En vos mots 847

Déjà la mi-juillet! L’été passe décidément à toute vitesse et ne nous donne guère l’occasion d’en profiter entre journées écrasantes et pluies torrentielles. J’étais d’ailleurs sur la route lors de l’orage de jeudi qui a été dévastateur à certains endroits, se transformant en tornades ou entraînant des inondations.
J’ai donc eu beaucoup de chance malgré le fait que ce n’est pas très rassurant de conduire lorsqu’il tombe autant d’eau, que le ciel est noir et qu’il vente tellement qu’on a l’impression qu’il suffirait de peu pour qu’on s’envole.
Pour ce nouvel En vos mots, j’ai choisi une illustration de Martin Haake, qui me plait beaucoup. Puisse-t-elle vous inspirer une histoire ou un poème que nous découvrirons ensemble dimanche prochain lors de la validation des textes déposés, et pas avant. Cela vous laissera le temps de lire les textes qui ont fait vivre l’illustration de dimanche dernier avant d’écrire quelques lignes!
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
Le Dentiste et la Cinderela
Reste tapi dans ton bois méchant Dentiste de cinderelas
Dans les hautes herbes sèches bien caché tu souriras
Jaune, et la Cinderela te fredonnera ses rengaines
Pimpantes et entrainantes le long de sa flûte de pan doré
Les jumelles des abécédaires vous rediront les oiseaux
Les insectes sur les feuilles palmées joueront mille sérénades
Au dessus des fleurs ouvertes et des champignons marrons
La pluie d’après midi vous traversera de ses tristesses
Lorsque le vent fripon vous soutirera des soupirs
Et des jonquilles tressées confectionneront votre maison
Reste allongé dans les herbes, tendre Dentiste de cinderelas …
Comment by Cavalier — 16 juillet 2023 @ 16:11
The birdwatcher
Sous les quatre saisons, j’observe avec bonheur
La griffe du vallon d’où je construis l’idée
D’un oiseau s’élançant du ciel filant l’ondée,
Et l’outil, ce matin, se fourbit au veneur.
Quand de l’orage nait ce grand Aigle pêcheur,
Quand ma tasse de thé en reste bouche bée,
Mes jumelles, d’un coup, retraversent la baie
Ourlant les flaques d’eau d’un reflet de fraîcheur.
Et je hurle ! À travers la lucarne solaire,
D’un rêve à l’équilibre, un paysage heureux
D’où s’emporte au lointain mon regard circulaire :
À l’aube des forêts, plane sur la clairière
Dans les nuages blancs, la fièvre carnassière
D’un Rapace chasseur … qui s’imprime de bleus.
https://www.artisticmoods.com/martin-haake/
Comment by Ffup de Bretagne — 18 juillet 2023 @ 21:33
Dès le moindre moment de libre,
Il s’en va au fond des forêts,
Equipé de son meilleur livre,
De ses jumelles pour observer.
C’est un ami de la nature,
Champignons, insectes ou oiseaux,
Arbres, fleurs toutes créatures,
Il en connaît tout le réseau.
Dans ce féérique décor,
Dans ce lieu où il vient souvent,
Il examine, consulte, explore,
Il est tout à son élément.
Tandis que le ruisseau murmure,
Il s’est assis en bord d’étang.
Le vent chante dans la ramure,
C’est dimanche et il est content!
Comment by anémone — 20 juillet 2023 @ 7:10
Nous avons pris les routes que le destin avait choisi pour nous. Lui est devenu quelqu’un. Moi presque. Et pourtant le même orphelinat…
J’avais tant entendu des Qu’est-ce que tu vas devenir? et autres Tu ne seras jamais rien… que j’avais fini par devenir sourd. Ou presque. Je les entendais parler sans les écouter. Tout ce que je voulais, c’était fuir pour être heureux.
Lui, il avait le sourire des vainqueurs. Le sourire de ceux sur qui les professeurs s’attardent pour l’encourager. Pour qu’il aille plus loin. The sky’s the limit. Comme ils disaient.
Il était mon frère jumeau. D’enfance.
Nous nous sommes dit au revoir à l’été 1972. Après avoir tout partagé pendant 13 ans. Évidement que nous avons pleuré et fait la promesse de nous revoir. Bientôt. Très bientôt. Souvent. Veiller l’un sur l’autre. Et pourtant…
Les années se sont écoulés et chacun sa vie. Nos foutus destins dessinés avant l’heure. Lui est devenu PDG d’une multinationale. Je l’ai appris au hasard d’un article dans la presse. Il a réussi. C’était écrit. Tandis que moi….-
Mais le hasard faisant si bien les choses, comme l’a chanté Aznavour, nous avons fini par nous croiser. Un soir. Quai de l’aéroport. Même destination. Même vol. Lui en première. Faut-il le préciser?
Putain. Cinquante ans… Déjà?… Comme le temps passe.
Après tous les T’as l’air en forme et les sourires de circonstance, il m’a parlé de sa vie. De ses divorces. De ses enfants qu’il n’a pas eu le temps de voir grandir et qu’il voit peu ou plus. De sa carrière. Il n’a connu que ça. Une vraie jungle. Qu’il dit.
Puis nous avons parlé de choses futiles. Du temps de l’orphelinat. Les bêtises inoubliables. Et même des bouquins que je lisais. Lui, il n’avait même plus le temps. Toujours le nez dans des rapports comptables. Il aimerait avoir le temps de lire un peu, mais… D’ailleurs, si je pouvais lui conseiller un bouquin. Pas trop lourd…
Je lui ai dit que Kipling me semblait un bon choix. Et il m’a répondu : « C’est qui Kipling?… »
Au fond de moi une voix venue de l’adolescence m’a murmuré : Tu ne seras jamais rien. Et l’envie de pleurer. Comment peut-on avoir réussi sa vie sans avoir lu Kipling?
Comment by Armando — 22 juillet 2023 @ 9:27