En vos mots 224
Une salle d’attente, ça vous convient? C’est là que passeront la semaine les personnages de l’artiste italien Baldino. Le temps que vous déterminiez dans quel type de lieu nous nous trouvons et que vous vous attardiez à raconter la vie d’un personnage en particulier, ou de tous. En effet, aucun des textes reçus d’ici dimanche prochain ne sera validé avant l’accrochage d’une nouvelle toile.
Puisse cette petite scène vous donner le goût d’écrire, car tel est le but d’En vos mots. Écrire à partir d’une toile. Tout simplement.
Punaise! encore une journée de canicule. Et moi qui n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Le téléphone n’a pas arrêté de sonner toutes les 20 minutes. Il va falloir tenir bon toute la matinée. Et la salle d’attente est déjà copieusement remplie.
Tiens, Mlle Marta. Toujours accroché à ce putain de portable. Mais elle se tait quand?… Qu’est-ce qu’elle a bien pu trouver cette fois-ci?… Elle devrait arrêter de lire les revues médicales. Je suis certain qu’elle vient encore me questionner sur les défaillances organiques suite à la prise de médicaments. Quand je pense qu’elle a eu le culot de me demander, entre deux spasmes d’angoisse, s’il n’y avait pas un vaccin contre les effets secondaires de la prise d’antibiotiques. J’ai dû lui répondre que la communauté scientifique se penchait sérieusement sur la question, pour la faire quitter mon bureau.
Mme Calfan, coquette et droite comme un fil de balance. La pauvre. Ce qu’elle endure. C’est sans doute encore son mari qui lui fait de misères. Saloperie d’alcoolique. Je lui ai déjà dit d’aller porter plainte. J’ai déjà fait tout les rapports qu’il fallait. J’ai déjà alerté la police et les services compétents. Je la soutiendrai. Que faire de plus?… Elle ne veut pas. Elle l’aime. Ça me tue. Elle l’aime!!!… Voyons ça.
Voilà le père Bernardino qui vient juste d’arriver. Et qui, comme d’habitude, va jouer la vieille rengaine du gars qui est toujours débordé et en retard pour arriver quelque part pour passer devant tout le monde. Comme d’habitude. Et les gens vont se laisser faire. Comme d’habitude. Et cela va m’énerver. Comme d’habitude. Je l’entends déjà se plaindre, « ah docteur, mes genoux… mes pauvres genoux… quand je fais mes prières c’est horrible », alors que je ne cesse de lui répéter qu’il peut prier débout. Dieu est indulgent avec les vieux prêtres. Il ne lui tiendra pas rigueur. À son âge… Dieu aussi a un cœur comme lui et moi. Enfin plutôt comme lui. Moi je n’ai pas de cœur, je soigne. Les vieux, c’est d’un têtu…
Tiens, pour parler en vieux et têtu. Aujourd’hui, c’est le jour. Jean Carlo. Toujours accompagné de ses radios. Il vient encore me les montrer pour me signaler quelque chose qu’il a découvert et que je n’ai pas vu. Ce n’est que la troisième fois cette semaine. Il va encore me parler de son pays natal qu’il ne verra plus jamais. De sa famille disparue. De son fils Fabio qui ne vient plus jamais le voir. Que des solitudes… Et moi, comme d’habitude, je vais l’écouter. Je vais lui dire d’arrêter de mettre les doigts partout sur les radiographies, sinon il n’arrêtera jamais de découvrir de nouvelles taches. Et il va me sourire. Le salaud. Et moi je sais que si dans deux jours il n’est pas de retour je vais m’inquiéter.
Mlle Henriette a déjà terminé ses vacances?… On croirait que c’est hier qu’elle est partie. Celle-là aussi, quel numéro. Venir me demander cinq jours plus tard si elle peut encore prendre la pilule du lendemain, sous prétexte qu’elle a oublié. Franchement. Vous voulez un conseil, Mlle Henriette?… Eh ben trouvez-vous quelqu’un pour vous faire l’amour ce soir et prenez la pilule demain matin. Mais laissez un post-it sur la porte du frigo pour ne pas oublier de la prendre…
Entrez Mme Esperanza…
-Alors comment vas-tu aujourd’hui Pedro?…
-Il va nettement mieux docteur, me répond Mme Esperanza, avec son délicieux accent. Il a terminé il y deux mois la chimio et depuis il reprend des kilos. Il mange mieux. Mais il ne dort pas bien ces derniers jours. Il rêve beaucoup la nuit. Je me suis demandé si…
-Ne vous inquiétez pas plus que cela, Mme Esperanza. Tous les résultats sont bons. On s’y est pris à temps. Pedro a passé un sale quart d’heure mais je suis persuadé que ça ira. C’est une question de temps. En plus, s’il mange bien… C’est bon signe. Pour ce qui est des cauchemars, vous savez, tous les enfants en font. Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Vraiment. Et toi Pedro?… Tu ne me dis rien aujourd’hui?… Il y a quelque chose qui te tracasse que tu voulais me dire?…
-Oui, docteur… Vous avez déjà vu des chevaux qui volent?…
Comment by Armando — 28 juillet 2011 @ 3:40
Allo maman, je veux rentrer à la maison. Si tu voyais ce monde dans la salle d’attente. J’en ai au moins pour trois heures de temps à attendre mon tour et de toute façon, je ne suis pas malade.
Maman, tu m’entends ?
Oui, oui, je t’écoute mais comme tu reviens d’un long voyage, il est plus prudent de passer une visite médicale.
Mais maman, je m’ennuie…
Sois gentille ma fille, lis une revue pour patienter.
Il n’y a rien d’intéressant…
Je t’avais dit de prendre un livre…
Maman, c’est au tour du petit garçon qui n’arrête pas de tousser. Le médecin va l’ausculter sous toutes les coutures et Monsieur le curé vient d’arriver. Je suis certaine qu’il va passer avant les autres personnes.
Florence, c’est normal, Monsieur le curé est plus occupé que toi. N’oublie pas que tu es encore en vacances et que tu as tout le temps.
Maman, si je reste plus longtemps, je vais vraiment tomber malade. La couleur verte des murs me donne des frissons…
Florence, cesse tout de suite tes simagrées. A tout à l’heure ma chérie et n’oublie pas de passer chez le boulanger avant de rentrer… Ah ! J’oubliais ! Lorsque l’on se trouve dans une salle d’attente, on éteint son portable !
Oh la la ! Que c’est difficile d’être une adolescente…
Comment by Denise — 29 juillet 2011 @ 10:36
-Madame Tipici…
Mme Tipici se lève pose sa revue et s’avance accompagnée du monsieur à la canne blanche.. Elle tends l’ordonnance à la secrétaire médicale.
– Bonjour, puis-je avoir votre carte vitale…
Merci. Très bien. Je peux vous enregistrer dans mon ordinateur. Il me faut votre date de naissance. Votre adresse. Et maintenant la date de vos dernières règles. – Monsieur, monsieur, retournez vous asseoir, je vous appellerai lorsque ce sera votre tour.
Mademoiselle, ce monsieur est Monsieur Tipici, mon mari.
– Oh pardon, excusez-moi ! Vous pouvez retourner vous asseoir, le biologiste va vous appeler pour le prélèvement sanguin…
– Oui, Monsieur Tipici, que puis-je pour vous? Ah, d’accord, vous avez une prescription médicale. Voyons, voyons… Un spermogramme et spermocytogramme i ? Tenez, je vous donne deux flacons stériles et vous demanderez au biologiste de vous expliquer le principe du recueil…
-Pierrot, Pierrot, pourrais-tu arrêter de faire du bruit. Allez viens, c’est notre tour. Voilà, Pierrot a besoin de faire une analyse d’urine.
-Tiens Pierrot, je donne un flacon stérile et tu lis bien le petit papier que je te donne. Voilà, et les toilettes sont là, première porte à gauche. Et surtout, tu refermes bien le flacon après. Oui, bien sûr Madame Sertichi vous pouvez l’accompagner.
-Monsieur l’Abbé, que pouvons-nous pour vous ? Ah, bien, c’est votre petite nièce. Bien et ??? Madame est sa maman… Oui …? Vous êtes inquiet ? Oui…? Mais pourquoi voyons, la grossesse de votre petite nièce se déroule très très bien. Oui, je sais, bientôt l’accouchement… Le biologiste va la recevoir dans peu de temps, oui, c’est pour le dernier bilan sanguin. Mais non ne vous inquiétez pas. Tout se passera bien.
-Monsieur et Madame Tipici, c’est à vous ! Première porte à droite….
(toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est qu’un concours de fâcheuse circonstance) 🙂 🙂
Comment by LOU — 31 juillet 2011 @ 5:10
IL DOTTORE
Io sono il dottore Conti
Voici tous mes patients d’aujourd’hui :
Signora Alda et son fils
Ont des boutons sur leurs cuisses.
Après, c’est Gina sans soutif.
Elle veut que je débloque son « pif ».
Signor Rossi, qui boit trop,
Bien sûr qu’il a un beau gastro.
La Signorina Parmigianno
Est enceinte, senza ragazzo.
Celle en rouge, Lola Carrell,
Voudra que je la rende plus belle.
Et Don Delucca ? Ce coquin
Vient confirmer tous les potins.
Il fera rire, mon épilogue :
Poiché io sono…gynécologue.
Comment by joye — 31 juillet 2011 @ 9:31