Le mari
Elle était si bien à écrire, tranquille, dans le silence de la nuit. Elle était si bien avec les mots, seule. Pourquoi a-t-il ainsi interrompu son élan, freiné la phrase maintenant suspendue au bout de la plume? Pourquoi, en effet? Elle était où elle est d’habitude. Il le savait. Chaque nuit, elle s’enferme dans ce lieu qui est le sien pour écrire. Depuis longtemps. Depuis bien avant leur mariage.
Il avait donc accepté qu’il en soit ainsi. Accepté qu’elle ne passe pas ses nuits auprès de son époux, mais qu’elle le rejoigne aux petites heures du jour. Pourquoi donc cette interruption intempestive?
Les yeux de l’homme sont tendres. Je crois qu’il s’ennuie un peu de sa douce qui passe ses nuits auprès de ses amants que sont la plume, le papier et les livres. Je crois qu’il aimerait bien qu’à l’occasion elle déroge un peu de cette habitude nocturne. Je crois même que ça fait plusieurs semaines qu’il a envie de lui dire la chose, mais qu’il n’ose pas, par peur de mal s’y prendre.
Mais ce soir, il n’en plus. Il veut dormir avec la tête de la belle de Joseph Highmore sur son épaule et non pas seul. C’est ce qu’il est venu lui dire. Gentiment, mais bien décidé.
Abandonnera-t-elle ses pages s’il sait bien tourner son invitation?