Lali

15 juillet 2007

En vos mots 14

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

tikhanovskiy

En vos mots, c’est cette catégorie qui est à vous, cette galerie que vous animez par vos réflexions, vos poèmes, vos nouvelles et qui sans vous n’existerait pas. En vos mots, c’est cette galerie de toiles représentant des lecteurs et des lectrices, venus de partout, parfois attendrissants, parfois humoristiques, parfois graves et qui vivent grâce à votre imagination.

En vos mots, c’est déjà treize semaines d’histoire et d’histoires. Et par le fait même, une quatorzième semaine qui commence.

C’est la lectrice un peu excentrique du peintre Mikhail Tikhanovskiy qui a aujourd’hui le privilège de se prêter à votre imagination. Puisse-t-elle laisser s’exprimer votre propre excentricité. Ou ce que vous aurez envie d’exprimer. La toile vous appartient.

Bonne semaine d’écriture!

6 commentaires »

  1. POÈTE D’UN AUTRE ÂGE

    Elle rime avec paresse
    Sous ses cheveux jaunis.
    Elle rime avec tristesse aussi.

    Elle rime avec vieillesse
    Sous son chapeau à plume.
    Elle rime avec trop d’amertume.

    Elle rime avec tendresse
    Sous la flamme ravie
    Un poème pour Lali.

    Flairjoy

    Comment by Flairjoy — 15 juillet 2007 @ 10:38

  2. La flamme de la bougie fait refléter beaucoup de douceur dans le regard d’Huguette. Elle tient toujours son livre qu’elle a commencé mais ses pensées sont totalement ailleurs car Huguette attendait depuis quelques jours déjà avec impatience ce moment. Ce moment où elle entendrait frapper à sa porte. Car ce soir, Huguette est invitée au théâtre. Dès le matin déjà, elle chercha le vêtement qu’elle porterait. Pas n’importe lequel, non ! Pour cette soirée, elle opta pour la robe verte et le manteau noir aux manches ornées de fourrure et la petite coiffe à plumes assorti.
    Mais il manquait quelque chose d’important. Ses bijoux ! En se regardant dans le miroir, elle essaya plusieurs parures et finalement son choix se porta sur sa plus grosse parure, celle qui brille de mille éclats.
    Prête depuis des heures elle se dit « maintenant, il peut venir me chercher » et Huguette savoure cet instant.

    Comment by Denise Rossetti — 15 juillet 2007 @ 11:37

  3. Elle a oublié
    Mais se souvient d’un très vieux film…
    Elle n’a plus sa mémoire…du moins celle d’il y a un an …ou même une heure…
    Mais elle se souvient pourtant d‘un instant de bonheur …celui d’ouvrir un livre…
    Elle a le regard lointain… tente désespérément de se souvenir de l’histoire…
    Elle a oublié…
    Mais en cette minute, elle a sur les lèvres l’esquisse d’un bonheur déjà vécu…

    Comment by France — 15 juillet 2007 @ 17:24

  4. Fille d’un père inconnu
    Et d’une mère un peu buveuse
    Elle a grandi dans la rue
    Avant de devenir chanteuse

    À la lumière d’une bougie
    Dans un lieu mal fréquenté
    Tout le monde a frémi
    Quand elle s’est mise a chanter

    Faut dire qu’en ce temps-là
    Ce n’était pas la vie en rose
    Si on n’avait pas de voix
    Fallait mieux faire autre chose

    Et même les cordes de la guitarre
    Semblaient danser autrement
    Comme s’il y avait une bagarre
    Avec l’intensité de son chant

    Et dans les larmes des marins
    Le fado venait de renaître
    C’était un peu leur chagrin
    Qu’elle chantait de tout sont être

    Elle a vécu incognito
    Comme un souvenir de jeunesse
    La chanteuse de Fado
    A oublié ses nuits d’ivresse

    Comment by Armando — 19 juillet 2007 @ 22:24

  5. Oui, ça y est : elle le sait maintenant, c’est ça ce qu’elle va faire….Elle est si impressionnée par cette histoire qui parle de pureté et de chose simples mais profondes,riches mais dépouillées, qu’elle en a eue l’envie, non le besoin, de faire quelque chose. Au fait, ça fait déjà un petit temps qu’elle n’en veut plus , de sa vie de « matronne » …Ses bijoux lui pèsent trop, ces victoires ont un goût trop amèr, son argent une odeur douteuse, ses conquêtes transpirent l’intérêt et la bêtise et puis heureuse ,elle ne l’est pas vraiment, malgré les bonnes oeuvres où elle s’engage pour taire sa conscience. Elle partira, incognito,elle laissera tout et disparaîtra pour s’offrir une nouvelle vie …petite, simple, calme et-enfin-peut-être heureuse .

    Comment by Cath — 20 juillet 2007 @ 3:36

  6. Je l’avais toujours trouvée un peu excentrique. Je ne me rappelle plus à quel âge j’ai débarqué chez elle, mais je connais les raisons.

    Ma mère m’ayant oublié au bord de la route, il a bien fallu trouver quelqu’un pour prendre soin de moi. Moi j’étais trop petit et mon père très alcoolique. Aucun des deux n’était en mesure de prendre soin de l’autre.

    C’est parfois compliqué les débuts d’une vie. On part quelquefois du mauvais pied. Le gauche, le droit. Je ne sais rien du tout. Mais que c’était le mauvais pied, ça c’est sûr.

    Je ne me souviens plus exactement quand ni comment je suis arrivé chez elle. J’étais sans doute encore trop petit pour pouvoir comprendre les histoires stupides des adultes.

    C’était une dame imposante. Très cultivée. Elle avait voyagé jusqu’à Belo Horizonte au Brésil avec son défunt mari qui était intendant de la police.Quelqu’un de respectable et d’influent. Elle en parlait avec fierté et avec ce respect qu’on doit à la mémoire de ceux qu’on a aimés.

    Elle me parlait beaucoup. Je ne l’écoutais pas vraiment. Enfin, je crois que je ne l’écoutais pas. Aujourd’hui encore, pourtant, je me souviens à quel point ses mots sont restés au fond de moi.

    J’aimais tout en elle. Son regard. Son sourire. Ses caresses. Sa voix. Douce, ferme, ensoleillée. J’aimais tout en elle. Même quand elle me grondait. Elle le faisait avec tellement d’amour et de tendresse que je crois qu’elle faisait semblant d’être fâchée et moi semblant d’avoir très peur. Ce n’était peut-être pas exactement comme ça. Mais quelle importance. C’est comme cela que je me souviens.

    Elle était une femme libre.Les hommes ne s’approchaient que lorsqu’elle l’avait décidé. On lui disait « vous », avec respect. Elle était une dame. Une vraie. Une de celles devant lesquelles on se taisait pour l’écouter parler, sans que pour autant elle ait besoin de lever la voix.

    Un jour, je me souviens que mon père est allait lui dire que j’allais finir mon primaire et que je devrais aller commencer a travailler, comme lui l’avait fait, comme son père et comme son grand-père l’avaient fait.

    Je souviens tellement bien. C’était une après-midi de fin d’année scolaire. Les rues avaient partout une odeur de cerises, de pêches, et de figues fraîches, mélangée à l’odeur de linge propre qui pendait aux fenêtres.

    Je me souviens qu’elle l’a regardé en face lui a dit qu’il n’était pas question. Elle avait d’autres projets pour moi. Mon père avait l’air perplexe et intimidé à la fois. Il a voulu contester mais elle lui a dit que sa décision était prise. Elle lui a dit que j’allais continuer mes études pour devenir quelqu’un et que ce serait ainsi que les choses allaient se faire.

    Mon père n’était manifestement pas très heureux d’apprendre sa décision, mais semblait s’avouer vaincu. Comme que intimidé devant sa voix franche et sans ratures, propre aux gens qui savent de quoi ils vous parlent et à quel moment les mots doivent être dits.

    C’est ainsi qu’un jour elle m’a a emmené par la main dans un orphelinat. Je m’amusais de voir que les gens la regardaient avec l’œil pétillant.
    Elle, la dame distinguée, avec son chapeau déjà un peu vieilli par le temps, avec sa grosse épingle de parure en or, le visage saupoudré de rose comme une poupée de porcelaine, ses lèvres d’un rouge d’un autre temps et ses chemisiers de dentelle, avait tout l’air d’une excentrique sortie d’un conte pour enfants.

    Les gens me regardaient amusés, mais mon air heureux et fier de lui tenir la main les laissait un peu déconcertés. Aucun d’eux ne lui arrivait à la cheville. Aucun d’eux n’avait sa grandeur.

    Puis, je me souviens qu’elle m’a remis aux bons soins de l’orphelinat.

    Je me souviens de la voir me dire que c’était pour m’assurer un avenir meilleur que celui que mon père pouvait me donner. Et même si c’était très difficile, elle le faisait parce qu’elle m’aimait beaucoup. Et qu’elle savait que c’était ce qu’il y avait de mieux pour moi.

    Moi aussi je l’aimais profondément de tout mon être. Mais je ne savais pas que c’était de l’amour. Je ne savais pas encore a quoi ressemblait l’amour.

    C’était un moment de douleur. Une séparation comme seuls les gens que se sont vus privés d’un être cher peuvent connaître. J’ai beaucoup pleuré. Aujourd’hui je sais qu’elle aussi a dû beaucoup pleurer.

    Je travaille dans une grande institution internationale très importante. Je me suis porté candidat pour aller parler de l’Europe à des jeunes enfants dans une école au Portugal. Je viens d’apprendre cette semaine que j’ai été retenu.

    J’ai choisi d’aller à l’orphelinat d’où je suis sorti voilà presque trente ans. Je n’y suis jamais retourné.

    Et ma première pensée est pour elle. Pour la dame de mon enfance.

    Je serai, sans doute, le seul à savoir que ce jour-là elle va me manquer. Encore. Terriblement.

    J’aurais donné tout pour l’emmener, ce jour-là, par la main, à mon tour, à l’orphelinat où elle m’a laissé il y a presque un demi-siècle.

    Comment by Armando — 21 juillet 2007 @ 23:55

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