plus actif) s’est attardée sur cette phrase. Une phrase qui la laisse bien songeuse et qui la ramène à elle. Une phrase qu’elle aimerait voir commentée. C’est pourquoi elle m’a prié de la déposer ici pour ce que mots vous inspirent, sachant que Denise serait probablement tentée d’écrire quelque chose.
Nous saurons la semaine prochaine et pas avant si cette citation inspirera une autre citation ou quelques lignes de fiction. Elle est entre vos mains, désormais!
Au n° 20 de la Via Verbano à Milan, Martha passe ses journées à nettoyer les escaliers et la main courante.
Chaque jour, elle monte et descend les 6 étages à pieds. Dans son immeuble, il n’y a pas d’ascenseur.
Martha est concierge et fière de l’être et surtout heureuse d’avoir un emploi, bien que très peu rémunéré mais un emploi tout de même.
Elle connaît chaque recoin d’escalier, de palier car elle fait son travail avec enthousiasme et très consciencieusement.
Cela fait 25 ans qu’elle a quitté sa Suisse centrale pour venir à Milan sur le conseil de sa tante.
Ecoute – disait sa tante à sa mère, celle qui savait tout ! – Pour son début dans la vie active, Martha peut commencer comme concierge et Milan n’est pas n’importe qu’elle ville. Peut-être que l’occasion se présentera pour elle de faire une rencontre…quoiqu’il en soit, il est temps pour Martha de voler de ses propres ailes. Elle a tout de même dix-huit ans.
La mère de Martha ne pouvait qu’acquiescer, avec un pincement au cœur, bien sûr, mais sa sœur a toujours été plus forte qu’elle et avait toujours le dernier mot.
C’est ainsi que Martha se retrouve à Milan avec un poste de conciergerie dans un triste immeuble et une rue encore plus triste.
Martha nettoie, brille, lustre toujours les mêmes escaliers et ne se plaint jamais. Pas de prince charmant à l’horizon, pas de nouvel employeur et ce n’est pas faute de recherches. Ses premières années à Milan, elle a cherché assidument un nouveau travail mais en vain. Alors Martha s’est fait une raison.
Elle a apprit à vivre au jour le jour, à se contenter de peu.
A force de croiser les locataires dans les escaliers, elle a commencé à les apprécier et son grand plaisir est de les saluer et également échanger quelques mots. Maintenant, Martha parle couramment l’italien même s’il lui reste une petite pointe de suisse-allemand. Les locataires trouvent cela adorable.
Il n’est pas rare non plus qu’elle fasse quelques courses pour les plus âgés. Elle aime bien rendre service. Cela la change des nettoyages.
Sa vie n’est pas très gaie pourtant Martha chante très souvent.
Sa pause de l’après-midi est sacrée. Elle s’octroie deux petites heures. C’est tous les jours le même rituel. Elle s’assied sur une chaise et pose ses jambes fatiguées sur une petite table. Ce n’est pas avec son salaire de misère et le peu d’étrennes que Martha peut s’offrir un salon. Pas pour le moment. Elle met bien de l’argent de côté mais cela n’est pas suffisant.
Lors de sa pause, elle regarde les journaux de publicités et surtout les annonces alléchantes des voyages dans les îles. Martha ne sait pas bien lire mais les images lui suffisent et la rendent rêveuse.
Peut-être qu’un jour…je pourrais m’offrir un beau voyage dans un pays ensoleillé.
En pensant et en regardant à toutes ces merveilles, Martha se dit qu’en fin de compte, elle ne regrette pas d’être à Milan car dans sa Suisse centrale, elle n’aurait pas eu plus de débouché et au moins elle a appris l’italien.
Comme Martha est d’un tempérament optimiste, elle se dit que certainement des jours meilleurs arriveront mais pour le moment, elle doit encore travailler et mettre de l’argent de côté.
Si je réfléchis bien se dit-elle, j’ai un toit, j’ai à manger, je peux communiquer avec mes locataires. Tout le monde ne peut pas en dire autant !
Et elle reprend son ouvrage à cœur tout en chantant ! C’est une personne exceptionnelle.
Comment by Denise — 21 août 2008 @ 15:56
Merci Denise , tu m’as donné le goût de chanter en reprenant mon ouvrage!
C’est vrai qu’avoir un toit, manger trois repas par jour et pouvoir communiquer cà suffit pour apprécier la vie.
Tu possèdes l’art de replacer les bonheurs à leur place!
Bonne journée à « l’écrivaine des mercredis de Lali »!
De tout coeur,
Flairjoy
Comment by Flairjoy — 27 août 2008 @ 8:44
Oh Flairjoy ! je viens seulement de voir ton commentaire. Tes mots me touchent vraiment. Quelle gentillesse…
Je suis tellement heureuse que mes modestes mots t’aient donné envie de chanter…oui chante Flairjoy, continue de chanter.
Bien amicalement,
Denise
Comment by Denise — 31 août 2008 @ 9:57
Superbe histoire de vie, Denise…. dans laquelle j’ai retrouvé des similitudes lorsque de nombreuses petites grand-mères me racontaient leur vie, alors que je leur donnais des soins. Je buvais leurs paroles….
Ces témoignages de gens simples, qui se sont battus avec courage pour s’élever dans la société, étaient riches d’enseignement… car il en fallait du courage, pour une jeune fille qui venait du fin fond de l’Auvergne et montait à Paris, pour être « bonne chez les autres » ( comme elles le disaient ).
Il n’est pas rare qu’au contact de mes « petites mamies » je quittais leur chambre, non pas en chantant, mais avec la pêche même si la fatigue se faisait sentir!
Comment by chantal — 31 août 2008 @ 13:15
Chantal, vos mots me vont droit au coeur et je comprends très bien que vous « buviez les paroles de vos petites mamies ». Elles existent et leur vie n’était pas facile. J’en connais plusieurs qui ont vécu, à peu près, la même chose. La plus proche est ma maman qui a 98 ans et demi et chaque fois que je la vois, elle me raconte sa jeunesse… J’admire ces « grand-mères » qui avaient tant de courage !
Avec toutes mes amitiés.
Comment by Denise — 31 août 2008 @ 16:18
Merci Denise, c’est réciproque ! Ces métiers d’infirmière, puis de surveillante en service hospitalier ont été une vraie passion…
C’était encore l’époque où l’on osait dire » avoir la vocation »… et ce métier a été un enrichissement personnel dans la connaissance de l’âme
humaine et de la souffrance d’autrui.. même si la gestion des émotions et difficultés de terrain n’étaient pas évidentes.
Comment by chantal — 31 août 2008 @ 17:13