Lali

12 mars 2017

Frayer 4

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

SUKIASIAN (Grant) - 1

nous avons des centaines d’année
des cataclysmes à portée de main
il y a des signes installés côte à ôte
dans le pastel des veines de la vie normale

Marie-Andrée Gill, Frayer

*choix de la lectrice de Grant Sukiasian

L’anthologie du dimanche 10

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 20:01

GERHARTZ (Daniel F.) - 9

Vous parler?

Vous parler? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l’oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C’est bien. Puisqu’ils ne sont pas las
D’attendre, j’attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d’indifférents prêts à sourire
Ni d’amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on veuille.
Elle n’est pas celle des autres, c’est la mienne.

Une feuille a son mal qu’ignore l’autre feuille.
Et le mal de l’oiseau, l’autre oiseau n’en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble?
Et se ressemblât-on, qu’importe. Il me convient
De n’entendre ce soir nulle parole vaine.

J’attends – comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet…
Une goutte d’eau pure, un peu de vent, qui sait?
Qu’attendent-ils ? Nous l’attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu’il reviendrait, peut-être…

Sabine Sicaud
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile de Daniel F. Gerhardtz

L’anthologie du dimanche 9

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 18:01

CITRON (Minna) - 2

La rose et le réséda

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle la sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle l’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle la rose et le réséda

Louis Aragon
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*dessin de Minna Citron

L’anthologie du dimanche 8

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 16:01

BURNE-JONES (Edward Coley) - 10

Complainte de la Lune en province

Ah! La belle pleine Lune,
Grosse comme une fortune!

La retraite sonne au loin,
Un passant, monsieur l’adjoint;

Un clavecin joue en face,
Un chat traverse la place :

La province qui s’endort!
Plaquant un dernier accord,

Le piano clôt sa fenêtre.
Quelle heure peut-il bien être?

Calme lune, quel exil!
Faut-il dire : ainsi soit-il?

Lune, ô dilettante lune,
À tous les climats commune,

Tu vis hier le Missouri,
Et les remparts de Paris,

Les fiords bleus de la Norvège,
Les pôles, les mers, que sais-je?

Lune heureuse! Ainsi tu vois,
À cette heure, le convoi

De son voyage de noce!
Ils sont partis pour l’Écosse.

Quel panneau, si, cet hiver,
Elle eût pris au mot mes vers!

Lune, vagabonde lune,
Faisons cause et mœurs communes?

Ô riches nuits! Je me meurs,
La province dans le cœur!

Et la lune a, bonne vieille,
Du coton dans les oreilles.

Jules Laforgue
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile d’Edward Coley Burne-Jones

L’anthologie du dimanche 7

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 14:01

BULLEID (George Lawrence) - 1

Le bonheur

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.
Le bonheur est dans le pré, cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.

Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite,
dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite,
sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite,
sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite,
de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite,
saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé!

Paul Fort
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile de George Lawrence Bulleid

L’anthologie du dimanche 6

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 12:01

BRUNNER DVORAK (Frantisek) - 2

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

Charles Baudelaire
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile de Frantisek Dvorak

L’anthologie du dimanche 5

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 10:01

BROOKER (Harry) - 4

Un jour
Il y aura autre chose que le jour
Une chose plus franche, que l’on appellera le Jodel
Une encore, translucide comme l’arcanson
Que l’on s’enchâssera dans l’œil d’un geste élégant
Il y aura l’auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L’ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d’analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout ça
Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour.

Boris Vian
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile signée Harry Brooker

En vos mots 518

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

SMALL (David)

La dévoreuse de livres imaginée par David Small vient visiblement de faire des provisions. Mais qu’a-t-elle choisi? Et pensez-vous qu’elle a assez de livres pour tenir la semaine? Ce ne sont là que deux questions parmi les dizaines que peuvent soulever cette scène livresque que je vous propose de raconter en vos mots, comme vous le faites semaine après semaine depuis près de dix ans.

Aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc plus que le temps d’écrire quelques lignes que nous lirons dans sept jours, à la même heure.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

L’anthologie du dimanche 4

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 6:01

BROMLEY (David) - 5

Le petit poème

Il faut caresser le petit poème
D’une main légère et qui pèse à peine,
Toujours dans le sens des plumes des ailes,

Pour l’apprivoiser, lui dire qu’on l’aime
Que le ciel immense est son vrai domaine,
Qu’il est tendre et beau, que la vie l’appelle…

Il hésite un peu, l’attente est si belle,
Il frémit encor, le désir l’entraîne
Et s’envole alors le petit poème.

Jacques Charpentreau
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*toile de David Bromley

L’anthologie du dimanche 3

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 4:01

DUNBAR (Polly)

Celui qui entre par hasard…

Celui qui entre par hasard dans la demeure d’un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque nœud du bois renferme davantage
De cris d’oiseaux que tout le cœur de la forêt
II suffit qu’une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d’abeilles
Et 1’odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu’une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d’un arbre dans le matin.

René Guy Cadou
(dans Demain dès l’aube, de Jacques Charpentreau et Dominique Coffin)

*illustration de Polly Dunbar

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